L'actu

Scènes de la démocratie parlementaire, à la sauce sioniste…

Le député Yousef Jabareen, un des élus des Palestiniens d’Israël au parlement israélien, devait voyager à travers les États-Unis pour une série de conférences sur la réalité politique en Israël. La Knesset a décidé de lui interdire d’entreprence ce voyage… parce qu’il est parrainé par une organisation juive étatsunienne.

Il ne s’agit, il est vrai pas de n’importe quelle organisation juive : c’est “Jewish Voice for Peace” (JVP), qui est favorable au Boycott, Désinvestissement, Sanctions (BDS), compte tenu de l’évidence que c’est la seule possibilité d’obliger Israël à se conformer à ses obligations internationales, à commencer par la fin de l’occupation de territoires palestiniens.

Or, “Jewish Voice for Peace” figure sur la liste noire publiée en janvier par le gouvernement israélien. On avait à l’époque annoncé que les militants de ces organisations se verraient refuser l’entrée en Israël. On constate maintenant que des citoyens israéliens, qui plus est élus au suffrage universel, se voient interdire d’avoir des contacts avec ces organisations à l’étranger.

“[La décision] porte un coup sévère à ma liberté politique en tant qu’élu. C’est une activité qui fait partie intégrante et fondamentale de mon rôle en tant que membre de l’opposition à la Knesset ”, a déclaré le député Yousef Jabareen . “L’opinion américaine est une chose importante qui influe sur la réalité politique en Israël, et il est important pour moi d’essayer et d’avoir une influence là-bas à travers des conférences et des débats”.

La décision a été prise par le “Comité d’éthique” (!!!!!) de la Knesset, qui a appliqué pour la première fois un nouveau règlement, adopté en janvier de cette année.

Le ministre des Affaires stratégiques, Gilad Erdan, responsable de l’établissement de la liste noire,  a estimé devant ce comité que JVP «est actuellement considéré comme l’une des principales organisations de boycott aux États-Unis, affichant son soutien à BDS comme outil non-violent qui obligera l’Etat d’Israël à changer de politique et à abandonner “les territoires occupés”». Il a donc compris quelque chose…


Ph. Gil Yohanan

Le même “comité d’éthique” (défense de rire !) de la Knesset a exclu la députée Haneen Zoabi des séances plénières du parlement pour une semaine, à la suite d’une plainte du député Oren Hazan (Likoud) 1. Le motif de la sanction contre Haneen Zoabi : avoir qualifié les soldats israéliens de “meurtriers”.

La plainte faisait suite à la déclaration de Haneen Zoabi, le mois dernier, lors d’une discussion sur le projet de loi interdisant aux représentants des organisations qui agissent contre l’armée de donner des conférences dans les écoles. Elle a dit, “l’armée assassine aussi de temps en temps, pas tous les jours. […] N’avez-vous pas entendu parler de l’assassinat de jeunes palestiniens ? […] Qui [est-ce] qui assassine les Palestiniens dans les territoires occupés ?”

Haneen Zoabi a déclaré devant le comité que les propos qu’on lui reproche «faisaient partie de la liberté d’expression la plus fondamentale et [que] personne n’a le droit de faire taire les autres pour des opinions qu’ils trouvent incommodes. J’ai dit la vérité». Elle a également offert de donner au comité une liste de cas dans lesquels des Palestiniens ont été assassinés par des soldats israéliens.

Les membres du Comité d’éthique (!!!) ont déclaré dans leur décision que ce n’était pas la première fois que Zoabi violait le code d’éthique (!!!) de la Knesset. A leurs yeux, «l’utilisation de l’expression “meurtriers” par rapport aux soldats agissant au nom de l’État est indigne de la large protection que le comité accorde à la liberté d’expression politique des députés et constitue une violation de la règle selon laquelle un député doit, conformément à son statut, agir pour renforcer la confiance du public dans la Knesset».  Ce n’est certainement du pas du “public” de la minorité palestinienne (±20% de la population) qu’il parlent…

Haneen Zoabi a répliqué que «le comité redéfinit le rôle du comité d’éthique pour en faire un comité de censure. Je ne savais pas que j’avais besoin d’un permis des députés pour savoir quelle terminologie utiliser, quoi dire et quoi ne pas dire et quelles valeurs je peux ou ne pas défendre. Est-ce que mon devoir est d’atténuer les crimes de guerre de l’armée israélienne, ou de crier contre ces crimes et de dire que le meurtre est un meurtre ? Le comité d’éthique nous force à mentir et à dissimuler les crimes. Ce serait mieux sans une telle éthique.»

Zoabi, élue de de la liste commune (Joint List), sera exclue de la Knesset durant la première semaine de la session d’été.

L.D.          


Nous avons déjà de multiples reprises évoqué les démélés de Haneen Zoabi avec la majorité juive de la Knesset et le gouvernement israélien.
De même, il a été question plus d’une fois ici du travail et des prises de position de Yousef Jabareen.

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Notes   [ + ]

1. Lequel, selon Haaretz a lui même fait l’objet d’une suspension de 6 mois en février de cette année pour des “déclaration offensantes” à l’égard des “députés arabes” (comprenez les élus de la minorité palestinienne d’Israël) et parmi ceux-ci plus particulièrement les femmes. Le comité d’éthique (!!!) avait condamné son “discours dégradant et honteux” – NDLR

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