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Tel Aviv récompensée par l’Union Européenne comme une des “capitales européennes de l’innovation

En mars 2017, la Commission européenne avait lancé un appel à candidature pour l’attribution d’un «prix de la capitale européenne de l’innovation 2017» (« iCapitale »). Ce prix a été décerné le 7 novembre à la Ville de Paris, qui recevra de ce fait un million d’Euros. Mais le lobby pro-israélien très actif dans les coulisses de l’Union européenne a bien fait son boulot, et Tel Aviv aura aussi un petit bout du gâteau européen : 100.000 € qui récompenseront son initiative appelée « Smart City Urban Lab« , qui – selon le communiqué de presse de l’UE – «met en relation de startups innovantes et des entreprises technologiques de premier plan afin de favoriser l’émergence d’innovations de rupture pour la résolution de problèmes urbains. L’enseignement étant l’une des priorités de Tel-Aviv, une partie du prix sera affectée au renforcement de l’initiative pour une éducation intelligente que la municipalité a développée en collaboration avec des enseignants, des parents, des étudiants et de startups spécialisées dans les nouvelles technologies».

La cérémonie de remise des prix aux trois lauréats : Paris, Talinn et Tel Aviv

Par quel miracle Tel Aviv est-elle devenue une ville européenne ?
L’U.E. avait eu soin d’ouvrir le concours pour l’attribution du prix non seulement aux villes de plus de 100.000 habitants de ses États membres mais aussi à celles des “pays associés au programme Horizon 2020”, dont Israël fait – par un scandale permanent – partie.

C’est un des effets de l’Accord d’Association UE-Israël en vigueur depuis l’an 2000, qui facilite grandement le commerce sans barrières entre l’U.E. et Israël, et permet à Israël de participer à des programmes et projets européens comme aucun autre pays non européen, dont les programme de financement de la recherche, le projet de satellites de navigation Galileo et les échanges universitaires Erasmus. L’accord d’association étant violé en permanence par Israël, il devrait depuis longtemps avoir été suspendu, comme il est prévu dans ses propres dispositions.

Bref, Israël bénéficie pratiquement de tous les avantages qu’un État peut retirer de l’appartenance à l’U.E. sans en subir les inconvénients tels que la discipline budgétaire ou les ingérences de la Cour de Justice de l’U.E.

32 villes avaient introduit leur candidature. Une seule parmi les finalistes sélectionnés était située hors de l’U.E. proprement dite, et à la surprise générale c’est Tel Aviv, ville dans laquelle se déroule un processus continu d’épuration ethnique, où on a vu récemment défiler des milliers d’Israéliens rassemblés pour crier “mort aux Arabes, et qui se présente abusivement – selon les termes de Joseph Dana – comme “comme une oasis libérale 1 au Moyen-Orient, comme si la ville ne faisait pas partie intégrante d’un État israélien de plus en plus ethnocratique qui supervise une occupation fondée sur la déni des droits civiques à tout un peuple”. 

Mieux encore, Tel Aviv, tout en servant de “produit d’appel” pour le tourisme israélien en mettant en avant une image “cool” et en jouant plus ou moins subtilement la carte du “pink washing”, met aussi fièrement en avant la très forte contribution de sa population à l’armée d’occupation de la Palestine.

Qui plus est, pour l’attribution du prix européen, l’accent est mis sur “une éducation intelligente”, ce qui est un comble s’agissant d’un État qui a mis à la tête de son département de l’éducation un fasciste patenté, qui proclame fièrement qu’il a tué un grand nombre d’Arabes dans sa vie et qu’il “ne voit pas en quoi c’est un problème”.

Les grandes priorités de Naftali Bennett à la tête du ministère israélien de l’éducation sont de forcer les Palestiniens de Jérusalem à adopter les programmes scolaires israéliens, et surtout de maintenir et amplifier la profonde inégalité structurelle entre Juifs et non-juifs dans le système éducatif. On ne peut donc qu’être profondément heurté quand l’U.E. glorifie le système éducatif de Tel Aviv, fût-ce en s’abritant derrière “un groupe d’experts indépendants issus du milieu universitaire et du monde des entreprises” comme si ceux-ci échappaient miraculeusement à tous les préjugés idéologiques.

Les propos du Commissaire européen Carlos Moedas, qui vante les mérites des villes qui «n’hésitent pas à impliquer leurs concitoyens quand elles développent et testent de nouvelles idées. Ce sont ces villes-là qui permettent à leur population de prendre part au changement. Aujourd’hui, nous saluons leurs efforts» sont donc pathétiquement grotesques pour ce qui concerne Tel Aviv.

Il apparaît une fois de plus que quand se dissipe le rideau de fumée du discours de l’Europe des bons sentiments et des droits de l’homme, la politique de l’U.E. est profondément imprégnée par la complicité “naturelle” entre les gouvernements du vieux continent et la séquelle anachronique de leurs traditions colonialistes que constitue Israël.

L.D.                

 

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Notes   [ + ]

1. le mot ayant ici son sens anglo-saxon, signifiant plus ou moins progressiste.