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“Tous les Israéliens sont des collaborateurs de Assad” (Rogel Alpher)

A l’occasion du “Jour du souvenir de l’Holocauste”, dans Haaretz l’Israélien Rogel Alpher invite ses compatriotes, au lieu de se demander une fois de plus pourquoi “le monde n’a rien fait pour arrêter la Shoah”, à s’interroger sur ce qu’ils ont eux-mêmes fait, ou plutôt n’ont pas fait, pour éviter les atrocités qui se déroulent au seuil de leur porte, en Syrie.


Ce qui se passe en Syrie actuellement est une bonne promo pour le “Jour du souvenir de l’Holocauste”, qui aura lieu dans trois semaines.

Au lieu de se demander, comme d’habitude, comment le monde a pu ignorer les atrocités des camps de concentration et rester spectateur sans agir, cette fois les Israéliens pourraient se poser une question inhabituelle : quelle est la différence entre eux – qui sont assis devant leur télévision, qui regardent les images des “horreurs” et de “l’enfer” en Syrie, qui écoutent les reportages qui disent que “le monde ignore l’horreur”, et que “personne ne s’en soucie assez pour intervenir”, que “chaque a ses propres arrière-pensées” – et les Anglais, les Américains et les Juifs dans l’ancienne Palestine Mandataire, qui, sachant très bien quel “horreur” et quel “enfer” se déroulait à Auschwitz et à Treblinka pendant la Shoah, n’ont rien fait parce qu’ils ne s’en souciaient pas assez, ou il avaient d’autres impératifs plus urgents ?

Un enfant, rescapé de l’attaque à l’arme chimique sur la ville de Khan Sheikhoun (nord de la Syrie) – Uncredited/AP

Dans quelle mesure le public israélien est-il supérieur, mora­lement parlant, au monde qui s’est assis et qui n’a rien fait ?

Les Israéliens célèbrent le “Jour du souvenir de l’Holocauste” et accomplissent des rituels et des céré­monies natio­na­listes à propos du monde qui savait parfaitement, mais est resté silencieux, le monde indifférent, qui manque tellement de compassion envers les Juifs. Et pendant ce temps, juste derrière chez eux, en Syrie, des enfants sont attaqués au gaz sarin, et les images sont à ce point atroces qu’on ne peut pas les diffuser à la télé­vision : des enfants qui vomissent une mousse jaune et du sang, leurs muscles raidis par les convulsions. D’innocents enfants syriens, pas moins purs que ne l’étaient les enfants juifs qui ont péri dans l’Holocauste.

Est-ce que le public israélien a appris quelque chose de ces incessantes cérémonies du “Jour du souvenir de l’Holocauste” ?

Oui. Ils ont appris que l’Holocauste n’appartient qu’à eux et qu’ils sont les éternelles victimes, le bien absolu. Ils ont appris qu’ils ont été autorisés, il y a de cela six ans déjà, à ignorer “l’horreur” et “l’enfer” en Syrie. Ils ont le droit de rester assis devant leur télévision et de demander pourquoi les Américains ne font rien.

Il est clair que le public israélien a ne sentiment d’avoir le plus parfait des alibis pour une non-intervention en Syrie. Ils peuvent sauver leur bonne conscience en traitant les blessures des Syriens qui atteignent la frontière et demandent de l’aide. Mais c’est une goutte dans l’océan. Le public israélien n’aidera pas le peuple syrien, qui encaisse des coups depuis six ans, même si nous avions la possibilité de les sauver.

La raison est simple : ce n’est pas dans son intérêt.

Laissons de côté la question de savoir quels sont les intérêts en jeu, et celle de leur légitimité. Restons focalisés sur le principal : le public israélien ignore l’enfer en Syrie et ne fait rien pour aider les Syriens qui souffrent parce qu’agir militairement pour les sauver serait contraire à ses intérêts. L’altruisme que le public israélien attend rétrospectivement du monde qui a ignoré l’Holocauste, il n’en fait pas preuve dans le présent. Ce n’est pas de son rang.

Six ans, c’est long. Six ans de collaboration avec des crimes contre l’humanité. Car, oui en effet, savoir et ne pas bouger le petit doigt c’est de la collaboration. Les Israéliens sont des collabos de Assad. Ils sont d’accord pour des phrases creuses, des clichés de condamnations dérisoires.

Pour ce “Jour du souvenir de l’Holocauste” qui vient, notez bien : il est facile de stigmatiser et de condamner le monde, mais il est difficile d’agir dans le présent.

Rogel Alpher             


Traduction : Luc Delval
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