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Un enfant palestinien, victime de morsures de serpent, se retrouve entre la vie et la mort à cause de retards causés au checkpoint israélien

Dans la semaine du 8 août, l’organisation palestinienne des droits de l’homme, Al-Haq a fait le rapport d’une affaire concernant un petit de huit ans, Mohammed Abu-‘On, qui s’est vu refuser l’accès à une assistance médicale par les soldats israéliens au checkpoint d’Al-Hamra dans le nord de la Cisjordanie, en dépit de l’urgence de soigner plusieurs morsures de serpent sur sa cuisse droite. Les soldats n’ont pas non plus laissé Mohammed et ses parents passer par le checkpoint pour aller à Naplouse où Mohammed aurait pu recevoir les soins médicaux requis. Le refus d’accéder à une assistance médicale et de passer le checkpoint a eu pour conséquence de laisser Mohammed et ses parents attendre au checkpoint pendant environ une heure et demi, ce qui a mis la vie de Mohammed en danger.

Tareq Ahmad Isma’il-‘On, 40 ans, raconte qu’il était environ 17h 30 le 10 août et qu’il était chez lui dans le village de Furush Beit Dajan, dans l’est de Naplouse, avec sa femme Fayrouz Abu-‘On, 31 ans, et leur cinq enfants. Trois d’entre eux, Mohammed, 8 ans, Asir, 7 ans, et Asil, 4 ans, jouaient devant la maison quand Tareq a entendu un cri, puis ses enfant crier « un serpent! un serpent ! ». Tareq dit ensuite s’être précipité hors de la maison et avoir vu le serpent à tête triangulaire se jeter sur son fils, et a compris qu’il était vénimeux. Tareq a attrapé le serpent par la queue pour l’éloigner de son fils et l’a tué avec un baton. Les médecins à l’hôpital de Rafidiya à Naplouse ont confirmé par la suite que ce serpent fait partie de l’espèce Daboia palaestinae (ou Vipera Palaestinae) et est en effet venimeux.

Après avoir tué le serpent, Tareq s’est retourné pour voir que son fils Mohammed s’était évanoui à cause de la douleur, et a vu les nombreuses morsures sur sa cuisse. Tareq, sachant qu’il est plus rapide d’emmener son fils à l’hôpital en voiture plutôt que d’appeler une ambulance, a rapidement pris son fils dans les bras et a couru à la route 90 à environ 120 mètres de leur maison, accompagné par sa femme. Une fois arrivé, ils ont fait signe à un conducteur de s’arrêter, celui-ci les a emmené au checkpoint d‘Al-Hamra, situé à quatre kilomètres. Sur la route, Tareq a rapporté que son fils vomissait et écumait de la bouche. Mohammed transpirait énormément et son corps devenait de plus en plus froid.

Cinq minutes plus tard quand Tareq, Fayrouz et Mohammed sont arrivés au checkpoint d’Al-Hamra, celui-ci était fermé dans les deux directions. Cinq soldats étaient présents. Tareq ayant compris que le checkpoint était fermé, est sorti de la voiture avec son fils dans les bras et a couru vers les soldats pour les informer que son fils venait de se faire mordre par un serpent. Il leur a également montré le serpent mort qu’il avait amené dans un sac comme preuve. Tareq a expliqué aux soldats que son fils devait passer immédiatement aux soins parce que sa vie était en danger, et leur a demandé de l’aide. Les soldats ont simplement demandé à Tareq de s’en aller. Quand ce dernier a demandé à voir le responsable, le soldat qui lui parlait lui a répondu que c’était lui-même. Tareq a insisté sur le fait que Mohammed allait mourir s’il n’était pas tout de suite emmené l’hôpital ou vu par un médecin, la réponse du soldat a été de pointer son arme sur lui et de sortir une paire de menottes de sa poche en signe de menace. Tareq s’est tourné vers les autres soldats pour demander de l’aide, mais ils se sont simplement moqués de lui. Il leur a demandé d’au moins le laisser passer de l’autre côté par le checkpoint, où il pourrait faire signe à une voiture d’emmener son fils à l’hôpital à Naplouse, mais les soldats ont refusé sans donner d’explications.

Après avoir imploré les soldats pendant plus d’une heure, Tareq a senti que cela ne servait à rien et s’inquiétait de l’attitude menaçante qu’ils prenaient quand ils s’adressaient à lui. Alors Tareq et Fayrouz, leur fils dans les bras, se sont dirigés vers une zone du checkpoint pour ceux qui attendent son ouverture. Les proches de Mohammed ayant pris connaissance de la situation, ont appelé une ambulance un peu plus tôt, qui est enfin arrivée dix minutes après qu’ils aient pénétré la zone d’attente. Les secouristes palestiniens ont mis Mohammed sur civière et l’ont transporté jusqu’a l’ambulance où ils ont pratiqué les gestes de premiers secours. Tareq et Fayrouz ont suivi l’ambulance et environ vingt minutes plus tard ils sont arrivés à l’hôpital de Rafidiya à Naplouse Mohammed a immédiatement été emmené aux soins intensifs à cause de son état grave. Tareq, Fayrouz et Mohammed ont été retardé au checkpoint pendant environ une heure et demi.

Al-Haq a ensuite contacté l’hôpital. La responsable du département pédiatrique, Dr. Rima Nabulsi, a déclaré que Mohammed souffrait d’hypertension provoquée par les morsures de serpent. Selon elle, les chances de survie des victimes de morsures des serpents Daboia palaestinae dépendent de la vitesse à laquelle elles se font soigner et de leur système immunitaire. Les vicitimes qui reçoivent un traitement dans l’heure qui suit ont le plus de chance de survie. A ce moment même, Mohammend est encore en soins intensifs à l’hôpital de Rafidiya.

Al-Haq condamne les restrictions sur la liberté de mouvement des Palestiniens imposées par les autorités israéliennes, entre autre les nombreux checkpoints à travers la Cisjordanie qui limitent l’accès aux soins médicaux et autres équipements. La Convention des Nations Unies sur les Droits de l’Enfant contient des obligations juridiquement contraignantes en relation avec le droit de l’enfant aux meilleurs conditions sanitaires possibles, et celui d’accéder aux installations de traitement de maladies et de rééducation (article 24). Al-Haq appelle Israël, la force occupante, à respecter ses obligations sous la loi internationale des droits de l’Homme dans les territoires palestiniens occupés, ainsi que le droit à la liberté de mouvement et le droit aux meilleures conditions sanitaires possibles.


Publié sur Al-Haq le 15 août 2013. Traduction : Christelle Chidiac.

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