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Des soldats israéliens filmés alors qu’ils battent violemment un Palestinien accusé à tort

Luc Delval

Ansar Aasi est resté détenu pendant six jours avant que la vidéo de surveillance établisse son innocence.

Un Palestinien de 25 ans a été violemment arrêté et frappé par des soldats israéliens après qu’il ait été, à tort, accusé de jeter des pierres au cours d’affrontements entre l’armée d’occupation et la population en Cisjordanie occupée, à al-Bireh.

Ansar Asi a été libéré après six jours de détention arbitraire, lavé de tout soupçon. Une vidéo, publiée vendredi par l’organisation de défense des droits humains B’Tselem montre Ansar Aasi sur son lieu de travail,un entrepôt, lorsqu’un soldat israélien – rapidement rejoint par plusieurs autres – fait irruption dans l’entrepôt, commence immédiatement à le brutaliser et procède avec violence à son arrestation. Ce sont pas moins de six de ces vaillants guerriers de « l’armée la plus morale du monde», armés jusqu’aux dents, que l’on voit s’acharner sur le jeune homme. L’enregistrement provenant d’une caméra de surveillance dure 5 minutes, et la caméra est orientée de manière telle qu’on ne discerne pas exactement tous les mauvais traitements infligés au jeune Palestinien.

On voit cependant qu’il prend de nombreux coups violents, coups de pied notamment, et qu’il y a en permanence plusieurs de ces ordures en uniforme qui s’acharnent sur lui pendant qu’il git au sol, tandis que les autres surveillent ce qui se passe à l’extérieur.

Le quotidien Haaretz, qui a diffusé l’information et la vidéo, précise qu’il a dû recevoir des soins médicaux après être sorti des griffes de ses tortionnaires qui sont, comme on sait, fièrement dressés aux avant-postes de la civilisation occidentale pour barrer la route à la barbarie…

Selon B’Tselem, après son arrestation, Aasi a été jeté en prison, et ce n’est qu’après deux jours qu’il a été interrogé par des policiers, qui ont prétendu que les soldats l’avaient vu jeter des pierres au cours des affrontements qui ont eu lieu à al-Bireh, depuis le début de ce mois. Ansar Aasi a nié vigoureusement et aurait fourni un alibi, dont B’Tselem affirme que la police ne s’est pas donné la peine de le vérifier. Ce n’est que lorsqu’il a été traîné devant le tribunal militaire qui siège dans le pénitencier de Ofer, où sont enfermés la plupart des Palestiniens après leur arrestation, que la vidéo ci-dessus a été produite devant les juges. Ansar Asi a alors été remis en liberté, il y a une dizaine de jours.

Au cours d’un entretien avec un journaliste de Haaretz, Ansar Asi a expliqué qu’il a tenté de dire aux soldats qu’il n’était pas impliqué dans les heurts récent, mais ils étaient trop occupés à lui taper dessus pour l’écouter. « Dès le début j’ai dit aux enquêteurs que je n’avais pas lancé de pierre et que je pouvais le prouver, mais ils n’étaient pas pressés de vérifier et je suis resté en détention pendant six jours sans aucune raison. C’était un cauchemar», explique-t-il. « Je n’avais aucune idée de l’endroit où ils m’avaient emmené. Il faisait très froid et j’étais en t-shirt. Je n’ai pas dormi pendant plusieurs jours à cause de mes blessures», dit-il encore.

L’armée a répondu qu’ « une enquête préliminaire sur ce qui s’est passé montre que le comportement des soldats n’a pas été conforme à ce qui est attendu des soldats des FDI (Forces de défense d’Israël = le nom publicitaire officiel de l’armée d’occupation). L’incident est examiné par le commandement et les mesures disciplinaires seront prises en fonction des résultats« . On notera que pour cette fois les soldats ne peuvent être accusés de pillage, l’entrepôt où ils ont agressé Ansar Aasi ne contenant manifestement rien de très précieux (on aperçoit des rouleaux de papier hygiénique ou « essuie tout »).

Quant aux sanctions à venir, il faut se souvenir que les peines prononcées par les tribunaux militaires (quand il est difficile de fermer tout simplement les yeux) sont généralement ridicules, comme par exemple 3 mois de prison avec sursis pour avoir pris des civils comme « bouclier humain » à Gaza. En revanche, voler des ordinateurs à bord du Mavi Marmara, navire turc de la « flottille de la paix pour Gaza » arraisonné en haute mer par des commandos de marine israélien en mai 2010, a valu 5 mois de prison à l’auteur de ce vol. Les ordinateurs sont plus précieux que les Palestiniens de Gaza.

Celui qui, à Rafah, avait sans aucune raison abattu une fillette de 13 ans, qui se trouvait à 100 mètres, de 17 balles, s’en est pour sa part tiré avec les félicitations de ses supérieurs : c’était normal. Il y en a un, un caporal, qui a pris dix ans de prison en 2010. C’était pour avoir volé une arme de poing et des données de carte bancaire dans le bureau de l’ancien chef d’Etat-major israélien, Gabi Ashkenazi, à qui il servait occasionnellement de garde du corps. Mais tant qu’il ne s’agit que de mauvais traitements contre un Palestinien,…


 

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