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Trump veut imposer son “deal du siècle” avec ou sans les Palestiniens, et les régimes arabes réactionnaires sont d’accord

Les États-Unis ont clairement fait savoir que l’approbation palestinienne n’est pas requise pour leur nouveau “plan de paix” imbuvable, dont une copie a été transmise par les autorités saoudiennes à Mahmoud Abbas.

Le site “Middle East Eye” [en] (MEE) croit savoir qu’alors que les détails du “deal du siècle” élaboré par l’administration Trump n’ont pas encore été divulgués, les autorités saoudiennes – qui dans cette affaire marchent la main dans la main avec Washington – en ont confidentiellement transmis une copie à Mahmoud Abbas, le Président de l’“Autorité Palestinienne” (AP) de Ramallah. Celui-ci aurait ostensiblement refusé d’en prendre connaissance et de jouer quelque rôle que ce soit dans ce processus. Mais Washington paraît décidé à se passer de son avis, quoi qu’il arrive.

On se souvient qu’après avoir joué le jeu, pendant dix mois, des rencontres multiples avec les envoyés spéciaux de Donald Trump, en vue d’un plan de paix américain, Mahmoud Abbas en avait conclu en janvier que Washington ne peut plus prétendre à son rôle traditionnel de médiateur après la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël par Trump. Abbas  réclamait le retour à une approche multilatérale du conflit, sous l’égide de l’ONU, ce dont bien entendu les Israéliens ne veulent à aucun prix.

MEE indique que, “selon un responsable palestinien”, le roi Salman a récemment téléphoné au président de l’AP, lui demandant d’envoyer son chef des renseignements, Majid Faraj, à Riyad. Faraj a été reçu dans la capitale saoudienne par le chef du renseignement de Riyad, qui lui a remis la proposition américaine.

Selon certaines sources, citées par MEE, Faraj a avancé une contre-proposition après avoir consulté Abbas par téléphone depuis Riyad. Les Saoudiens l’ont ensuite transmise à l’équipe étatsunienne du Département d’État, qui a refusé d’en discuter et a prévenu que «le plan n’est pas pour la négociation, mais pour la mise en œuvre». Autrement dit, c’est à prendre ou à laisser.

Le document de 35 pages transmis par les Saoudiens a évidemment été décortiqué par l’Autorité palestinienne, qui connaît donc déjà chaque article du plan proposé et pense que les États-Unis “ne trouveront aucun Palestinien pour accepter un tel accord”.

Le plan appelle à la création d’un État palestinien avec des frontières provisoires sur la moitié de la Cisjordanie et la bande de Gaza, sans Jérusalem, et appelle à des solutions humanitaires à la question des réfugiés”, a déclaré un responsable palestinien sous couvert d’anonymat, écrit le correspondant de MEE.

L’intérêt soudain des USA pour Gaza est plus que suspect

Le plan appelle à la construction d’une nouvelle Jérusalem pour les Palestiniens des villages et des communautés environnantes”, a-t-il ajouté. Le plan étatsunien délaisse les questions relatives à la sécurité et aux frontières palestiniennes entre les mains d’Israël et reporte ce qui concerne les colonies [juives en Cisjordanie] et les frontières définitives à de futures négociations.

Le plan prévoir que les Palestiniens peuvent développer “leur propre Jérusalem” à partir des villages et des quartiers autour de la ville d’origine, ont déclaré les responsables palestiniens parlant toujours sous couvert d’anonymat, parce qu’ils n’étaient pas autorisés à parler aux médias.

Le plan appelle également à la création un “couloir” reliant le nouvel État de Palestine à la vieille ville de Jérusalem, où les Palestiniens pourraient aller prier à la mosquée Al-Aqsa et à l’église du Saint-Sépulcre.

Le négociateur en chef palestinien Saeb Erekat a déclaré à Middle East Eye qu’il pense que le plan de Trump repose sur le confinement et la limitation de l’État palestinien à la bande de Gaza et à certaines parties de la Cisjordanie, sans Jérusalem. C’est la raison de l’intérêt soudain des Américains pour la bande de Gaza, a-t-il dit.

Plus tôt cette semaine, la Maison Blanche a en effet tenu une réunion sur la situation humanitaire à Gaza, qui a inclus la participation de 19 pays. Une réunion que les dirigeants palestiniens ont boycottée.

«Le soudain réveil américain à propos de Gaza est plus que suspect», a encore déclaré Erekat.

Trump et Netanyahou prévoient de mettre fin à la question palestinienne en retirant Jérusalem de toute solution, en annexant des colonies importantes et en trouvant une capitale pour nous à la périphérie de Jérusalem”, a poursuivi Erekat.

Avec ou sans l’accord des Palestiniens…

L’Arabie saoudite a augmenté l’aide financière que le royaume accorde à l’Autorité palestinienne au cours des derniers mois, la faisant passer de 7,5 à 20 millions de dollars par mois, ce qui est considéré par certains comme un pot-de-vin pour accepter l’accord. Mais les responsables affirment qu’Abbas n’acceptera aucun accord qui soit aussi éloigné de la création d’un État palestinien basé sur les frontières de 1967, y compris Jérusalem-Est.

«Nous nous attendons à subir la pression des États-Unis et de certains pays arabes pour s’engager dans un tel processus, mais nous ne le ferons pas, simplement parce que nous savons ce qu’ils mijote ntpour nous», a ajouté le responsable palestinien.

Lors d’une réunion, le mois dernier, avec des représentants de l’Union Européenne à Jérusalem, l’envoyé américain pour le Moyen-Orient, Jason Greenblatt, a déclaré que le plan de paix américain était conçu pour bénéficier à la région et ne nécessite pas le consentement des Palestiniens, selon des sources anonymes citées par MEE.

«Les Palestiniens ne sont plus la partie décisive. Nous avons un plan pour la région et les Palestiniens peuvent se joindre à eux s’ils le veulent, mais ils sont également libres de ne pas le faire», aurait-il dit lors de la réunion.

L’ambassadeur des États-Unis a déclaré que “l’accord du siècle” américain est un plan régional conçu pour mettre fin au conflit israélo-palestinien et créer une coalition israélo-arabe pour contrer les menaces conjointes de l’Iran et du terrorisme.

Mahmoud Abbas est profondément préoccupé par le fait que les principaux pays arabes pourraient signer un accord de paix régional sous l’égide des États-Unis, malgré les objections palestiniennes, ont déclaré des responsables à MEE. Un collaborateur d’Abbas a déclaré que le dirigeant palestinien avait fermé les portes aux efforts américains pour présenter un tel accord de paix, mais qu’il craignait que les États-Unis puissent convaincre d’autres gouvernements arabes d’accepter un “accord de paix régional”, contournant les Palestiniens.

Ali Jarbawi, professeur de sciences politiques à l’université de Birzeit en Cisjordanie, a déclaré que les préoccupations palestiniennes sont légitimes. «Les Américains envisagent d’avoir un accord de paix régional, et ils se fichent de savoir si les Palestiniens en feront partie ou non», dit-il.

Le directeur de l’ONG B’Tselem résumait récemment en une phrase la stratégie israélienne des pseudo-négociations dans laquelle les dirigeants palestiniens se sont laissé engluer : «Je vais vous dire comment fonctionnent les négociations : ce qui est à moi est à moi, et ce qui est à toi est négociable, pendant que je suis en train de le dévorer». Trump semble sur le point de parachever ce très mal nommé “processus de paix” pendant que les dirigeants de l’U.E., sourds et aveugles, continuent obstinément à psalmodier “solution à 2 États – solution à 2 États” et à financer l’occupation.

L.D.        


Source :  Middle East Eye – Palestinians have seen Trump’s ‘deal of the century’ – and want nothing to do with it
Adaptation et traduction : Luc Delval

À lire également sur MEE, version française :
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