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Un adversaire résolu de la « présomption d’innocence » (en 2004) : Dominique Strauss-Kahn

Luc Delval

Le 9 juillet 2004, une jeune femme déclarait à la police avoir été victime d’une agression à caractère antisémite alors qu’elle voyageait à bord d’un train du « RER » (Réseau Express  Régional) de la région parisienne. Dès le lendemain soir, son témoignage, parvenu au cabinet du ministre de l’intérieur, et relayé par l’Agence France Presse (AFP) déclenchait une vague d’indignation dans le milieu politique et associatif, et bénéficiait d’une impressionnante couverture médiatique.

Extrait de la dépèche de l’AFP qui mit le feu aux poudres médiatiques :

« Ils agressent une femme et lui dessinent des croix gammées sur le ventre »

« Six hommes ont violemment agressé, vendredi matin dans le RER D, entre Louvres et Sarcelles (Val-d’Oise), une jeune femme de 23 ans qu’ils croyaient juive, avant de lui dessiner des croix gammées sur le ventre, a-t-on appris samedi de sources policières . *
Les six agresseurs, d’origine maghrébine et armés de couteaux, ont coupé les cheveux de la jeune femme, accompagnée de son bébé de 13 mois, puis ont lacéré son tee-shirt et son pantalon, avant de dessiner au feutre noir trois croix gammées sur son ventre.
Les six jeunes hommes, qui étaient montés dans le train à la gare de Louvres, avaient commencé par bousculer la jeune mère, puis lui avaient dérobé son sac à dos, qui contenait ses papiers d’identité.
C’est en voyant qu’elle avait une adresse dans le XVIe arrondissement de Paris – où elle n’habite plus – qu’ils auraient déduit qu’elle était juive,
ce qui n’est pas le cas, a-t-on précisé de sources policières *.

« Dans le XVIe il y a que des juifs », avait alors lâché un des six hommes, avant que le groupe ne commence à agresser la jeune femme, a-t-on précisé de mêmes sources *.

Les agresseurs avaient ensuite pris la fuite en renversant la poussette, faisant tomber le bébé à terre, et en emportant le sac de la victime qui contenait, outre ses papiers d’identité, sa carte bancaire et une somme de 200 euros.

Dans les jours qui suivirent, toute la presse – journaux, radios et télés à l’unisson – firent leurs gros titres de ce fait divers : « révoltante agression« , « lâcheté et violence« , « mobilisation contre l’antisémitisme« , « treize minutes de cauchemar » (suit un récit de l’agression comme si vous y étiez dans « le train de la haine« ). Libération et L’Humanité se distinguent particulièrement dans la surenchère.

Le Journal du Dimanche titrait en Une « Une effroyable agression antisémite » et sous titre « Une femme et son bébé molestés par six voyous vendredi dans le RER ». Les immigrés, les maghrébins en particulier, sont unanimement montrés du doigt, et très rapidement les plus importantes autorités politiques entrent dans la farandole de l’intox.

Les dépêche d’agence succèdent aux dépêches d’agence pour reproduire les « réactions » : du Ministre des anciens combattants aux francs-maçons en passant par les Ministres Raffarin, Perben, de Villepin (Galouzeau de … pour les intimes), et jusqu’au Président de la République Jacques Chirac en personne… tous tiennent à faire part de l’horreur et de l’indignation que leur inspire cette « terrible agression antisémite« , et évidemment micros et caméras se tendent vers eux avec empressement.

France 2 accorde une attention toute particulière à l’avis des associations de défense contre l’antisémitisme avec des images d’André Scemama, secrétaire général du « Bureau National de Vigilance contre l’Antisémitisme » (voir plus bas), et d’Ariel Goldman, représentant le CRIF, qui commentent ce fait divers « horrible », « atroce », « abject » comme un fait avéré.

La passivité des autres voyageurs qui se trouvaient dans le RER est vivement critiquée, et interprétée comme une preuve de l’indifférence des Français (ceux qui s’entassent dans les trains de banlieue et dont la télé ne parle que les jours de grève de la SNCF) face aux persécutions antisémites, même quand elles se déroulent sous leurs yeux ! « Il y a du monde dans le RER, personne ne bouge !« , dit Béatrice Schönberg (France 2), dont on comprend « la stupeur, l’effroi et l’indignation« , qui l’empêchent de se demander comment il se fait que pas un seul de ces nombreux voyageurs n’a témoigné ou n’a été identifié. Sans doute la honte que leur inspire leur propre passivité (au point qu’aucun n’a tiré le signal d’alarme du train)… ?

L’explication viendra de Jean-Paul Huchon, Président ‘socialiste » du Conseil Régional d’Île de France, qui obéit à une sorte de réflexe pavlovien :  il est question de « train » et de « juifs« , ça ne vous rappelle rien ?  Bon sang, mais c’est bien sûr : les déportations nazies. « La France est quand même un des rares pays d’Europe qui ait donné des enfants à déporter aux Allemands« , rappelle-t-il donc avec un sens de l’à-propos confondant.
Cela aussi est donc de la faute des jeunes maghrébins des banlieues ? Faut croire !

Au fil des flashes d’info et des dépêches successives, la référence à des « sources policières » a disparu, le récit extrait de la déposition de la plaignante est présenté comme la vérité toute nue, et ne surnage que l’évidence médiatique de cette terrible réalité : dans les trains de banlieue de la région parisienne, des hordes de maghrébins ivres de haine antisémite et probablement drogués terrorisent les femmes supposées juives, maltraitent leurs bébés, les molestent et affichent leur idéologie nazie à coups de feutre noir… Autrement dit, le « nouvel holocauste » sans cesse annoncé par les propagandistes sionistes vient de commencer.

Personne ne relève « l’étonnement » d’un responsable de la SNCF dont pourtant le journal « Le Parisien » avait fait d’emblée état : « Aucun signal d’alarme n’a été tiré, aucun témoin ne s’est manifesté vendredi. […] C’est d’autant plus incompréhensible * qu’à cette heure et sur cette ligne, il y a forcément du monde dans les trains. Et les faits se sont étalés entre dix et quinze minutes, puisque le train s’est arrêté dans quatre gares. »

Il n’y a aucune place, dans le récit médiatique, pour ce genre de détails insignifiants, car Jean-Louis DEBRE, président de l’Assemblée Nationale (et lui-même juif) résume l’unanimité de la classe politique française quand il déclare avec la solennité qui s’impose :  » ce qui est visé c’est l’âme de notre pays et sa tradition, c’est la France qui est visée à travers ces actes ignobles « . Ce qui est « visé » (le terme suppose une intention, voire une conjuration) par les jeunes maghrébins des banlieues, on ne l’oublie pas un instant !

Seulement voilà : trois jours plus tard, la jeune femme reconnaît avoir tout inventé. Et la presse s’avise soudain que son récit est émaillé d’invraisemblances avant de s’empresser de battre sa coulpe sur le dos des politiques, coupables d’avoir cherché à exploiter l’affaire à leur profit.

DSK REVENDIQUE LE DROIT A L’INTOX

Dans le flot de réactions d’hommes politiques qui avaient sauté sur l’aubaine de ce fait divers pour se faire mousser dans les média en stigmatisant les  barbares des banlieues infestées de jeunes musulmans, il en est une qui mérite d’être aujourd’hui sortie du caniveau dans lequel elle était destiné à stagner pour l’éternité : celle de Dominique Strauss-Kahn.

Il eut été étonnant que « DSK » reste à l’écart de la curée médiatique contre cette hypothétique bande de jeunes maghrébins antisémites, nazis et drogués,  quand on sait que la campagne de presse ne devait rien au hasard : elle avait été déclenchée et entretenue par une officine de propagande israélienne en France, le « Bureau national de Vigilance Contre l’Antisémitisme » (BNVCA) évoqué plus haut, dont le « patron » restait volontairement en coulisses.

Il s’agit de Sammy Ghozlan, policier à la retraite, vivant une partie de l’année dans une colonie israélienne de Cisjordanie, qui s’est vanté d’avoir collaboré pendant 35 ans avec les services secrets israéliens **.

Son BNVCA n’est rien d’autre qu’une officine de désinformation visant à créer parmi les juifs de France un sentiment de panique afin de les pousser à émigrer pour aller coloniser la Palestine (on se souvient des déclarations d’Ariel Sharon décrivant la France comme un pays où aucun juif ne peut vivre en sécurité, et les appelant à venir massivement s’installer en Israël). Dans ce but, il avait déjà – entre autres exemples – transformé en agression antisémite l’incendie d’une école juive à Gagny, en banlieue parisienne. C’était bien un incendie volontaire, mais en fait d’agression antisémite, il s’agissait plutôt… d’une escroquerie à l’assurance.

Mais qu’importe,  puisque cette supercherie avait permis à Ghozlan d’obtenir de Nicolas Sarkozy (à l’époque Ministre de l’Intérieur) la création d’un « Comité interministériel pour la lutte contre l’antisémitisme« , lequel confia aussitôt à un organisme privé le soin de produire les statistiques officielles sur l’antisémitisme en France ! Quel organisme privé ? Le BNVCA, bien évidemment !

An NYPD prisoner movement slip for International Monetary Fund (IMF) chief Dominique Strauss-Kahn is seen in this document released on May 18, 2011.  Strauss-Kahn resigned as head of the International Monetary Fund, the IMF said in a statement dated May 18, 2011 as he faces charges of sexual assault and attempted rape."I deny with the greatest possible firmness all of the allegations that have been made against me," Strauss-Kahn said in his letter of resignation, released by the IMF. REUTERS/New York State/Handout    (UNITED STATES - Tags: CRIME LAW POLITICS BUSINESS) FOR EDITORIAL USE ONLY. NOT FOR SALE FOR MARKETING OR ADVERTISING CAMPAIGNS. THIS IMAGE HAS BEEN SUPPLIED BY A THIRD PARTY. IT IS DISTRIBUTED AS A SERVICE TO CLIENTS

Document anthropométrique publié par « Le Figaro »

Or, Dominique Strauss-Kahn – s’il n’a pour autant que l’on sache jamais envisagé de quitter la France pour s’établir en Israël – s’est toujours montré très zélé dans la défense des intérêts israéliens (tels qu’il les concevait) et c’est de manière particu­lière­ment explicite qu’il mettait son action poli­ti­que au service de ces intérêts, qui en étaient même un des ressorts premiers.

En 1991, DSK avait déclaré : « Je considère que tout Juif de la diaspora, et donc de France, doit, partout où il peut, apporter son aide à Israël. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il est important que les Juifs prennent des responsabilités politiques. En somme, dans mes fonctions et dans ma vie de tous les jours, à travers l’ensemble de mes actions, j’essaie d’apporter ma modeste pierre à la construction d’Israël ». En 2003, il avait réaffirmé dans « Tribune Juive » qu’il « se lève tous les matins en se demandant comment il pourra être utile à Israël ».

Donc, en cet été de 2004, Strauss-Kahn est interviewé dans le JT de 20 heures de France 2 le 12 juillet, et s’emploie consciencieusement à remplir ce devoir en contribuant à créer la panique parmi les juifs de France.

A ce moment, le doute sur la véracité du récit de la jeune femme a pourtant commencé à se faire jour, notamment parce qu’on a appris qu’aucune caméra de surveillance dans les gares de la ligne du RER où l’agression est supposée avoir eu lieu ne montre la moindre « bande » correspondant à ses déclarations. Les six agresseurs maghrébins et leur feutre à dessiner des croix gammées sur les ventres se sont volatilisés sans laisser aucune trace… Vu le niveau de flicage ambiant, c’est peu vraisemblable.

La manipulation médiatique orchestrée par ses amis sionistes – qui n’ont pas, évidemment, été à l’origine de la pseudo-agression mais bien de son exploitation politique – étant sur le point d’être révélée, DSK s’emploie préventivement à limiter les dégâts, et soudain – dans cette affaire où se sont formidablement multipliées les déclarations péremptoires – il découvre les vertus du conditionnel… sauf pour affirmer, sans preuves bien entendu, que les agressions de ce type sont monnaie plus que courante :

« Si c’est un coup monté, évidemment ça serait critiquable en tant que coup monté, mais ça ne changerait rien au fait que c’est la dixième ou la vingtième des agressions de ce genre. Même si celle-ci se révélait après coup, on en sait rien pour le moment, ne pas s’être exactement passée comme on vous le raconte, ce qui est sûr c’est qu’il y en a eu 20 avant ! »

Il n’y avait donc pas pour les « jeunes des banlieues« , délinquants puisque « d’origine maghrébine« , et forcément nazis pour les mêmes raisons, de « présomption d’innocence » qui tienne. Certes, ils n’étaient pas nommément désignés. Et pour cause, puisqu’ils n’existaient tout simplement pas.

Mais s’ils n’avaient (peut-être) pas commis UNE agression, CETTE agression qui faisait les gros titres de toute la presse et préoccupait au plus haut point les défenseurs de « l’âme de la France » c’est donc  – assurait DSK – qu’ils en avaient commis vingt autres auparavant.

Et si on ne pouvait désigner UN, ou deux, ou six, coupable(s) c’est bien parce qu’ils le sont tous !
Immigrés-maghrébins-jeunes = délinquants = lâches =  antisémites = nazis = coupables de « viser l’âme de la France » en s’en prenant aux juifs. Merci Professeur Strauss-Kahn pour cette démonstration !

Aujourd’hui DSK est menacé de passer les 20 ou 30 prochaines années en prison pour le viol d’une femme « issue de l’immigration africaine » (musulmane de surcroît), et tout a changé. A propos de la « présomption d’innocence« , du moins : le Tout-Paris politico-médiatique, les amis de DSK en tête, s’est indigné de voir apparaître Dominique Strauss-Kahn les mains menottées dans le dos lors de son transfert d’un poste de police de Harlem vers une geôle où il allait passer la nuit, puis de la présence de caméras dans la salle d’audience où un juge devait décider de son maintien en détention pour quelques jours de plus.

Les consommateurs d’infos sont aussi invités à s’apitoyer sur ses conditions de détention dans une cellule de 13 mètres carrés. Aucun journaliste n’a jugé opportun, à cette occasion, de rappeler qu’à Paris la loi dispose qu’un propriétaire peut donner un logement en location pour peu qu’il ait une surface d’au moins 9 mètres carrés. Comptez autour de 500 €/mois et imaginez à quelle « clientèle » s’adresse ce type d’offre de logement.

L.D.     


* souligné par nous
** le zèle de Ghozlan en matière de désinformation a fini par lasser jusqu’au CRIF, qui l’a éjecté de ses instances en mars 2011, semble-t-il à la suite de son dernier « fait d’armes » qui fut d’inventer de toute pièce la destruction d’une synagogue dans le sud de la Tunisie, afin de tenter de donner à la révolution tunisienne une tonalité antisémite qui en était totalement absente. Mais il faut se souvenir que pour la plupart des dirigeants israéliens arabe et antisémite ne sont que deux mots pour désigner une même chose.

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