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Si vous trouvez un type sous votre lit, c’est peut-être bien un espion israélien

Israël a officiellement reconnu dimanche « l’arrestation » – lisez en fait : l’enlèvement – d’un ingénieur palestinien, Dirar Abou Sisi, alors qu’il se trouvait en Ukraine, il y a plusieurs semaines. Abou Sisi est l’un des patrons de la seule centrale électrique de la bande de Gaza, près du camp de réfugiés de Nouseirat. Les services secrets israéliens l’ont tout simplement enlevé par la force, alors qu’il voyageait dans un pays « ami »… (une fois de plus quand on voit comment les Israéliens se comportent chez leurs « amis », on comprend qu’ils en aient de moins en moins).

Ce n’est là qu’une des nombreuses facettes des activités clandestines des services israéliens – nombreux et variés – à l’échelle internationale.

Ainsi le quotidien israélien Haaretz signale-t-il lundi qu’une nouvelle division du « renseignement militaire » israélien est désormais chargée de collecter des informations et de surveiller « les organisations de gauche à l’étranger, dont l’armée considère qu’elles cherchent à déligitimiser Israël« . Et d’ajouter que les agents chargés d’espionner les organisations de gauche dans le monde entier « travailleront en étroite collaboration avec les ministères« .

Maria, trois ans, attend son père Dirar Abu Sisi à Beit Lahiya, dans le nord de la Bande de Gaza.

Maria, trois ans, attend son père Dirar Abu Sisi à Beit Lahiya, dans le nord de la Bande de Gaza.

Une de leurs premières missions a été bien entendu de « préparer avec les services du premier ministre l’arrivée d’une éventuelle flottille en mai« . Il s’agit bien entendu du projet de « flottille de la liberté » pour Gaza, dont « Belgium to Gaza » fait partie intégrante.

L’action de cette nouvelle branche du « renseignement militaire » israélien inquiète en Israël même. Selon Haaretz, certains fonctionnaires des Affaires Etrangères estiment que « l’armée va trop loin » , et font notamment valoir les dangers que comporte le caractère très vague de la mission qui est confiée à ces nouveaux espions. « La déligitimisation est un concept très flou, on ne sait pas comment la définir. Est-ce que les flottilles pour Gaza sont une entreprise de déligitimisation ? Est-ce que la critique de la colonisation est de la déligitimisation ?« 

Du côté des militaires, on n’a évidemment pas de ces pudeurs. « L’ennemi change, tout comme la nature de la lutte. Nous devons donc nous adapter et développer notre action sur ce terrain« , affirme à Haaretz un anonyme responsable du renseignement militaire, qui ajoute aussitôt : « nous travaillons en faisant une claire distinction entre la critique légitime de l’Etat d’Israël, d’une part, et les efforts qui visent à nuire et à miner son droit à exister d’autre part« .

Il suffit d’observer la rhétorique que développent, en Europe et ailleurs, les groupes d’influence à la dévotion d’Israël pour être pleinement rassurés sur le sens de la nuance dont doivent faire preuve les espions du « renseignement militaire » israélien dans ce domaine…

La preuve : Haaretz précise qu’une des cibles privilégiées de leur sollicitude seront les groupes actifs, dans les pays occidentaux, dans le cadre de la campagne « Boycott, Désinvestissement, Sanctions » (BDS), ou encore ceux qui tentent de provoquer des poursuites légales pour crimes de guerre ou crimes contre l’humanité contre des responsables israéliens de haut rang. Et bien entendu, le « renseignement militaire » israélien portera une attention toute spéciale « aux liens entre ces milieux et des groupes terroristes » (étant entendu sans doute que l’objectif premier des terroristes est d’amener leurs ennemis devant des tribunaux créés par la « communauté internationale »… comprenne qui pourra).

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