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RTBF : la CIA a protégé des criminels nazis. Seules les victimes juives ont-elles “trop souffert pour mériter ça” ?

Le New York Times vient de révéler un rapport officiel qui met en évidence l’ampleur du soutien accordé par les services secrets américains à des nazis de haut rang après la deuxième guerre mondiale.

Ce n’est rien de bien nouveau, puisque par exemple le cas de Albert Rudolph, choisi par le JT de la RTBF pour illustrer l’information, était connu depuis 1984.. Celui-ci n’a pas été directeur d’un camp de concentration ou d’extermination. Il n’était pas ingénieur chez IG Farben, n’a pas inventé le Zyklon B, n’a pas construit chambres à gaz ou fours crématoires, il n’a pas organisé les déportations,…

Albert Rudolph a travaillé avec  le célèbre Werner Von Braun à la mise au point des fusées V1 et V2 – les “armes secrètes” dont Hitler espérait qu’elles lui permettraient de gagner la guerre – cela est connu depuis 1984.

Quel rapport direct avec l’extermination des juifs d’Europe par le régime nazi ?  On le cherche en vain (à moins qu’il n’y ait eu un camp d’extermination nazi dans l’espace ?).

En revanche, il y a bel et bien un rapport avec l’U.R.S.S. – et par conséquent la Russie d’aujourd’hui – puisque c’est pour gagner la “guerre froide” qui les opposait à ce pays que les États-Unis ont eu recours massivement aux compétences de techniciens nazis, et aussi ont fortement limité la “dénazification” de l’Allemagne afin de concentrer tous les efforts du camp occidental contre les pays communistes.

Pourtant, à qui la RTBF juge-t-elle indispensable de donner la parole dans le reportage consacré à la protection des anciens nazis par les services secrets U.S. ? Hormis l’auteur de l’article du New York Times, deux personnes seulement :

  1. un « survivant de l’Holocauste » anonyme qui apporte une contribution décisive à l’histoire en déclarant “on a trop souffert pour mériter cela, je pense”.
  2. le patron de l’ADL (Anti-Defamation League), Abraham Foxman, figure de proue du lobby pro-israélien, et maître dans l’art d’exploiter politiquement la mémoire des victimes juives du nazisme, à Washington.

Tout se passe donc comme si le nazisme n’avait fait QUE des victimes juives. Ni les handicapés mentaux, ni les prisonniers politiques, ni les tsiganes, ni les homosexuels, ni les centaines de milliers de soldats qui ont perdu la vie en défendant le territoire de leur pays ou en tentant de le reconquérir ne pèsent si peu que ce soit en regard de ceux qui seuls “ont trop souffert pour mériter cela”, et à qui seuls il convient de permettre de l’exprimer publiquement… surtout quand l’affaire du jour n’a aucun rapport direct avec le judéocide, qui pour autant que l’on sache n’a pas été perpétré à coups de fusées.

Entre la récupération par les États-Unis des savants nazis qui ont essayé de doter le IIIème Reich de fusées et l’U.R.S.S., il y a bien un lien, on l’a dit plus haut. Mais qu’importe que l’U.R.S.S. ait à elle seule perdu la moitié des victimes de l’ensemble du conflit mondial 1939-1945, du fait notamment de la guerre d’extermination que les nazis avaient planifiée pour y liquider, outre la totalité des juifs, de 30 à 50 millions de Slaves [1].

A partir de juin 1941, la Werhmacht respecta à la lettre l’ordre de “ne pas faire de prisonniers” qu’elle avait reçu et elle exécuta sur le champ, alors que les combats étaient terminés, 600.000 prisonniers de guerre et “civils ennemis” (en application de l’ «ordre Reichenau d’extermination définitive du système judéo-bolchévique»).

Ensuite, 3,3 millions de prisonniers de guerre, soit plus des deux tiers du total, furent systématique éliminés par la famine et la soif, le typhus et le travail en esclavage, en 1941 et 1942. Et même à Auschwitz, les premiers cobayes utilisés pour tester le Zyklon B, en décembre 1941, furent des prisonniers soviétiques catalogués “communistes fanatiques” par les nazis.

Le siège de Leningrad dura 900 jours et fit un million de victimes (sur 2,5 millions d’habitants), auxquels s’ajoutent 600.000 victimes de la famine de l’hiver 1941-1942.
1.700 villes et 70.000 villages russes furent rayés de la carte, il y eut des milliers d’Oradour-sur-Glane.

Un million de travailleurs furent déportés vers l’Ouest pour travailler dans des camps, des mines, des usines (dont celles de Ford pour fabriquer des camions destinés aux troupes allemandes sur le front de l’est). La prise de Berlin, à elle seule, a coûté plus de vies humaines (300.000) à l’Armée Rouge que n’en ont perdu toutes les armées américaines sur les théâtres d’opération européens et asiatiques entre décembre 1941 et août 1945 (292.000).

Mais parmi toutes ces victimes, aucune ne mérite manifestement que l’on dise sur les antennes de la RTBF qu’elles ont “trop souffert pour mériter cela”. C’est réservé.

L.D.


[1] Voir par ex. : « Les historiens allemands relisent la Shoah », Dominique Vidal – Ed. Complexe – Bruxelles 2002

 

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