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Suha Arraf sur Villa Touma, son film « Apatride. »

« Ils veulent que je me profile comme une ‘bonne réalisatrice arabe israélienne’ ou une ‘brave Arabe israélienne’ », explique la cinéaste Suha Arraf, qui a subi récemment des attaques du gouvernement israélien et de ses partisans pour avoir étiqueté sa dernière œuvre de production palestinienne.

suha arraf

Suha Arraf (Birds Eye View Film Festival/Flickr)

« Toutefois, vous avez à peine prononcé le mot ‘palestinien’ que vous devenez l’ennemi », a-t-elle déclaré à The Electronic Intifada.

La cinéaste de 45 ans, originaire de la ville de Maaliya, dans la Galilée de l’Israël actuel, a à son crédit des longs métrages très applaudis par la critique, comme Les citronniers (2008) et La fiancée syrienne (2004), et elle a dirigé le documentaire Femmes du Hamas (2008).

Son nouveau long métrage, Villa Touma, dont l’histoire se déroule dans la ville occupée de Ramallah, en Cisjordanie, dépeint une famille aristocratique chrétienne au sein de la société palestinienne. Dans le film, trois femmes célibataires, vivant très à l’écart de la société, cherchent le salut personnel en mariant leur nièce orpheline à un soupirant chrétien « acceptable ».

Villa Touma a été présenté récemment dans des festivals cinématographiques internationaaux en Europe et en Amérique du Nord. En général, il a été chaleureusement accueilli. Pourtant, lors du Festival du film de Venise, en juillet, la dernière œuvre d’Arraf a suscité des attaques de la part des Israéliens du fait que la cinéaste avait inscrit son film en le présentant comme une production palestinienne.

En même temps que d’autres institutions gouvernementales, le ministère israélien de la Culture a annoncé par la suite qu’il pourrait réclamer à Arraf la restitution des 580.000 $ de fonds publics qu’elle avait acceptés pour la production du film.

« Aucune base juridique »

Naftali Bennett, le ministre israélien de l’Économie et membre du parti extrémiste Habeyit Hayehudit (Foyer juif), favorable aux implantations, s’en est également pris à Arraf. Étiqueter le film «comme film palestinien est inacceptable et déloyal», a déclaré Bennett, bien connu pour ses positions anti-palestiniennes, au quotidien israélien The Jerusalem Post.

Salah Mohsen, un porte-parole de l’Adalah Legal Center, installé à Haifa, qui défend les droits des Palestiniens en Israël, a prétendu que les gens qui attaquaient Arraf utilisaient deux poids et deux mesures vis-à-vis des Palestiniens.

« Il est très habituel que des films israéliens reçoivent des fonds européens, mais personne n’exige qu’ils soient classifiés comme films européens
», a-t-il déclaré à The Electronic Intifada. « Les films appartiennent à leurs producteurs, et non à leurs sponsors. Il n’y a absolument aucun fondement juridique pour lui demander de restituer l’argent, puisque Suha s’est conformée exactement aux stipulations du contrat. »

Arraf était obligée par contrat de mentionner dans les prospectus du film les logos officiels des institutions publiques qui avaient assuré son financement.

Finalement, Arraf a décidé de supprimer la qualification « Palestine » du film. Pourtant, plutôt que de céder aux exigences qu’il soit étiqueté comme production israélienne, elle a modifié sa classification en « apatride » lors de son arrivée le mois dernier au Festival international du film de Toronto.

« C’est mon film réfugié »
, a-t-elle dit à The Electronic Intifada. « Comme les Palestiniens partout, il est apatride. »

Patrick O. Strickland


Source : Electronic Intifadah (Lisez également une interview faite avec la cinéaste en octobre 2014 sur la même page)
Traduction pour ce site : JM Flémal.

Patrick O. Strickland est un journaliste indépendant et collaborateur à The Electronic Intifada. Son site : www.patrickostrickland.com. On peut suivre Patrick O. Strickland sur Twitter: @P_Strickland_
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