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Les sionistes redoublent d’efforts pour ridiculiser et discréditer Israël. Faut-il en rire ?

Luc Delval

L’acharnement des sionistes les plus zélés pour ruiner le peu de crédibilité qu’Israël et ses dirigeants peuvent peut-être, par miracle, avoir conservé aux yeux du monde entier est un spectacle sans cesse renouvelé.

Et depuis la fameuse sortie de Netanyahou qui a prétendu, dans un récit d’un simplisme infantile devant le congrès sioniste mondial, que l’inventeur de la destruction des juifs d’Europe n’était pas Adolf Hitler mais le grand mufti de Jérusalem Haj Amin al-Husseini, ils se surpassent. Ils sont littéralement déchaînés, sans réaliser le burlesque du spectacle qu’ils offrent.

Passons sur l’épisode du ministre de l’Agriculture Uri Ariel qui estime que les principes religieux auxquels l’état doit – selon lui – se conformer interdisent qu’il participe au financement d’un programme de stérilisation des chats errants qui prolifèrent et posent des problèmes de santé publique et qui imagine de les déporter hors du pays. Comme certains de ses collègues (et peut-être lui-même) rêvent de le faire des Palestiniens et de la minorité arabe d’Israël…

N’épiloguons pas davantage sur le projet de la ministre de la justice Ayelet Shaked qui rêve d’obliger les ONG qui reçoivent des aides de l’étranger à faire figurer un sigle spécial sur tous  leurs documents et leurs représentants à porter un badge tout aussi spécial quand ils se rendent à la Knesset, tandis que sa collègue Tzipi Hotovely, vice-ministre des Affaire étrangères affirme publiquement qu’elle «rêve de voir le drapeau israélien flotter sur le Mont du Temple» à l’instant précis où Netanyahou s’échine à faire croire à tous les gouvernement étrangers qu’il ne veut en aucun cas changer le statut du Haram al-Sharif , alors que les indices abondent qui tendent à montrer que c’est un grossier mensonge. Un de plus.

Chutzpah et hasbara sont dans un bateau qui tangue

Nettement plus amusante est l’affaire, ou plutôt LES affaires, concernant le tout nouveau patron de la propagande officielle, le « National Public Diplomacy Directorate » (ou plus familièrement “Hasbara”), le distingué Dr Ran Baratz. A peine sa nomination intervenue mercredi, le Président israélien, Reuven Rivlin a sèchement prié Netanyahou de lui fournir “des explications à propos de ce que Baratz a écrit à son propos sur sa page Facebook.

Selon le nouveau proche collaborateur de Netanyahou, il n’y a pas lieu de s’en faire pour la sécurité du président israélien, qui est – a-t-il écrit sur Facebook – un personnage marginal et sans importance. Si on envoyait Rivlin en Syrie dans une zone contrôlée par ISIS, les terroristes ne tarderaient pas à le renvoyer en Israël pour s’en débarrasser tant il est démoralisant de le côtoyer… Au cabinet du Président l’affaire a été qualifiée de «particulièrement sérieuse vu la position occupé par l’intéressé» … Ambiance.

Mais Baratz a fait mieux, ou pire en traitant Barak Obama d’antisémite, toujours sur Facebook, quelques heures après le discours que Netanyahou avait prononcé le 3 mars devant le Congrès des États-Unis. Et elle est mise en évidence juste après sa nomination, qui intervient au moment où le premier ministre israélien se rend à Washington pour mendier une aide militaire supplémentaire. Un milliard de dollars supplémentaire par an pendant dix ans, une paille.

«Permettez que je m’exprime brutalement, contrairement à mes habitudes», avait-il écrit le 3 mars (à un moment où sa prochaine nomination était en discussion) sur son compte Facebook. «L’allusion d’Obama au discours de Netanyahou [1], c’est ce à quoi ressemble l’antisémitisme dans les pays occidentaux libéraux. Et cela va de pair, bien entendu, avec beaucoup de tolérance et de compréhension envers l’antisémitisme musulman. Tant de tolérance et de compréhension qu’ils veulent donner [à l’Iran] une bombe nucléaire».

Le même Baratz avait publié en 2004 une tribune libre sur un site web en faveur de la construction du «troisième temple» en lieu et place de la mosquée al-Aqsa. Mais, grand seigneur, il préconisait que les musulmans soient toujours autorisés à prier sur le al-Haram al-Sharif… à la condition toutefois qu’ils reconnaissent que le “Mont du Temple” appartient aux Juifs.

Il devrait donc au moins bien s’entendre avec Tzipi Hotovely, mais voilà à n’en pas douter un personnage qui va contribuer à détendre l’atmosphère entre Barak Obama et Netanyahou. Si toutefois il n’est pas viré rapido presto comme le réclament, selon Haaretz, plusieurs ministres. Quoiqu’il arrive, la crédibilité de Netanyahou en sortira à coup sûr encore un peu plus amenuisée, si tant est que ce soit possible.

Jupiler rend fous ceux qu’il veut perdre…

Mais le pompon revient à Michaël Oren, ancien ambassadeur d’Israël à Washington (de 2009 à 2013), qui est devenu député du parti Koulanou en février dernier. Son parti, qui a obtenu 10 sièges à la Knesset, fait partie de la coalition baroque que dirige Netanyahou et détient trois ministères au sein du gouvernement (finances, construction et environnement).

Michaël Oren, donc,  s’est fait photographier dans un supermarché en train de coller des étiquettes «Made in Europe» sur des produits en rayon – des biscuits, des friandises et des bières belges, espagnoles, françaises et allemandes, précise le Jerusalem Post – afin de protester contre la publication semble-t-il imminente des « lignes directrices » de l’Union Européenne concernant l’étiquetage obligatoire des produits provenant de Jérusalem, de Cisjordanie et du plateau du Golan [2], c’est-à-dire des territoires occupés par Israël depuis 1967.

A aucun moment, bien entendu, l’U.E. n’a envisagé – hélas, car ce serait la seule manière de se conformer à des obligations légales –  d’interdire complètement ces produits sur son marché intérieur, et moins encore de se joindre à la campagne BDS (qui vise tous les produits israéliens et non uniquement ceux des colonies). Mais quand des officiels israéliens se lancent dans le «Shoah Business» il ne peuvent évidemment s’arrêter à ce genre de détails.

Selon M. Oren, «la décision d’étiqueter les produits israéliens est antisémite». «Il y a des dizaines de différends frontaliers et autres « occupations » dans le monde, mais l’Union Européenne a décidé de s’en prendre à Israël. Ils n’étiquettent pas les produits de Chine, d’Inde ou de Turquie. Seulement ceux d’Israël».

Évidemment il n’a pas manqué de faire référence au fait que les nazis, dans les années 1930, ont boycotté les produits des entreprises juives… avant de recommander, au moins implicitement, à ses concitoyens de boycotter les produits européens : «les consommateurs [israéliens] doivent savoir qu’en achetant des produits européens, ils soutiennent les politiques antisémites de l’Union Européenne».

Michaël Oren, député de la majorité et ancien ambassadeur à Washington : "les consommateurs doivent savoir qu'en achetant des produits européens ils soutiennent des politiques antisémites"

Michaël Oren, député de la majorité et ancien ambassadeur d’Israël à Washington : «les consommateurs israéliens doivent savoir qu’en achetant des produits européens ils soutiennent les politiques antisémites de l’U.E.».

Le cher homme, bien entendu, passe sous silence ou « oublie » que tous les pays qui ont des conflits frontaliers avec leur(s) voisin(s) ne bénéficient pas comme Israël d’exemptions de droits de douane européens et que son pays jouit de bien des avantages réservés aux pays membres de l’Union sans en subir les inconvénients.

Israël viole depuis des décennies ses accords d’association et commerciaux avec l’U.E. qui incluaient depuis toujours des clauses de conditionnalité relatives aux droits de l’homme et aux principes démocratiques,  que ce pays viole systématiquement et structurellement. Qui plus est,  l’article 21 du Traité de l’Union européenne (TEU) prévoit que les actions extérieures de l’Union doivent être guidées par les principes qui ont inspiré (au moins sur le papier) sa propre création et son évolution : la démocratie, la primauté du droit, l’universalité et l’indivisibilité des droits de l’homme et des libertés fondamentales, le respect de la dignité humaine, les principes d’égalité et de solidarité, et le respect des principes de la Charte des Nations-Unies et du droit international. On en est très très loin en pratique. Mais évidemment ce n’est pas ce qui chagrine Oren.

De même, il n’évoque évidemment pas la violation permanente par Israël de dizaines de résolutions de l’ONU et de son Conseil de Sécurité, préférant assez comiquement prétendre que «six premiers ministres israéliens successifs ont tenté de négocier une “solution à deux États” mais l’OLP a rejeté leurs offres».

Oren s’est aussi apitoyé sur le sort des pauvres travailleurs palestiniens qui – dit-il – vont perdre emploi à cause de l’étiquetage des produits des colonies pour ce qu’ils sont – des produits de l’apartheid – ce qui est une sorte d’aveu quant au fait que les Israéliens savent parfaitement que les produits des colonies seraient rejetés par les consommateurs européens si l’étiquetage n’était pas délibérément mensonger.

Enfin, comble du comique involontaire, Oren reproche à l’U.E. d’imposer un étiquetage correspondant à la réalité aux produits provenant du plateau du Golan. «C’est la décision la plus absurde, dit-il, puisqu’il n’existe aucun gouvernement syrien avec lequel Israël pourrait négocier un accord de paix. Est-ce qu’ils nous demandent de donner le plateau [du Golan] à ISIS ?».

Affirmation doublement grotesque. D’une part l’absence de gouvernement « en état de marche » à Damas est une situation beaucoup moins ancienne que l’occupation du Golan par Israël depuis 1967 et aucun gouvernement israélien n’a jamais manifesté le désir ou l’intention de négocier avec la Syrie.

Et d’autre part – et ceci explique cela – Israël a unilatéralement annexé le Golan qui est donc considéré à Tel Aviv (capitale officielle) et à Jérusalem comme faisant partie intégrante du territoire israélien, et on ne voit donc pas ce qu’il s’agirait de négocier sur base d’une telle position. Ou alors, cela ouvrirait des perspectives passionnantes concernant Jérusalem-Est, également unilatéralement annexée.

Conclusion : qu’Oren se livre, comme tant d’autres avant lui et tant d’autres après lui, à un chantage à l’antisémitisme n’a guère d’importance et relève de l’anecdote.

Mais il faut en retenir une chose capitale : si le boycott en Israël des produits européens n’est pas condamnable, comment peut-on encore soutenir – ainsi que vient de le faire la Justice française – que le boycott en Europe des produits israéliens, dans le cadre de la campagne BDS,  est dans son principe répréhensible et relève de l’incitation à une haine raciale fantasmatique ?

On notera d’ailleurs que si l’appel au boycott d’Israël est puni par la loi israélienne, celle-ci ne prévoit que des sanctions civiles (des dommages-intérêts à ceux qui en auraient souffert) et la privation de subventions publiques, alors qu’en France le même «délit» est passible de prison…

Dumb and dumber

Oren n’est pas le seul, loin s’en faut, au sein de l’establishment israélien que cette histoire d’étiquettes rend littéralement dingue. En fait, sans forcément sombrer dans le ridicule avec autant de détermination que Oren, toute la classe politique ou peu s’en faut, majorité comme opposition, semble atteinte.

Par exemple, Yaid Lapir, président du parti « Yesh Atid » (décrit comme « centriste », ce qui signifie que pratiquement dans n’importe quel autre pays il serait classé franchement à droite) s’est rendu à Berlin pour y rencontrer des personnalités allemandes afin de protester contre ce qu’il qualifie de «boycott de facto».

Les produits israéliens, ou prétendûment israéliens, ne pourraient donc, trouver leur place sur le marché qu’à condition de se dissimuler derrière des étiquettes trompeuses ? C’est quand même très révélateur de la parfaite conscience qu’on a dans les cercles du pouvoir en Israël du rejet massif dont la politique de ce pays est l’objet dans l’opinion européenne.

Lapir prendra la parole, indique le Jerusalem Post, devant des parlementaires de 16 pays de l’U.E. qui se réunissent à l’initiative de la « Israel Allies Foundation » pour discuter de la manière dont ils pourraient mieux soutenir Israël au sein de leurs assemblées parlementaires respectives.

Qu’ils ne se donnent pas tant de mal. A moins d’y être obligé, pratiquement plus personne n’écoute.

L.D.


[1] Obama avait fait savoir qu’il n’avait pas regardé la retransmission du discours de Netanyahou. “J’ai eu l’occasion de lire la retranscription du discours, et pour autant que je puisse dire il n’y a rien de nouveau”, avait-il commenté. Le président États-unien avait aussi souligné qu’il était d’accord avec Netanyahou pour dire que “le lien entre les États-Unis et l’Amérique (sic) est incassable”. Lapsus révélateur ?
[2] la bande de Gaza est toujours occupée aussi, mais aucune entreprise israélienne n’y est plus active, et Israël entrave les exportations par tous les moyens.

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