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Un apport d’Amnesty International examine de près la destruction systématique par Israël de logements civils lors de l’offensive contre Gaza l’été dernier.

Patrick O. Strickland

Dans un nouveau rapport l’organisation Amnesty International examine de près la destruction systématique par Israël de logements civils lors de son offensive contre Gaza l’été dernier.

Ce nouveau rapport publié par le groupe renommé des droits de l’homme Amnesty International accuse Israël d’avoir « probablement » commis des « crimes de guerre » durant ses 51 jours d’offensive contre la bande de Gaza en état de siège cet été.gaza destructions

Le rapport – intitulé “Enterrés sous les décombres : les attaques d’Israël contre des logements occupés » – est sorti le 5 novembre. Outre le fait qu’il établit la responsabilité d’Israël, le groupe des droits de l’homme demande à la communauté internationale de « suspendre tout transfert d’armement, des munitions, d’armes et autres équipements militaires vers Israël » tant que le pays n’aura pas entrepris des « démarches substantielles » en vue de se conformer aux exigences des lois humanitaires internationales.

Selon les derniers chiffres des Nations unies, Israël a tué 2.194 Palestiniens au cours de son offensive de l’été dernier contre Gaza (appelée « Opération Bordure protectrice »). Au moins 1.523 d’entre eux étaient des civils. Par ailleurs, les groupes de la résistance palestinienne ont tué 66 militaires des forces israéliennes d’occupation, ainsi que six civils lors de leurs tirs de roquettes.

Alors qu’un enfant israélien a été tué suite à un tir de roquette palestinienne, les frappes aériennes et autres tirs de mortier israéliens ont tué au moins 519 enfants palestiniens.

Au moment où un cessez-le-feu avait été décidé entre Israël et les factions palestiniennes de Gaza, le 26 août, on estimait que 110.000 personnes vivaient dans des abris d’urgence et qu’environ 108.000 étaient restées sans logis, selon les estimations de l’ONU citées dans le rapport.

Le rapport d’Amnesty International – qui ce concentre sur huit attaques israéliennes – fait remarquer que « les frappes aériennes israéliennes lors de la récente opération militaire contre la bande de Gaza ; l’opération Bordure protectrice, visaient des immeubles d’habitations occupés de plusieurs étages ».

« Des familles entières, y compris de nombreuses femmes et enfants », fait remarquer le rapport, « ont été tuées ou blessées par ces frappes ciblées et, en outre, il y a eu une destruction d’une grande ampleur de biens civils ».

« Effondrée au-dessus de nous »

Les huit attaques analysées en détail dans le rapport se sont traduites par la mort d’au moins 111 Palestiniens, dont pas moins de 104 civils, et la destruction partielle ou complète de 34 habitations occupées par au moins 150 personnes.

Nombre de ces maisons, toutefois, hébergeaient également des Palestiniens qui avaient déjà été déplacés d’ailleurs à Gaza suite aux bombardements intenses par Israël de l’enclave côtière assiégée, ajoute Amnesty International.

Une attaque particulièrement terrifiante a eu lieu le 29 juillet, lorsque des avions israéliens « ont largué une grosse bombe sur l’immeuble al-Dali à Khan Younis », qui hébergeait trois familles.

Selon le rapport :

« Trente-sept personnes se trouvaient dans le bâtiment, au moment de l’attaque, qui a tué 16 membres de la famille Abu Amer, sept de la famille Breika, sept de la famille al-Najjar et quatre encore de la famille Mu’ammar. Les dégâts causés par l’attaque sur les habitations adjacentes ont tué un membre de la famille al-Ramlawi et un autre de la famille Abu Sitta. En tout, 36 personnes ont perdu la vie, dont 18 enfants, et 21 personnes au moins ont été blessées, dont 4 enfants, dont certains dans un état critique. »

Hana al-Najjar, un mère de cinq enfants, était chez elle dans l’immeuble al-Dali au moment de l’attaque. Elle a expliqué aux enquêteurs d’Amnesty International qu’elle dormait quand, « soudain, nous nous sommes éveillés toute la maison s’est effondrée au-dessus de nous ».

Elle a été la seule survivante de sa proche famille. « J’ai cinq enfants, trois filles et la fille de mon fils », a déclaré al-Najjar. « Tous sont morts. Il ne me reste personne… Mon mari est mort. »

Pas d’avertissement

Israël doit encore livrer des informations sur l’attaque contre l’immeuble al-Dali, mais un témoignage transmis à Amnesty International suggère que trois résidents de l’immeuble auraient pu avoir des liens avec des groupes de la résistance palestinienne.

Ahmad, le mari de Tahrir Mu’ammar, était membre du groupe politique palestinien Djihad islamique qui, comme la plupart des factions politiques israéliennes, est considéré comme illégal par Israël. À ce jour, il est le seul résident de l’immeuble à être connu comme combattant.

Outre Ahmad, Mu’ammar a également perdu deux enfants dans le bombardement : Yazan, trois ans et demi, et Hama, deux ans.

Bien qu’Israël ne cesse de prétendre qu’il a diffusé des « avertissements » à l’adresse des Palestiniens, les pressant à évacuer les immeubles avant ses attaques, Mu’ammar maintient que sa famille « n’a reçu aucun avertissement avant l’attaque contre l’immeuble ».

Amnesty International a fait remarquer qu’Israël est forcé de fournir une explication de son attaque contre l’immeuble al-Dali, qui a provoqué le « plus grand nombre de morts en une seule frappe, de toute l’opération Bordure protectrice »

« Même si les trois hommes pouvaient constituer des cibles pour avoir participé directement aux hostilités
», explique le rapport, « leur présence dans la maison ne privait pas les autres résidents de leur immunité vis-à-vis d’une attaque directe, en tant que civils. »

La trêve ignorée

Le 4 août, moins d’une semaine après le raid contre l’immeuble al-Dali, les forces militaires israéliennes ont bombardé la maison de la famille al-Bakri, dans le camp de réfugiés d’al-Shati, une zone résidentielle très peuplée à proximité de la côte et de Gaza City.

Bien qu’une trêve temporaire ait été censée prendre effet ce jour-là, à 10 h du matin, « un appareil israélien a largué ce qui semble avoir été une bombe sur une maison de trois étages hébergeant de nombreuses personnes », vers 10 h 15, selon le groupe des droits de l’homme.

Au moins 21 personnes se trouvaient dans la maison au moment de l’attaque et il en est résulté la mort de six Palestiniens, dont cinq membres de la famille al-Bakri. Parmi les morts, trois enfants : Asil Mohammad al-Bakri (7 ans), Asma Mohammad al-Bakri (3 mois) et Kamal Ahmad Kamal al-Bakri (4 ans).BsVH_fNIAAA2Pyg

Raisa Mahmoud Mohammad al-Bakri, 62 ans, a perdu sa belle-fille et trois petits-enfants. S’adressant à Amnesty International, elle a rappelé :

« C’était horrible. Les murs se sont écroulés sur mon corps. J’étais couchée là, précisément. Les voisins sont venus et ont commencé à soulever les décombres et ils m’ont transportée vers l’ambulance. J’avais été blessée à l’œil et je ne pouvais plus voir correctement. Mes deux pauvres enfants – l’un a perdu sa femme et deux enfants et l’autre, après avoir passé 15 ans dans une prison [israélienne] et avoir enfin pu avoir un premier fils, est mort. »

À l’instar de l’attaque contre l’immeuble al-Dali et bien d’autres encore, Israël doit toujours fournir des explications sur la frappe aérienne ou sur les cibles visées.

Pas d’enquêtes auxquelles prêter foi

Expliquant que la législation internationale oblige Israël à demander des comptes aux personnes qui violent les lois humanitaires internationales de même qu’à celles qui perpètrent des crimes de guerre, le rapport d’Amnesty International note que les enquêtes d’Israël nous jamais produit de conclusions dignes de foi.

Le rapport cite aussi les groupe israélien des droits de l’homme, B’Tselem : « Il n’y a actuellement en Israël aucun organe officiel capable de mener des enquêtes indépendantes sur de présumées violations des lois humanitaires internationales. »

Il fait en outre remarquer « la mauvaise volonté permanente d’Israël quand il s’agit d’enquêter et d’engager les poursuites sur les présumés crimes de guerre et sa résolution de vouloir mener ces enquêtes dans le cadre de mécanismes internes déficients et sous la direction de hauts fonctionnaires de l’armée ».

« C’est au gouvernement israélien qu’il incombe d’expliquer quelle était la cible visée dans chacune de ces attaques », conclut Amnesty International, « et de quelle façon la cible constituait un objectif militaire légal, quels étaient les moyens et méthodes d’attaque utilisés et pourquoi on les avait choisis. »

Les enquêtes ont été bloquées

Les groupes palestiniens, israéliens et internationaux des droits de l’homme ont dénoncé Israël et l’Égypte pour avoir empêché à plusieurs reprises Amnesty International et d’autres organisations d’entrer dans la bande de Gaza en août dernier, peu avant la fin de l’offensive militaire.

Des journalistes, des travailleurs humanitaires et une équipe de l’ONU ont pu entrer à Gaza au moment où l’offensive faisait rage, a déclaré Human Rights Watch (HRW) dans un communiqué de presse, le 20 août.

« Les autorités israéliennes ont rejeté des demandes répétées introduites par Amnesty International et HRW en vue de pouvoir entrer à Gaza par le carrefour d‘Erez contrôlé par Israël », indiquait le communiqué de presse. « Les deux groupes ont également demandé l’accès auprès des autorités égyptiennes qui, jusqu’à présent, ont toujours refusés de l’accorder. »

L’Égypte a un long passé de complicité dans l’actuel siège de Gaza par Israël, mais sa coopération avec Israël s’est accrue depuis que l’officier de l’armée égyptienne Abdulfattah al-Sisi a pris le pouvoir dans le pays suite au coup d’État de l’été 2013.

En mai, le diplomate indonésien Makarim Wibisono a été désigné par l’ONU comme rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés et il était prévu qu’il entame le 20 septembre ses recherches sur les activités israéliennes en Cisjordanie occupée (y compris Jérusalem-Est) et dans la bande de Gaza.

Toutefois, Israël a interdit à Wibisono de pénétrer en Cisjordanie occupée en septembre, l’empêchant ainsi d’exercer ses devoirs.

Son prédécesseur Richard Falk s’était lui aussi vu interdire à plusieurs reprises l’accès aux territoires palestiniens occupés, y compris une fois où il avait été incarcéré pendant vingt heures à l’aéroport israélien de Ben-Gourion.

Crimes de guerre

Du fait qu‘Israël n’a pas fourni d’informations sur nombre de ses attaques contre les Palestiniens à Gaza, « Amnesty International ne peut être sûr dans aucune de ces attaques de ce qui était visé », explique le rapport.

Et Amnesty International d’ajouter : « Dans les cas où il n’y a pas d’objectif militaire, une attaque pourrait violer la loi humanitaire internationale interdisant les attaques directes contre des objets civils et des civils. Des attaques dirigées contre des objets civils ou contre des civils, ou des attaques disproportionnées et sans discrimination qui tuent ou blessent des civils sont des crimes de guerre. »

Bien qu’Israël maintienne qu’il visait des cibles présumées militaires à Gaza, le travail des groupes des droits de l’homme et des journalistes a dans de très nombreux cas témoigné du contraire.

Les groupes de la résistance palestinienne, d’autre part, prétendent que la grande majorité de leurs propres attaques visaient des installations militaires israéliennes et non des zones civiles.

Dans une interview récente accordée à Vanity Fair, le dirigeant du Hamas Khaled Meshaal a rejeté l’allégation par Israël disant que les groupes palestiniens prévoyaient de viser des civils dans les attaques lancées à partir des tunnels de la bande de Gaza. 1405715331219

« Il n’y a pas de villes israéliennes adjacentes à la bande de Gaza », a expliqué Meshaal. « Le moindre de ces tunnels a-t-il servi à tuer le moindre civil ou le moindre résident de ces villes ? Non. Jamais ! (…) Le Hamas les a utilisés soit pour frapper au-delà des lignes arrières de l’armée israéliennes soit pour viser des sites militaires comme Nahal Oz », a-t-il ajouté, faisant référence à une opération militaire du Hamas contre une base militaire et que le groupe avait diffusée à la télévision, à l’époque.

« Quand les roquettes s’envolent depuis Gaza, elles visent des cibles militaires », a expliqué Meshaal. « Leur précision est très limitée, toutefois. Et ainsi, parfois, elles manquent leur cible. C’est pourquoi, lorsque nous aurons des roquettes intelligentes et précisés, nous pourrons frapper des cibles militaires avec plus de précision. »


Publié sur The Electronic Intifadah le 6 novembre 2014. Traduction pour ce site JM Flémal.

Patrick O. Strickland est un journaliste indépendant et collaborateur à The Electronic Intifada. Son site : www.patrickostrickland.com. On peut suivre Patrick O. Strickland sur Twitter: @P_Strickland_

Autre article de Patrick O.Strickland publié sur ce site : « Toutes les heures , tuez un Palestinien », dit un nouvelle page israélienne sur Facebook

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