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Trois footballeurs palestiniens arrêtés par Israël

Ryan Rodrick Beiler

Au moins trois footballeurs palestiniens ont été arrêtés depuis le début de ce mois, a déclaré le Centre Al Mezan pour les droits de l’homme, dont le siège est à Gaza. Les arrestations ne sont que l’exemple le plus récent de la façon dont Israël harcèle les sportifs Palestiniens. Le 3 mars, Fadi Nimr al-Sharif, 28 ans, joueur de l’al-Hilal Football Club de Gaza Ville était arrêté au carrefour d’Erez séparant l’enclave de l’actuel Israël.

Des enfants palestiniens brandissent des cartes rouges face aux soldats israéliens lors d’une manifestation pour l’exclusion d’Israël de la FIFA (Reuters / Mohamad Torokman)

Al-Sharif avait eu un ligament déchiré au cours d’un match et avait reçu la permission des autorités d’occupation israéliennes de se faire soigner à l’hôpital al-Makassed à Jérusalem-Est occupée.

Après avoir passé cinq jours à Jérusalem, al-Sharif et son père avaient tenté de retourner à Gaza. Al-Sharif avait été arrêté par les autorités israéliennes, alors que son père avait pu rentrer chez lui.

Le 6 mars, les forces israéliennes ont fait irruption au domicile de Sami Fadil al-Daour, 27 ans, à Hébron, une ville de Cisjordanie occupée.

Al-Daour est membre d’Al-Samou Youth Football Club. Al-Daour a été arrêté et son PC portable lui a été confisqué, lors du raid.

Il a été emmené à la prison d’Ashkelon, dans l’actuel Israël. Enlever des Palestiniens de Cisjordanie occupée pour les incarcérer en Israël constitue une violation de la Quatrième Convention de Genève.

Un autre joueur d’Al-Samou, Muhammad Abu Khwais, 25 ans et habitant à Jérusalem, a été arrêté le 4 mars.

Les responsable d’Al Mezan ne sont toujours pas en mesure de confirmer si ces sportifs seront accusés de l’un ou l’autre délit ou si, en lieu et place, ils seront placés en détention administrative.

Israël recourt à cette pratique pour détenir des Palestiniens sans accusation ou jugement pendant des périodes pouvant être renouvelées à l’infini.

Le démarrage d’un boycott sportif ?

Dans l’intervalle, un commentaire récent dans le magazine The Nation prédit que 2016 pourrait être l’année d’un certain impact d’un boycott sportif contre Israël.

L’article fait remarquer que la FIFA, l’organisme qui dirige le football mondial, a été la première organisation internationale importante à suspendre l’Afrique du Sud lorsqu’elle était sous le pouvoir d’une minorité blanche.  

La décision avait forcé bien des gens à se pencher sur la question de l’apartheid, sans quoi ils auraient ignoré cette situation.

Les footballeurs palestiniens sont confrontés à de nombreuses restrictions de déplacement.

Depuis qu’il impose un siège à Gaza, on sait qu’Israël empêche les joueurs palestiniens de se rendre à l’étranger pour des matches internationaux. Il en est résulté qu’Israël a provoqué des divisions entre les joueurs palestiniens vivant en Cisjordanie occupée et ceux vivant à Gaza.

En 2007, 18 membres de l’équipe nationale palestinienne se sont vu refuser des visas de sortie pour Singapour, où ils devaient jouer un match de qualification à la Coupe du monde. En raison de cette décision, l’équipe palestinienne avait été obligée de déclarer forfait.

L’an dernier, la Ligue palestinienne de football association (PFA) a tenté de faire rayer Israël de la FIFA.

La PFA a énuméré les fréquentes violations dont font l’objet les droits des sportifs palestiniens.

Elle a également attiré l’attention sur le fait que certains clubs de football israéliens ont leur siège dans des colonies situées en Cisjordanie occupée. Toutes ces colonies sont illégales, d’après le droit international.

Quand les négociations sur le maintien de l’affiliation d‘Israël ont eu lieu lors d’un congrès de la FIFA, le joueur palestinien de Gaza, Iyad Abou Gharqoud, a publié une tribune dans The New York Times demandant que la FIFA exclue Israël de la Coupe du monde et du Championnat d’Europe.

Israël doit comprendre que « l’oppression du peuple palestinien a un coût politique et culturel croissant », avait-il écrit.

« Joueurs, entraîneurs et arbitres sont empêchés de se déplacer entre la Cisjordanie et la bande de Gaza et, de la sorte, sont fréquemment dans l’impossibilité de participer à des tournois », avait encore écrit Abou Gharqoud.

« Israël a également violé les règlements de la FIFA en permettant à des colonies israéliennes en Cisjordanie occupée de jouer dans les ligues d’Israël », avait-il ajouté. « De plus, les supporters israéliens du club Beitar Jérusalem sont réputés en raison de leurs slogans « Mort aux Arabes » durant les matches – des abus racistes que les mesures discplinaires de la Ligue israélienne de football association ne sont pas parvenues à décourager. »

Mais un effort de pression intense de la part des responsables israéliens, combiné à la pression de Sepp Blatter, le haut responsable de la FIFA à l’époque, et d’autres sources internationales, a amené la PFA a faire marche arrière en dernière minute.

À la même époque, le journal de Tel-Aviv Haaretz avait rapporté qu’Israël avait exercé des pressions sur les ministères des sports et les dirigeants des ligues de football de plus de cent pays.

Blatter avait ensuite démissionné suite à un scandale de corruption – sans rapport avec cette affaire – quelques jours après l’annonce de l’accord.

Depuis, il lui est interdit de s’impliquer dans le football international pendant les six années à venir.

« Une retraite temporaire »

Alors que bien des Palestiniens étaient particulièrement déçus par la capitulation de la PFA, l’affaire suscitait une énorme couverture médiatique dans les médias sportifs internationaux – un endroit où il n’est guère habituel de considérer ou de discuter les droits des Palestiniens.

À l’époque, Zaid Shuaibi, de la Commission nationale palestinienne de boycott, désinvestissement et sanctions, avait prédit que l’incapacité de la PFA à faire passer la motion n’était qu’une retraite temporaire.

« La FIFA et ses membres ont reporté la suspension d’Israël mais ils ne peuvent reporter l’ampleur croissante du boycott international contre Israël ni empêcher la poursuite de l’isolement d’Israël en raison de ses violations des droits de l’homme et de ses crimes de guerre contre le peuple palestinien », avait déclaré Shuaibi.

L’un des partisans les plus en voix d’un boycott sportif contre Israël n’est autre que Mahmoud Sarsak, un ancien membre de l’équipe nationale palestinienne de football.

Sarsak, un résident de Gaza, avait été arrêté au carrefour d’Erez en 2009, alors qu’il se rendait en Cisjordanie pour une session d’entraînement. Il avait passé trois ans dans une prison israélienne sans accusation ni procès. Durant tout le temps de sa détention, sa famille n’avait pas été autorisée à lui rendre visite.

Finalement, Sarsak avait été relâché en juillet 2012 après une grève de la faim de 90 jours afin de protester contre sa détention.

Depuis lors, il n’a cessé de faire campagne pour dénoncer l’impact de la politique israélienne sur les sports palestiniens.


Publié le 18 mars sur The Electronic Intifada
Traduction : Jean-Marie Flémal

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