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Tandis qu’Israël cède à la panique face à BDS, la campagne se développe bien aux États-Unis

Une proposition de loi visant à interdire l’accès du territoire contrôlé par Israël aux personnes qui soutiennent la campagne “Boycott, Désinvestissement, Sanctions” (BDS) a été adopté en première lecture en commission à la Knesset (parlement israélien), indique l’agence de presse palestinienne Ma’an.

Bezalel Smotrich

Bezalel Smotrich

Cette proposition de loi, introduite en novembre de l’année dernière, est portée par le député d’extrême-droite (c’est un euphémisme, s’agissant de cet individu) Bezalel Smotrich.

Avant que ce texte devienne effectivement une loi, il devra encore être mis au vote à deux reprises.

Pourquoi devrais-je laisser quelqu’un qui calomnie l’État et lui nuit pénétrer chez moi ?” a demandé, selon le Jerusalem Post, le Président de la Commission de l’Intérieur et de l’Environnement du parlement israélien.

Les députés de la “liste unie” – l’alliance qui représente les députés élus sur des listes représentant les citoyens israéliens palestiniens (20% de la population) – sont bien évidemment opposés à cette proposition, mais ils se sont abstenus de réagir publiquement dans l’immédiat.

Le ministre israélien de l’Intérieur, Aryeh Deri, et celui de la Sécurité publique, Gilad Erdan, avaient annoncé en août dernier qu’ils mettaient sur pied une force d’intervention pour “expulser les militants de BDS et leur interdire l’entrée” en Israël et dans les territoires palestiniens occupés.

Nous ne devons pas permettre aux militants BDS d’entrer en Israël. C’est une étape nécessaire, étant donné les intentions malveillantes de ces militants qui cherchent à délégitimer [Israël] et à répandre des mensonges quant aux réalités de notre région”, avait déclaré à l’époque Erdan, qui avait ajouté que le mouvement de boycotte visant Israël “doit avoir un prix” pour ceux qui y adhèrent. 

Isoler les Palestiniens en empêchant l’accès du territoire ou en expulsant les militants de la défense des droits humains vise à rendre les communautés palestiniennes, déjà soumises à toutes sortes d’abus, encore plus vulnérables” avait estimé l’International Solidarity Movement (ISM).


Les efforts désespérés du gouvernement israélien et de sa majorité parlementaire n’ont pas empêché la ville de Portland (Oregon) de décider de cesser tout investissement en actions ou obligations de Caterpillar, après une intense campagne de militants qui réclament l’arrêt de toutes relations financières avec des entreprises impliquées dans la violation des droits humains,

Les militants pro-palestiniens de Portland, agissant avec d’autres groupes, avaient demandé au conseil des élus de Portland d’ajouter Caterpillar et la banque Wells Fargo à la liste d’entreprises qui violent les règles régissant les “investissements socialement responsables”, adoptée par la ville depuis 2014.

Par un vote acquis à l’unanimité, le conseil municipal a décidé de suspendre tous les investissements – y compris ceux concernant Caterpillar et Wells Fargo – pour une période d’au moins quatre mois. Les investissements dans Caterpillar et Wells Fargosuscitaient des interrogations concernant la destruction de l’environnement, la production d’armes, l’exploitation abusive de main d’œuvre, et la gouvernance d’entreprise”, a déclaré Enlace, une alliance d’organisations de travailleurs à bas salaires.

Caterpillar, ses pelleteuses et ses bulldozers militarisés sont largement identifiés avec la politique israélienne de destruction de logements, d’arrachage de oliveraies et de destruction du patrimoine environnemental des Palestiniens.

Quant à Wells Fargo, c’est notamment un acteur financier très important dans la construction de prisons privatisées.

C’est une victoire importante que d’arriver à exclure Caterpillar et Wells Fargo du portefeuille d’investissement de la ville de Portland”, a estimé Maxime Fookson, un des leaders du mouvement de soutien aux droits des Palestiniens à Portland.

A la suite d’une série d’auditions publiques consacrées aux crimes auxquels Caterpillar et Wells Fargo prennent part tant en Palestine qu’aux États-Unis, qui avaient attiré un public nombreux, le Conseil rabbinique du mouvement “Jewish Voice for Peace” avait recommandé l’inclusion de ces deux groupes sur la liste des entreprises à écarter des investissements de la ville. Cependant, les porte-parole de groupes qui défendent Israël avaient proclamé qu’une telle décision serait inacceptable et, comme de bien entendu, avaient taxé d’antisémitisme ceux qui la soutenaient (et donc actuellement la totalité du conseil municipal, puisqu’il l’a votée à l’unanimité).

Les militants de Portland sont maintenant décidés à faire en sorte que la suspension des investissements qui a été votée deviennent permanente, à moins que les entreprises visées modifient en profondeur leur manière de procéder et cessent de vendre leurs produits et services à quiconque agit en violation des droits humains.

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