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Tzipi Livni démontre que l’héroïsme sioniste est soluble dans la Justice indépendante

«Une nation sans héros est une maison sans portes» déclare le grotesque général-dictateur dans “L’automne du patriarche” de Gabriel Garcia Marquez*, après avoir accordé des honneurs posthumes égaux à plusieurs officiers de l’armée qui meurent les uns après les autres, tués les uns dans un accident tragique , les autres des suites de leurs peu avouables activités. L’héroïsme tient une place centrale dans l’histoire d’Israël telle que les Israéliens se la racontent à eux-mêmes depuis l’origine de leur pays.

Avant de devenir une criminelle de guerre en tant que ministre ayant pris part aux décisions de bombarder la population civile de Gaza, lors de l’opération “Plomb durci” (1.500 morts, dont un millier de civils, parmi lesquels plus de 400 enfants, en 2008-2009 à Gaza), Tzipi Livni fut un agent des “services action” du Mossad, en poste à Paris au début des années 1980, quand ce service menait une série de missions d’élimination de “terroristes palestiniens” dans des capitales européennes. Elle peut donc sans aucun doute revendiquer sa part de cet «héroïsme» tant prisé des dirigeants israéliens.

Pourtant, ayant appris que si elle posait un orteil sur le sol belge elle serait interpellée par la police et interrogée par la Justice (qui instruit une plainte déposée contre elle), elle a invoqué un soudain et mystérieux problème de santé pour annuler sa présence à une conférence au Parlement Européen, où elle était supposée venir ce lundi expliquer, devant un public composé majoritairement d’ardents sionistes, à quel point la campagne “Boycott, Désinvestissement, Sanctions” (BDS) est d’inspiration antisémite.

Or, lorsqu’il s’agissait, à la fin de la semaine dernière, de se rendre à New-York pour y rencontrer des membres de l’ADL (Anti-Defamation League), une des composantes majeures du lobby pro-israélien aux États-Unis, Tzipi Livni semblait en parfaite forme. On ne peut donc qu’en conclure que c’est la perspective d’avoir à s’expliquer devant un juge d’instruction qui la rendue malade.

Ce curieux phénomène avait déjà été observé en décembre 2009, lorsqu’elle avait annulé pour des raisons similaires un déplacement à Londres, où elle était visée par un mandat d’arrêt [1].

L’héroïsme sioniste est soluble dans la Justice quand elle fait preuve d’indépendance.

Donc, la conférence pro-Israël et anti-BDS au Parlement européen se passera de la présence de Tzipi Livni,  ce qui sans doute donnera aux organisateurs une occasion supplémentaire de se lamenter à propos de l’antisémitisme qui selon eux ravage la vieille Europe…

Pour rappel, pendant les trois semaines de l’opération militaire « Plomb Durci », 1.500 tonnes de bombes ont été larguées depuis les airs sur les quartiers résidentiels dans la bande de Gaza et des dizaines de milliers d’obus d’artillerie ont été tirés à partir des chars d’assaut, détruisant des milliers de maisons, mais aussi des hôpitaux, des écoles et des mosquées. Les statistiques établies par diverses ONG – et reprises par les Nations Unies – estiment le nombre de victimes palestiniennes, sur 23 jours d’offensive, entre 1.387 et 1.434, dont 960 civils, plus de 410 enfants et une centaine de femmes. Le nombre de personnes blessées est estimé à 5.303, dont beaucoup resteront handicapées jusqu’à la fin de leurs jours. Outre le caractère délibéré de certaines attaques contre des civils, les troupes israéliennes ont également utilisé des armes dont l’usage ou les conditions d’utilisation sont condamnés par le droit international, comme le phosphore blanc, pyrophorique à l’impact, mais également gravement cancérigène à moyen et à long terme.

Le Rapport de la Mission d’établissement des faits de l’Organisation des Nations Unies sur le conflit de Gaza, commandé et avalisé par l’ONU, mieux connu sous le nom de « Rapport Goldstone » (plus de 500 pages, dont on peut télécharger ICI un résumé officiel par l’ONU), énonçait ainsi :

«il est clair, selon les preuves recueillies par la Mission que la destruction des installations d’approvisionnement alimentaire, des systèmes d’assainissement de l’eau, des usines à béton et de maisons résidentielles est le résultat d’une politique délibérée et systématique par les forces armées israéliennes. Il n’a pas été effectué parce que ces équipements présentaient une menace militaire ou un risque, mais pour rendre le processus quotidien de la vie, de façon digne, plus difficile pour la population civile»

et aussi que «les opérations ont été soigneusement planifiées dans toutes leurs phases. Des avis et conseils juridiques ont été donnés à toutes les étapes de la planification et à certains niveaux opérationnels lors de la campagne. Il n’y avait presque pas de fautes commises, selon le gouvernement d’Israël. C’est dans ces circonstances que la Mission conclut que ce qui s’est passé en à peine plus de trois semaines à la fin de 2008 et au début de 2009 a été une attaque délibérément disproportionnée et conçues pour punir, humilier et terroriser une population civile, radicalement diminuer sa capacité économique locale de travailler et subvenir à ses besoins primaires, et de forcer un sens de dépendance et de vulnérabilité additionnel».

« Il est nécessaire d’enquêter sur les personnes soupçonnées de violations graves et, s’il y a lieu, de les poursuivre si l’on veut garantir le respect des droits de l’homme et du droit humanitaire et prévenir la création d’un climat d’impunité. Les États ont le devoir, en vertu du droit international, d’enquêter sur les allégations de violations. »

Le 10 mars 2010, le Parlement européen a adopté une résolution demandant l’application des recommandations du rapport Goldstone. La résolution appelle les États membres et la Haute Représentante pour les Affaires étrangères à demander publiquement la mise en œuvre des recommandations du rapport Goldstone et « l’établissement des responsabilités pour toutes les violations du droit international, y compris les cas allégués de crimes de guerre ». Finalement, la résolution enjoint les États de l’Union européenne à adopter une « position commune ferme » concernant la suite à donner au rapport Goldstone et demande également que le blocus de Gaza soit levé, le qualifiant de « contraire au droit humanitaire international ».

Faut-il préciser que ces vertueuses prises de position du Parlement européen sont restées lettre morte tout autant que s’il s’était agi de vulgaires résolutions du Conseil de Sécurité de l’ONU, car le droit international ne s’applique manifestement toujours pas à Israël, alors même que dans le cas de Tzipi Livni il y a des aveux, puisque le 19 janvier 2009, lors d’une interview sur la chaîne de télévision israélienne Channel 10 News elle a déclaré : « Israël demonstrated real hooliganism during the course of the recent operation, which I demanded ». Traduction libre : « Israël a fait preuve de réel hooliganisme durant la récente opération, comme je l’ai exigé ».

Mais l’heure n’est plus aux rodomontades : aujourd’hui, l’héroïne sioniste se dégonfle et se fait porter pâle.

L.D.             

Mise à jour le 24/1 :

 Selon le site ultra-sioniste “The algemeiner”, un porte-parole de Tzipi Livni a démenti que l’annulation de son déplacement à Bruxelles soit lié à une quelconque menace d’interpellation par la Justice belge. “Le voyage a été annulé il y a deux semaines en raison de problèmes d’agenda. Nous n’étions à ce moment pas au courant de ce problème” aurait affirmé ce porte-parole.
Il faut donc en conclure que les organisateurs de la conférence anti-BDS à laquelle Tzipi Livni était supposée prendre part sont des escrocs, puisqu’ils ont continué à annoncé à présence jusqu’à une date bien postérieure à la prétendue date de son annulation, espérant sans doute ainsi attirer du monde.  L.D.


*  cité par Natasha Roth sur 972mag.com
[1] le gouvernement britannique, plus soucieux d’assurer sa tranquillité diplomatique et l’impunité d’Israël que de faire triompher le droit, modifiera par la suite sa législation pour éviter ce genre de désagréments aux ministres israéliens en goguette.

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