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Un boycott européen de la ligne ferroviaire Tel Aviv-Jérusalem ? Hélas peu probable, malgré un geste symbolique

L’Union Européenne a, une fois de plus, posé un geste symbolique pour signifier à Israël qu’elle n’accepte pas l’annexion rampante des territoires palestiniens et singulièrement de Jérusalem, mais comme d’habitude ce geste ne s’accompagne pas de mesures un peu plus substantielles et Israël continue à jouir des privilèges d’un quasi-État membre de l’UE sans en avoir ni les charges ni les obligations.

Le Ministre israélien des Transports, Yisrael Katz, a été obligé d’annuler une visite qu’il organisait à l’intention des diplomates étrangers en poste en Israël pour leur faire admirer les infrastructures du chemin de fer à grande vitesse en construction entre Tel Aviv et Jérusalem. Les ambassadeurs des pays de l’Union Européenne avaient en effet décidé de ne pas y participer parce qu’un des tunnels creusés pour cette ligne de chemin de fer passe en territoire palestinien occupé.

La décision d’organiser cette visite avait été prise il y a quelques semaines, des invitations envoyées aux ambassades et la date était fixé au début du mois de juin. a la grande surprise des Israéliens, les ambassadeurs européens ont, l’un après l’autre, fait savoir qu’ils ne participeraient pas à cette opération de relations publiques.

Selon une version que laisse filtrer le Ministère des Transports israélien, celui-ci n’a pas tardé à découvrir que l’ambassadeur de l’UE avait fait passer la consigne à ses collègues en leur faisant observer qu’une portion du tracé de la nouvelle ligne traverse la “zone C” [1] de la Cisjordanie, sous contrôle tant civil que militaire de l’armée d’occupation israélienne (en application des accords d’Oslo). Selon une autre version, le très sioniste Lars Faaborg-Andersen – qui ne manque jamais une occasion de vanter les mérites de la coopération avec Israël et s’en est à de nombreuses reprises pris à BDS – n’y serait pour rien, et ce sont plusieurs ambassades qui auraient soulevé la question au cours de la réunion hebdomadaire des diplomates de l’UE en poste à Tel Aviv.

Le fait est qu’une partie du tracé de la ligne se situe à l’extérieur de la “ligne verte” qui délimitait de facto le territoire israélien avant 1967. Certaines ambassades étaient disposées à envoyer leur attaché commercial à la visite proposée par les Israéliens “afin de ne pas lui donner un caractère diplomatique”, tandis que d’autres préféraient s’abstenir, pour des raisons politiques. Il fut finalement décidé que personne n’irait.

Le gouvernement israélien, craignant que d’autres ambassadeurs que ceux de l’UE n’imitent l’exemple de ceux-ci et provoquent une situation très embarrassante pour l’image d’Israël, a préféré tout annuler. Officiellement, la visite est reportée à une date ultérieure.

Yisrael Katz a estimé que l’attitude prise par les diplomates de l’UE et l’attitude de Lars Faaborg-Andersen constituent “une ingérence inappropriée dans les affaires intérieures” et s’est demandé s’il entre dans les intentions de l’Union Européenne de boycotter la nouvelle liaison ferroviaire entre Tel Aviv et Jérusalem. Un haut fonctionnaire du Ministère des Transports a fait remarquer que la portion litigieuse de la ligne, qui se situe au-delà de la “ligne verte” ne représente que quelques centaines de mètres. En fait, il s’agit de 6 kilomètres.

En mai 2011, la compagnie allemande Deutsche Bahn – propriété de l’État allemand – avait annoncé son retrait du projet de ligne à grande vitesse Tel Aviv-Jérusalem en raison du fait que le tracé passait en Cisjordanie. Deutsche Bahn avait joué un rôle de consultant pour la préparation du projet. L’hedomadaire allemand “Der Spiegel” avait rapporté à l’époque que le Ministre des transport Peter Ramsauer avait fait savoir à la direction de Deutsche Bahn que le projet était “politiquement problématique”, à la suite notamment d’une intense campagne d’opinion des militants pro-palestiniens de Berlin.

Il y a cependant peu de chance que l’UE et ses États membres adoptent dans ce dossier comme dans les autres l’attitude que leur dictent leurs obligations en droit international, et aillent au-delà d’un geste symbolique certes bienvenu mais quand même un peu dérisoire.

LD            


[1]  Depuis les accords d’Oslo, la Cisjordanie est divisée en trois « zones » :  la zone A regroupe environ 20% du territoire, celui des grandes villes et de leur très proche environnement urbain, et 54% de la population. L’Autorité palestinienne était supposée selon les accords y bénéficier d’un pouvoir civil et sécuritaire complet, même si, depuis la seconde Intifada en 2001, les forces israéliennes y entrent comme bon leur semble et y imposent leurs desiderata ; la zone B regroupe les bourgades moyennes et petites, hormis certains villages. Elle représente à peu près 20% du territoire et 41% de la population. L’Autorité palestinienne y détient le contrôle civil ; l’armée israélienne le contrôle sécuritaire ; en zone C — ± 60 % du territoire, 5% de la population palestinienne —, Israël détient un contrôle total, militaire et civil. Les zones A et B sont elles-mêmes divisées en 469 unités territoriales séparées — des « confettis », comme on dit sur place — toutes entourées de la zone C, la seule disposant d’une « continuité territoriale ». On ne peut passer d’une partie des zones A ou B à une autre sans passer par un contrôle militaire israélien.

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