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Sanglante piraterie israélienne au large de Gaza

Contrairement à certains pronostics, ils ont osé, et ils ont choisi d’agir selon leur méthode habituelle : avec un maximum de brutalité et en faisant délibérément couler le sang.

On trouvera à propos de ces événements sur le site http://www.witnessgaza.com une information détaillée et régulièrement mise à jour.

L’indignation, évidemment, est grande. Énorme. Elle submerge. Et il faut espérer – maintenant que le mal est fait, que le crime est perpétré – qu’Israël en paiera le prix politique et diplomatique, que le sang versé contribuera à ouvrir les yeux d’un certain nombre de nos concitoyens et surtout entamera l’hypocrisie des dirigeants européens (quoiqu’il ne faille à cet égard pas se faire trop d’illusions quand même).

TRADITIONS

Ajoutant, fidèle à leurs traditions, l’abject à l’ignoble, la presse israélienne de droite et le gouvernement – par la voix de Danny Ayalon – ont évidemment entrepris de maquiller le crime.

Le Jerusalem Post parle – avec un humour tout involontaire – d’une tentative de lynchage des pauvres commandos de marine israéliens qui, on s’en doute, n’étaient animés que des intentions les plus pures et les plus pacifiques. Bref, c’est à une tentative de pogrome antisémite qu’on a assisté sur les vaisseaux de la “flottille pour Gaza”… Ce qui n’empêche pas que la censure militaire israélienne tente d’imposer un black out complet sur le bilan.

Quant au vice-ministre israélien des Affaires étrangères, il a évidemment découvert que les organi­sateurs de la flottille sont “liés au terrorisme international”. Aux dernières nouvelles, cependant, Oussama Ben Laden ne se terrait pas au fond des cales d’un des bateaux, derrière les palettes de vivres destinés aux gazaouites.

Enfin, le record du cynisme est emporté comme il se doit par Benjamin Netanyahou, qui a annulé, vu les circonstances, le voyage qu’il devait faire à Washington pour y rencontrer le Président Obama. C’est pour lui un dur sacrifice, car si Netanyahou se rendait à la Maison Blanche, c’était pour entendre Obama faire pression pour qu’Israël adhère au Traité de non-prolifération nucléaire, et par conséquent se soumette à des inspections internationales.  L’annulation de cette rencontre, c’est donc tout bénéf pour le premier ministre fascisant de “la seule démocratie du Proche-Orient”…

Mais il faut aussi s’interroger sur les raisons pour lesquelles les victimes de la piraterie israélienne au large de Gaza, quel que soit le bilan réel de l’opération à propos duquel on reste actuellement dans l’incertitude, vont avoir dans les média occidentaux, et dans l’opinion par voie de conséquence, un retentissement particulier.

Car, après tout, des crimes comme celui-ci, l’armée d’Israël – et il faudrait dire Israël tout court, car tout indique que la chose rencontre depuis déjà longtemps l’approbation massive de la population israélienne [1], de sorte que l’armée n’est pas la seule à devoir être mise en cause – en commet pratiquement chaque jour, dans la plus grande indifférence du monde occidental.

Cela nous ramène une fois de plus au terrible diagnostic que posait Aimé Césaire dans son “Discours sur le colonialisme” :

Il vaudrait la peine d’étudier, cliniquement, dans le détail, les démarches d’Hitler et de l’hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XXe siècle qu’il porte en lui un Hitler qui s’ignore, qu’un Hitler l’habite, qu’Hitler est son démon, que s’il le vitupère, c’est par manque de logique, et qu’au fond, ce qui ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le crime en soi, le crime contre l’homme, ce n’est pas l’humiliation de l’homme en soi, c’est le crime contre l’homme blanc, c’est l’humiliation de l’homme blanc, et d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que les arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d’Afrique.

Et c’est là le grand reproche que j’adresse au pseudo-humanisme : d’avoir trop longtemps rapetissé les droits de l’homme, d’en avoir eu, d’en avoir encore une conception étroite et parcellaire, partiel et partial et, tout compte fait, sordidement raciste.

De même, ce qu’on va reprocher à Israël n’est-ce pas d’avoir appliqué aux Européens embarqués sur les vaisseaux de la “Flottille pour Gaza” le même traitement que celui que subissent les Palestiniens, jour après jour et, pour beaucoup d’entre eux, depuis leur naissance ? 

Les reproches, évidemment sont fondés. Ce qui ne l’est pas, c’est qu’on ne les entende que si rarement, alors que les crimes, eux, sont quotidiens et que s’opère en douce une discrimination entre les victimes des crimes israéliens, les plus basanées d’entre elles n’ayant droit à un peu d’attention que quand des centaines sont tuées en un court laps de temps.

APPEL A L’ACTION DU « FREE GAZA MOVEMENT »



[1] Ce qui ne nous conduit nullement à oublier ou à mépriser le travail admirable qu’accomplit une petite minorité de citoyens israéliens, juifs et non juifs, les uns contre l’occupation militaire du territoire palestinien, les autres contre le projet sioniste lui-même.

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