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Tandis que d’aucuns rivalisent de servilité, les Américains “en ont marre d’Israël” selon Thomas Friedman (NY Times)

Yuval Elbashan écrivait hier dans Haaretz que les dirigeants du parti “travailliste” israélien ne sont “pas idiots, mais racistes”. Il arrivait à cette conclusion en analysant la réaction d’Ehud Barak à des déclarations du “patron” de la centrale syndicale sioniste Histadrout, Ofer Eini. Celui-ci a critiqué l’attitude de Ehud Barak, mis en position difficile parce qu’on vient de découvrir qu’il employait clandestinement à son domicile une domestique en situation irrégulière.

Ayant eu l’imprudence et l’impudence d’utiliser un mot d’origine arabe – ahbal – qui désigne un idiot, une personne atteinte de troubles de l’apprentissage, ce qui – note Yuval Elbashan – est loin de représenter l’expression la plus violente couramment utilisée dans le discours politique public en Israël, Ofner Eini s’est à son tour attiré les foudres du ministre de la guerre.

Mais, Barak, au lieu de répondre aux critiques du dirigeant syndical , a jugé plus expédient de le disqualifier, sociale­ment et intellectuellement, en lui reprochant d’utiliser un vocabulaire populaire, “de la rue”, indigne d’un responsable de son rang, faisant ainsi de l’appartenance d’Ofer Eini à la catégorie des “juifs orientaux”, les « mizrahim », universellement méprisée par l’aristocratie ashkenaze “travailliste”, un semblant d’argument. Autrement dit, une personne de son rang ne saurait avoir des mots arabes dans son vocabulaire.

Incident mineur, anecdotique même, mais qui révèle une fois de plus ce que les adorateurs d’Israël s’évertuent à nier et à dissimuler : la nature profondément raciste de cet état, sa nature irrémédiablement coloniale, de “tête de pont” de l’Occident enfichée au cœur de l’Orient.

Barak est un parfait exemple de ces “Juifs régénérés par la colonisation”, devenus en Palestine des européens. Comme l’écrit fort justement l’excellent Alain Gresh [1], « par une étrange dialectique, celui qui avait été rejeté par les antisémites parce que “non européen” va se retrouver, en Orient, défenseur de la civilisation et des idéaux dont il était considéré comme l’antithèse. “Je suis devenu hébreu parce que je hais les youpins”, dit un personnage du roman d’Arthur Koestler, La Tour d’Ezra, qui dresse un portrait élogieux des colons juifs. Le sionisme reprend ainsi à son compte à la fois certains stéréotypes antisémites et l’idéal d’un homme nouveau, un renversement qui explique parfois de troublants rapprochements ».

C’est de cette caste arc-boutée sur la défense de privilèges qui exigent que la guerre israélo-palestinienne dure éternellement, que la première secrétaire du Parti “socialiste” français, Martine Aubry, a tenu à se déclarer profondément solidaire, cette semaine, au cours d’un dîner organisé par le CRIF [2] dans sa ville de Lille, nous apprendre le site CAPJPO-Euro-Palestine [3].

AUBRY FAIT LA PROMOTION DE SAFED,
« LA VILLE LA PLUS RACISTE D’ISRAEL »

Qui plus est, cette « socialiste » de choc a tenu à faire savoir qu’elle veut réactiver un jumelage (créé en 1988 par Pierre Mauroy, mais depuis tombé en désuétude), entre Lille et la ville israélienne de Safed.

Le moment est particulièrement bien choisi, puisque – ainsi que nous l’avons relaté à deux reprises (ICI et LA), Safed est actuellement le théâtre de manifestations de racisme anti-arabe purulent, vivement encouragées par des rabbins qui exigent de leurs fidèles qu’ils leur refusent toute possibilité de logement. Safed, écrit Jonathan Cook dans un de ses récents articles, est “la ville la plus raciste d’Israël”, ce qui n’est pas peu dire !

« Nous avons signé il y a quelques mois un partenariat Lille-Safed, qui porte sur la santé, l’emploi des jeunes, le développement durable et sur des micro-projets », se vante Martine Aubry, espérant sans doute ramasser quelques voix dans une communauté juive dont on sait qu’elle a massivement voté pour Sarkozy lors de l’élection présidentielle de 2007.

Mais, si comme l’écrivent nos amis de la CAPJPO, Aubry est “une politicienne qui n’a décidément aucun respect pour le droit international, pour les valeurs de justice, d’égalité, de liberté, et qui ne mérite que notre mépris”, il faut bien dire qu’elle a en la matière trouvé son maître en la personne du premier ministre canadien, Stephen Harper, qui a déclaré, rapporte Radio-Canada, que son pays “défendra Israël quelles qu’en puissent être les conséquences”.

Stephen Harper théorise fièrement la stupidité du raisonnement binaire, et s’en revendique en déclarant que « dans les débats contemporains qui influencent le sort de la patrie juive, malheureusement, il y a ceux qui rejettent le langage du bien et du mal. Ils disent que la situation n’est pas noir et blanc, qu’il ne faut pas choisir son camp ».

Les Canadiens, qui croyaient élire leurs dirigeants pour servir LEURS intérêts, découvrent donc que leur premier ministre est en fait attaché à la défense d’Israël et de son gouvernement “quelles qu’en puissent être les conséquences”, et qu’un État colonial situé à l’autre bout de la planète est donc plus important à ses yeux qu’ils ne le sont eux-mêmes.

Des attitudes comme celles d’Aubry et de Harper, et leur expression “décomplexée”, ne peuvent évidemment qu’alimenter l’idée qu’Israël, par l’intermédiaire d’un “lobby juif” tout puissant appuyé par une nombreuse domesticité médiatique, contrôle l’Occident tout entier. Une conception fausse, sans doute, mais contre laquelle il est de moins en moins évident de mobiliser des arguments quand on est mis en présence de déclarations comme les leurs.

A moins que…

Young Jews Disrupt Netanyahu at Jewish General Assembly from stefanie fox on Vimeo.

Peut-être est-ce d’où on s’y attendait le moins qu’ils viendront : Netanyahou a été accueilli à l’Assemblée Générale des Fédération Juives, qui se tient à la Nouvelle Orléans, par des huées et des slogans hostiles à l’occupation de la Cisjordanie et au “serment de loyauté à l’Etat juif” que son gouvernement veut imposer aux Israéliens non-juifs. Dans le même temps des intellectuels israéliens s’inquiètent vivement de constater que “les Américains se désinvestissent, mentalement et affectivement d’Israël de plus en plus rapidement.

You are losing the American people” [4], a lancé à Netanyahou et aux Israéliens en général Thomas Friedman, éditorialiste du New York Times en qui d’aucuns voient “le plus important commentateur politique au monde”, depuis toujours fervent supporter d’Israël.  Non pas, évidemment, que les Américains – soumis comme personne au monde à un bombardement médiatique pro-israélien de tous les instants – soient soudain devenus pro-palestiniens, mais parce que Netanyahou, Lieberman et leurs semblables sont venus à bout de leur patience, à force de mauvaise foi et de mépris affiché pour Obama.

Et Friedman a tenu à leur rappeler qu’ils feraient  bien de s’en soucier cas “les Américains sont [leurs] seuls amis au monde

On attend les protestations du premier ministre canadien et de Martine Aubry.

L.D.                


[1] « De quoi la Palestine est-elle le nom ? »   – Ed. Les liens qui libèrent – 2010 (p.107)
[2] « Conseil représentatif des institutions juives de France »
[3] « Coordination des Appels pour une Paix Juste au Proche-Orient »
[4] « vous êtes en train de perdre (le soutien du) peuple américain« 

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