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Sondage : 48% des Juifs israéliens en faveur de la déportation des Arabes

Le quotidien Haaretz publie les résultats d’un sondage d’opinion réalisé en Israël par un “think tank” étatsunien, le “Pew Research Center”, qui fait apparaître entre autres choses que 48% des Juifs israéliens sont favorables à la déportation de leurs concitoyens appartenant à la minorité palestinienne (21% se disent “tout à fait d’accord” et 28% “plutôt d’accord”). L’étude est intitulée “Israel’s Religiously Divided Society” et peut être consultée ICI

Même si la formulation de certaines questions suscite quelques critiques, ce sondage paraît d’une fiabilité supérieure à ce qu’on observe habituellement, dans la mesure où 5.601 personnes (juives et non-juives) ont été interrogées, entre la fin de 2014 et la moitié de2015 (donc avant le début des troubles actuels qui ont commencé en octobre 2015), et où il s’agit d’entretiens dits “en face-à-face” [1].

Donc, la près de la moitié des Juifs israéliens seraient favorables au “transfert”, c’est-à-dire à la déportation, des Arabes vers d’autres pays.  Les sondeurs ont soumis la proposition suivante aux personnes interrogées : «Les Arabes devraient être expulsés ou transférés hors d’Israël», et elles étaient invitées à indiquer dans quelles mesure elles y adhèrent.

21% des Juifs se sont dites « tout-à-fait d’accord », et 27% “plutôt d’accord”, soit un total de 48% de “pour”.
29% se sont déclarées “plutôt pas d’accord” et 17% se sont dites “absolument pas d’accord”, soit 46% de “contre”.

Le sociologue Sammy Smooha (Université de Haïfa) a critiqué la formulation de la question, qu’il juge “trompeuse et vague”, indique Haaretz. Il estime que «telle que la question est formulée, l’expression “expulser les Arabes d’Israël” est évasive» ce qui faciliterait l’adhésion à cette proposition car la question peut selon lui être comprise de multiples façons. Il estime aussi que les personnes interrogées peuvent d’autant plus facilement se dire d’accord avec une proposition qu’elle paraît selon lui “impraticable ou irréaliste”.

La “Nakba” : un scénario “irréaliste” en 2016 selon le sociologue Sammy Smooha. Mais la moitié des Juifs israéliens ne seraient pas contre quand même…

La “Nakba” : un scénario “irréaliste” en 2016 selon le sociologue Sammy Smooha. Mais la moitié des Juifs israéliens y seraient favorables quand même…

Alan Cooperman, directeur des recherches religieuses du “Pew Research Center” a expliqué à Haaretz que c’est de propos délibéré que la question concernant l’éventualité d’un “transfert” a été libellée de manière “générale, directe et simple”, sans envisager de scénario spécifique ou entrer dans des “détails” comme la question de savoir qui exactement serait concerné ou celle d’éventuelles compensations.

Mais Haaretz ne fait pas mention d’une ambiguïté d’une autre nature : dans la mesure où pour certains israéliens les territoires palestiniens occupés font partie intégrante d’Israël, il en découle que pour ces personnes l’expression “expulser les Arabes d’Israël” ne vise pas que le 1,6 million de citoyens israéliens de la minorité palestinienne, mais aussi toute la population arabe de la Cisjordanie. On note que l’échantillon interrogé comprend des colons (dont le nombre n’est pas précisé – voir en bas de page)

Sans surprise, le pourcentage de Juifs en faveur de la déportation est plus fort parmi les “Juifs religieux”, selon ce sondage : il atteint 71% dans l’ensemble de la “communauté religieuse”, 69% parmi les “ultra-orthodoxes” et 54% parmi les “Juifs traditionalistes”. En revanche, parmi les “Juifs laïques” (“the secular community”) il y a une majorité de 58% contre l’expulsion des Arabes, quoique plus d’un tiers (37%) y soit favorable.

La proportion de personnes se disant favorables à la déportation des Arabes est d’autant plus faible qu’elles ont reçu un niveau d’instruction et d’éducation élevé : 57% parmi celles qui n’ont pas achevé leurs études secondaires, 50% parmi celles qui les ont achevées, 38% parmi ceux qui ont fait des études supérieures.

Le sondage fait aussi apparaître une diminution de la proportion des personnes qui croient possible de résoudre le conflit israélo-palestinien et qu’il y ait un futur pour un État palestinien indépendant, et cela tant parmi les Juifs que parmi les Palestiniens : seulement 43% des Juifs et 50% des Palestiniens israéliens interrogés croient la paix est possible (en 2013 le même sondage donnait respectivement 46% et 74%).

37% des musulmans interrogés dans le cadre de cette étude ont indiqué qu’ils pensaient avoir subi des discriminations en raison de leur religion, 17% avaient été interrogés par des membres des services de sécurité israéliens, 15% avaient été empêchés de voyager, et 15% avaient été physiquement menacés ou agressés en raison de leur religion au cours de l’année précédente. 13% ont déclaré que leurs biens ont été dégradés pour la même raison.

Notons encore que selon ce sondage, 76% des Juifs israéliens considèrent que leur pays peut être à la fois juif et démocratique, alors que 64% des Israéliens de la minorité palestinienne estiment que ce n’est pas possible.

42% des Juifs israéliens interrogés estiment que les colonies contribuent à la sécurité d’Israël, alors que 30% estiment qu’au contraire elles sont de ce point de vue nuisible.

Enfin, 91% des personnes interrogées estiment qu’Israël est “vital” pour la survie à long terme du “peuple juif”, et 79% estiment normal qu’Israël “favorise” les Juifs.


[1] un sondage coûte cher à réaliser, aussi on voit souvent dans la presse des sondages pour lesquels l’échantillon suppose représentatif était inférieur à mille personnes, qui ont été interrogées par téléphone (ce qui n’est vraiment pas un gage de sérieux, puisque l’intervieweur n’a pas la possibilité de réellement savoir à qui il parle, et qu’au téléphone il est plus facile à un personne facétieuse ou mal intentionnée de donner des réponses plus ou moins fantaisistes, que les entretiens en face-à-face permettent d’éviter ou de détecter.
Dans ce cas, l’échantillon interrogé a été composé de 3,789 Juifs, 871 musulmans, 468 chrétiens et 439 druzes,  y compris des colons et des Arabes résidant à Jérusalem-Est (annexée par Israël).

 

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