Dans l'actu

Sam Touzani a inventé le remède contre la maladie d’Alzheimer

La maladie d’Alzheimer est, on le sait, un drame affreux pour ceux qu’elle frappe et plus encore pour leur entourage. Assister impuissant au naufrage progressif de l’esprit d’une personne qu’on aime, à mesure que disparaît sa mémoire, est dramatique.

Ce mal, le comédien Sam Touzani a manifestement trouvé le moyen de le conjurer efficacement, et il a expérimenté le remède qu’il a inventé sur lui-même. En témoigne l’interview que Sam Touzani vient d’accorder à l’hebdomadaire Le Vide Vif-L’Express *, en introduction de laquelle Marie-Cécile Royen – dont l’engagement islamophobe n’est jamais pris en défaut –le définit comme un intellectuel introverti”, l’un des très rares sans doute qui soit sorti des “humanités sportives” de l’institut communal d’enseignement de “La Garenne” à Charleroi.

Or donc, Sam Touzani démontre qu’il a trouvé le remède à la maladie d’Alzheimer : loin de perdre ses souvenirs, il les fabrique de toutes pièces.

Ainsi, Touzani – qui fut avec Claude Demelenne et Manuel Abramowicz le signataire d’une mémorable “carte blanche” dans Le Soir du 14 janvier 2009, finement intitulée « Le pouvoir aux “barbus” ? non merci ! » – affirme-t-il aujourd’hui dans “Le Vide Vif”: «Ce n’est pas parce que je proteste contre la colonisation des territoires palestiniens que j’admets une manifestation qui se déroule aux cris de “Mort aux juifs !”, comme ce fut le cas à Bruxelles, le 11 janvier 2009».

Or, qu’affirmait avoir vu et entendu le trio infernal Demelenne-Abramowicz-Touzani, le 11 janvier dans les rues de Bruxelles ? Un spectacle qu’ils jugeaient bien inquiétant, à coup sûr :

(… ) Qu’avons-nous vu, ce 11 janvier, dans les rues de Bruxelles ? Une manifestation propalestinienne d’un type nouveau, dont le rassemblement du 31 décembre avait donné un avant-goût. Qui donnait le ton, ce dimanche, dans l’impressionnant défilé, de la gare du Midi à la gare du Nord ? Essentiellement des organisations politico-religieuses musulmanes, des représentants de mosquées, des religieux en général.

D’emblée, nous avons été surpris par la touche très communautariste de la manifestation, souvent rythmée par des slogans très peu fédérateurs – « Allahou Akhbar ! » (Dieu est grand) – et parfois carrément choquants – les appels au Djihad (guerre sainte) ou à la mise de côté de la démocratie.

Les manifestants appartenant à la mouvance de la gauche laïque que nous avons rencontrés étaient pour la plupart désorientés. Difficile, en effet, de trouver sa place dans cette mani­fes­tation, entre groupes brandissant le drapeau du Hamas, d’autres celui du Hezbollah, d’autres encore des portraits de son leader, Hassan Nasrallah, d’autres des pancartes assimilant étoile de David et croix gammée. De telles pancartes, nazifiant les Juifs dans leur ensemble, nous en avons vu des dizaines. Comment s’insérer dans ces groupes, apparem­ment bien pris en mains par les mosquées, femmes enfoulardées d’un côté,
hom­mes barbus hurlant « Allahou Akhbar ! » de l’autre ? (…)

Affirmations aussitôt vigoureusement démenties par l’Association Belgo-Palestinienne, la Centrale Générale FGTB, le Groupe Palestine-Santé, Présence et Action Culturelle (PAC), le Service Civil de la Jeunesse, l’Union des Progressistes Juifs de Belgique (UPJB) et “Vrede”, autant de nids de comploteurs islamistes qui n’avaient pas du tout, mais alors pas du tout, vu la même chose dans les rues de Bruxelles. Dans une réplique à la “carte blanche” (Le soir du 27 janvier 2009), ils contestèrent l’essentiel des affirmations du trio Demelenne-Abramowicz-Touzani, tout en se montrant un peu plus nuancés (ce qui n’est guère difficile, il faut en convenir) :

(…) Lorsque les auteurs affirment d’emblée « qu’on ne peut passer sous silence les multiples dérapages constatés lors des récentes manifestations pro-palestiniennes », nous leur donnons raison. Des dérapages ont bien eu lieu et ont choqué beaucoup de manifestants.

Il faut les dénoncer. Peut-on dire pour autant, comme les auteurs de la Carte blanche, que «les organisations socioreligieuses musulmanes » donnaient essentiellement le ton ?

Peut-on ainsi assimiler tous les manifestants issus de l’immigration maghrébine et turque à l’islamisme ? Ces amalgames véhiculés par cette Carte blanche conduisent à stigmatiser l’ensemble de la communauté musulmane. (…)

Pensent-ils que cette manifestation de plus de 30.000 personnes selon la police, en réalité sans doute le double, puisse se réduire aux seuls islamistes ? Serait-il interdit aux femmes voilées et aux musulmans de manifester ?

Le ton était donné très largement, malgré les dérapages, par les mots d’ordre officiels. Il est vrai que nous avons encore beaucoup de mal à prendre en compte la diversité de la société dans laquelle nous vivons ensemble. N’en déplaise aux signataires de la Carte blanche, il y avait parmi les manifestants beaucoup plus de jeunes encore imberbes que de « barbus » et beaucoup de femmes de tout âge, à l’image précisément de la population bruxelloise. (…)

Quoi qu’il en soit, si le trio Demelenne-Abramowicz-Touzani avait été tout retourné par certains slogans ( « Allahou Akhbar ! » étant, si on a bien compris, dans leur esprit intrinsèquement antisémite) et si la vue de « drapeaux à l’étoile de David brûlés  par des jeunes jouant aux Palestiniens dans les rues de Bruxelles » avait été  pour eux un traumatisme (sans qu’ils s’interrogent un instant sur la légitimité de la confiscation par un État du symbole du judaïsme, qui pourtant n’est pas sa propriété, et sur la confusion qui en découle), à aucun moment ils ne faisaient mention dans leur si contestable “carte blanche” de cris commemort aux juifs”, sortis des poitrines puissantes des dizaines de milliers de “barbus” qu’ils croyaient avoir vu dans les rues de Bruxelles ce 11 janvier 2009.

Or, comment imaginer qu’ils aient pu passer sous silence un tel appel au meurtre raciste – que dis-je : au pogrom ! –, dans une gigantesque manif composée selon eux «essentiellement des organisations politico-religieuses musulmanes, des représentants de mosquées, des religieux en général» ?

Ils n’en ont pas fait la moindre mention, et c’est bien évidemment parce qu’un tel appel n’a jamais eu lieu !

Mais qu’importe, Touzani-l’anti-Alzheimer fabrique de toutes pièces les souvenir qu’il n’a pas, pour les besoins de sa publicité de “mec de gauche qui se sent parfois bien seul”, qui dit son aversion pour “tout le religieux” (ça “le gave”, ce qui est bien son droit) mais ne parle que de l’Islam, et n’en retient que “le voile” **.

L’an prochain, au moment où Touzani livrera à l’admiration des foules son prochain spectacle, à moins que ce ne soit quand il déposera à la Communauté française (qu’il n’oublie pas de citer dans Le Vide Vif-L’Express, l’opportunisme va jusque là) une nouvelle demande de subventions, Touzani évoquera-t-il avec les accents d’indignation qui s’imposent le souvenir de l’incendie d’une synagogue à Bruxelles le 11 janvier 2009 ? Ou du pogrom lui-même (scandaleusement passé sous silence à l’époque par les média, soumis eux aussi aux “barbus”) ?

Et l’année suivante, dans doute, il parlera de l’ouverture d’un camp d’extermination gardé par des «barbus» sur le site de “Tour et Taxis”… ?

Si un “mec de gauche” de ce calibre “se sent parfois bien seul”, c’est en fin de compte assez réconfortant.

Luc Delval            


* daté du 26 mars, pages 8 à 11.
** ce qui n’est pas illogique pour qui se pique de rédiger la postface d’un ouvrage de Nadia Geerts et décrit, non sans un certain mépris, la/les “communauté(s) musulmane(s)”, dont les membres selon lui “ne regardent pas la RTBF ou RTL-TVI, elles sont vingt-quatre heures sur vingt-quatre devant les chaînes de télévision d’Arabie saoudite, qui sont obsédées par le « pur » et l’ « impur », le « licite » et l’ « illicite ». Cela n’aide pas les gens à distinguer le spirituel du temporel ni à s’approprier notre laïcité à nous”. On le comprend : que ces gens-là ne travaillent pas (puisqu’il sont devant la télé “24h/24”), passe encore, mais qu’en plus ils ne regardent ni RTL-TVi ni la RTBF et se privent donc de toute chance de voir Touzani sur l’écran, voilà qui est intolérable !

Print Friendly, PDF & Email