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Disappearing Palestine” *, tel est le titre du dernier ouvrage en date de Jonathan Cook, journaliste britannique établi à Nazareth depuis des années et fin connaisseur du conflit israélo-palestinien.

Ce processus de “disparition” de la Palestine, par l’effet du grignotage quotidien du territoire par une colonisation qu’aucun “gel” – même si l’Autorité Palestinienne en fait grand cas – n’a jamais interrompu ni même ralenti, on peut maintenant l’observer au jour le jour, sur le site de l’organisation israélienne « Peace Now« .

“Peace now” appartient à ce “camp de la paix” israélien dont Gideon Levy a expliqué en long et en large qu’il n’a jamais réellement existé :

« Le camp de la paix israéliens n’est pas mort. Il n’est jamais né. Même s’il est vrai que, depuis l’été 1967, plusieurs groupes politiques radicaux et courageux ont travaillé contre l’occupation – tous dignes de notre reconnaissance – un grand camp de la paix influent n’a jamais existé en Israël.

Il est vrai que, après la guerre du Kippour, après la première guerre du Liban et dans les jours de vertige d’Oslo (oh, combien vertigineux furent ces jours-là), les citoyens sont descendus dans les rues, généralement lorsque le temps était beau et quand on écoutait le meilleur de la musique israélienne lors des rassemblements, mais peu de gens ont vraiment dit quoi que ce soit de décisif et de courageux, et moins encore sont prêts à payer un prix personnel pour leurs activités politiques. Après l’assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin, les gens ont allumé des bougies sur la place et ils ont chanté des chansons Aviv Geffen, mais ce n’est certainement pas ce qu’on pourrait appeler un camp de la paix.

Il est également vrai que la position préconisée par le soi-disant mouvement Matzpen immédia­tement après la guerre des Six Jours est maintenant plus ou moins devenu le consensus israélien – mais ce sont de simples mots, vides de contenu. Rien de significatif n’a été fait jusqu’ici pour les mettre en pratique. On aurait pu s’attendre à plus, à beaucoup plus, dans une société démocratique, dans l’arrière-cour de laquelle une occupation prolongée et cruelle se poursuit et dont le gouvernement utilise surtout le langage de la peur, les menaces et la violence.

Il y a eu dans le passé des sociétés au nom desquelles d’effroyables injustices ont été commise, mais au moins dans certaines d’entre elles, il y a eu des mouvements de protestation authen­tiques, vigoureux et déterminés – du genre qui exige des risques personnels et du courage, et qui n’est pas limité à l’action dans le consensus confortable. […]

Si les gens ne sont pas descendus dans les rues en grand nombre lors de l’opération israélienne “Plomb durci” à Gaza, alors c’est il n’y a pas de “camp de la paix” véritable. Si les gens ne descendent dans les rues maintenant – quand les dangers guettent et que les occasion sont gaspillées à chaque fois, et que la démocratie subit coup après coup,  jour après jour, et alors qu’il n’y a plus de ressources suffisantes pour bien la défendre, et quand l’aile droite contrôle la carte politique et que les colons accumulent une puissance de plus en plus importante – alors il n’y a pas de véritable gauche ».

Et Gidéon Levy poursuivait :

« D’ailleurs, même pendant ses jours relativement fastes, le Meretz n’était pas véritablement un “camp de la paix”. Lorsque le Meretz a  applaudi [les accords d’] Oslo, il a délibérément ignoré le fait que les promoteurs de ces accords de paix “historiques” n’ont jamais eu l’intention d’évacuer une seule colonie au cours de la grande “percée” qui a valu à ses promoteurs un Nobel de la paix. Oui ! le prix de la paix ! Ce camp a aussi négligé les violations par Israël de ces accords illusoires. […]
Cette gauche illusoire jamais réussi à comprendre en fin de compte le problème palestinien – qui a été créé en 1948, pas 1967 – et refuse de comprendre qu’il ne peut pas être résolu tout en ignorant l’injustice causée depuis le début. Une gauche qui n’ose faire face à [ce qui s’est passé en] 1948 n’est pas véritablement de gauche ».

« Peace  Now » appartient indubitablement à cette “gauche illusoire” stigmatisée par Gideon Levy, celle qu’on a entendu applaudir bruyamment l’escroquerie des accords d’Oslo et dont les protestations contre l’opération “Plomb durci” étaient plutôt de l’ordre du  murmure.

Reste que sa dernière initiative ne manque pas d’intérêt : mettre à la disposition de tous une carte interactive qui permet de suivre pratiquement au jour le jour la poursuite de la colonisation de la Cisjordanie, autrement dit – selon la terminologie de Jonathan Cook – la disparition progressive de la Palestine sous les bulldozers et le béton israéliens.

On peut même l’obtenir sur son iPhone (pour être pacifiste on n’en être pas moins “branchouille”). En attendant, cliquez sur la carte ci-dessous…


 

Ce n’est hélas pas prêt de s’arrêter : le pseudo-gel des constructions dans les colonies (qui n’a jamais existé que pour les besoins de la propagande), va prendre fin et 13.000 projets de construction de logement déjà approuvés par les autorités israéliennes sont en attente, dont 2.066 qui seront réalisés à très court terme selon « Peace Now« . 7.000 de plus devraient en outre être approuvés rapidement pour satisfaire aux soi-disant « besoins » des colons.

Le gouvernement israélien continue à subventionner généreusement le développement des colonies : en moyenne, les subventions de l’Etat aux municipalités sont supérieures de 22% (par tête d’habitant) dans les territoires occupés que dans l’ensemble d’Israël, avec une nette surprime pour les localités dont les habitants incarnent la branche la plus agressive du mouvemment des colons (Hébron, Immanuel, Kiryat Arba…).


* « La Palestine qui disparaît ».

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