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Un haut diplomate européen instamment prié d’annuler sa présence à une conférence anti-BDS

Ali Abunimah

Les groupes de campagne palestiniens et européens demandent à l’Union européenne d’annuler la participation d’un de ses hauts diplomates à une conférence israélienne visant à mettre un terme au mouvement mondial de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) en faveur des droits palestiniens.

L’envoyé de l’UE à Tel-Aviv, Lars Faaborg-Andersen (via Facebook)

Il était prévu que l’ambassadeur Lars Faaborg-Andersen, chef de la délégation de l’UE à Tel-Aviv, prenne part le 28 mars à un groupe de travail sur le thème « Combattre le boycott via l’action de l’État », en compagnie du dirigeant des colons en Cisjordanie, Dani Dayan.

Le groupe de travail en question s’inscrit dans la conférence « Non au boycott » organisée à Jérusalem par les organes de presse israéliens Yediot Ahronot et Ynet.

En feront partie des responsables israéliens, y compris le ministre de la Sécurité Gilad Erdan, qui supervise les efforts anti-BDS du gouvernement, de même que des dirigeants des groupes de pression d’Israël opérant aux États-Unis, dont « Stand With Us » (Soyez avec nous) et l’Anti-Defamation League » (Ligue anti-diffamation).

On y verra également Roseanne Barr, vedette de la télévision américaine et ancienne comédienne qui se sert désormais de son ancrage public pour inciter à la haine contre les Palestiniens et les musulmans en général.

Naguère, Dani Dayan a dirigé le Conseil Yesha, l’organe représentant les colonies en Cisjordanie occupée, et qui sont toutes illégales, selon les lois internationales.

En raison de son rôle de tout premier plan dans le mouvement d’implantation, Dayan s’est vu refuser par le Brésil le poste d’ambassadeur d’Israël dans ce pays.

« L’ambassadeur de l’UE en Israël partageant la plate-forme d’une conférence avec un important dirigeant du mouvement d’implantation couvrirait de ridicule la prétendue opposition de l’UE à la poursuite de la construction des colonies illégales en territoire palestinien occupé », a expliqué la responsable des campagnes européennes Riya Hassan dans une déclaration de son organisation, le Comité national BDS palestinien.

Anti-palestinien et antidémocratique

Dans un langage manifestement étudié pour associer le mouvement des libertés civiques au terrorisme et pour jouer sur les craintes islamophobes dans le sillage des récentes atrocités commises par l’État islamique, le programme de la conférence affirme que le mouvement BDS « véhicule toute une charge explosive de mensonges éhontés » occupés à « gagner un nombre croissant de bastions en Europe, aux États-Unis et ailleurs ».

Il ne s’agit plus ici d’une conférence académique, mais d’une entreprise visant à durcir les efforts apparents ou dissimulés d’Israël pour écraser le mouvement en faveur des droits palestiniens.

« Le combat doit être lancé par l’État d’Israël, il doit se servir de forces combinées et doit être livré mondialement à tous les niveaux », explique la description du groupe de travail auquel le diplomate de l’UE Lars Faaborg-Andersen doit participer aux côtés de Dayan et d’un haut fonctionnaire militaire israélien.

« Il doit comprendre : une diplomatie calme et ouverte (mobiliser les pays avec lesquels nous avons des relations stratégiques), des initiatives législatives contre le mouvement BDS dans ces divers pays, des efforts de relations publiques, la mobilisation du monde juif et une action coordonnée avec toutes les institutions et organisations qui sont actives contre le mouvement BDS », pouvait-on lire entre autres dans le programme.

Puisque l’on sait que les services de renseignement israéliens sont déjà impliqués dans le combat contre les BDS, on peut assimiler à une incitation à la violence le fait qu’Israël recourt à des tactiques non dissimulées contre des citoyens des pays européens qui ne font rien d’autre que d’exercer leurs droits démocratiques.

Complicité

Dans une lettre adressée à la responsable de la politique étrangère de l’UE, Federica Mogherini, le Comité national BDS palestinien et une coalition des groupes de campagne européens demandent instamment à l’UE d’annuler la présence de son envoyé à la conférence et de mettre un terme à la complicité de l’UE dans les efforts d’Israël d’étouffer le soutien aux droits palestiniens.

« Quelle que soit sa position vis-à-vis de BDS, qui est un vaste mouvement non violent en faveur de la liberté, de la justice et de l’égalité pour les Palestiniens, l’Union européenne devrait respecter la voix de la majorité absolue de la société civile palestinienne ainsi que les voix d’une section de plus en plus large de la société civile européenne qui soutient le mouvement », déclare la lettre.

« Nous demandons instamment à l’UE de mettre un terme à ‘l’exception de liberté de parole qu’elle accorde à Israël et d’adopter la position de principe à propos des droits palestiniens d’un des hauts responsables de l’ONU qui, déjà en 2011, confirmait que l’appel à participer à un boycott est une forme d’expression non violente, légitime et internationalement acceptée », peut-on encore lire dans cette lettre.

« Des points de vue différents »

Les porte-parole de Mogherini n’ont pas répondu à la demande de commentaire émanant de The Electronic Intifada, mais le cabinet de Faaborg-Anderson a répondu au BNC sur Twitter qu’il n’y avait pas le moindre problème dans la participation de l’envoyé au groupe de travail BDS dans lequel figure également Dayan.

« Les colonies sont illégales », a tweeté le bureau de Faaborg-Andersen. « En Israël, lors de débats, il nous arrive très souvent de discuter avec des gens qui ont des points de vue différents sur une question. »

Selon ce raisonnement, il semblerait que l’UE perçoive la participation directe à la politique coloniale d’implantation d’Israël en Cisjordanie occupée comme un simple point de vue, plutôt que comme une série de crimes aux yeux des lois internationales et pour lesquels les responsables devraient rendre des comptes.

Ironiquement, plusieurs gouvernements européens n’ont témoigné du même respect à l’égard de leurs propres citoyens quand ils plaidaient pour les droits des Palestiniens.

Malgré l’opposition verbale de l’UE aux colonies, les bloc des 28 nations continue à financer les industries militaires et autres activités israéliennes dans ces colonies.

Plusieurs gouvernements européens ont consenti des efforts agressifs afin de réprimer le mouvement BDS. Le Royaume-Uni cherche à intimider des conseils locaux élus démocratiquement et autres institutions publiques afin qu’ils ne soutiennent plus les initiatives BDS.

En France, on recourt à des interprétations arbitraires de décisions de justice pour réprimer les activités BDS comme « illégales ».

Au début de ce mois, une militante a même été arrêtés parce qu’elle portait un T-shirt soutenant les actions BDS.

En contraste, dans une déclaration dans The Electronic Intifada, la semaine dernière, la ministre suédoise des Affaires étrangères confirmait le respect témoigné par son pays envers les droits démocratiques en reconnaissant que le mouvement BDS « est un mouvement de la société civile » et que « les gouvernements n’ont pas à interférer dans les opinions d’une organisation de la société civile ».

Cette semaine, dans un autre acte de complicité, les gouvernements de l’UE se sont abstenus lors d’un vote au Conseil de droits de l’homme de l’ONU portant sur la création d’une banque de données reprenant toutes les entreprises opérant dans les colonies israéliennes.

La résolution a été approuvée par 32 voix pour. Il y a eu 15 abstentions. On rapporte que l’administration américaine du président Barack Obama a consenti de gros efforts pour bloquer cette initiative.

« À quoi sert que l’UE condamne régulièrement l’expansion en cours des colonies illégales d’Israël si cette même UE n’appuie pas les mesures visant à faire cesser les entreprises internationales de soutenir cette expansion », a répondu Riya Hassan, du BNC.


Publié le 25 mars 2016 sur The Electronic Intifada
Traduction : Jean-Marie Flémal

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