L'actu

Riposter à l’offensive anti-BDS : participez à l’opération “1.000 photos pour le boycott”

Ainsi que nous l’avons relaté, une vaste offensive anti-BDS pilotée par l’extrême-droite israélienne, a été déclenchée à l’échelle mondiale. Son arme favorite, outre l’intox et le mensonge, reste encore et toujours le chantage à l’accusation d’antisémitisme.

La Belgique ne fait pas exception : le président du “Comité de Coordination des Organisations Juives de Belgique (franco­phone)” est passé à l’offensive, avec le même infect procédé.

Celles et ceux qui apportent leur appui à BDS n’ont aucune raison de s’en cacher, au contraire ! Refuser le racisme et la violence imposée aux Palestiniens, et le mépris du droit international, ne peut qu’être source de fierté.

Nous avons entrepris de rassembler (au moins) 1.000 photo­gra­phies de person­nes qui affirment ainsi haut et fort leur soutien à BDS. Plusieurs centaines de femmes et d’hommes libres l’ont déjà fait. Rejoignez-les, maintenant.

Plusieurs articles publiés ici ont déjà attiré l’attention sur l’offensive anti-BDS pilotée par l’extrême-droite au pouvoir en Israël, qui a mobilisé à cette fin des millions de dollars, ses agents d’influence dans le monde entier, et ses services secrets (sur lesquels le Ministre Katz, compte pour mener à bien l’élimination ciblée” des leaders de la campagne BDS).

Cette campagne a eu un écho particulier dans les pays où les agents d’influence pro-israéliens sont tradition­nellement les plus actifs – principalement les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France –, où sous des formes diverses le pouvoir tente d’endiguer la vague mondiale du boycott, qui ne cesse de monter.

A l’occasion de son dîner de gala annuel qui avait lieu le 12 avril en présence du Premier Ministre Charles Michel, le président du Comité de Coordination des Organisations Juives de Belgique (CCOJB – section belge du Congrès Juif Mondial) a réclamé que la Belgique suive ce qu’il présente comme l’exemple de la France, en ces termes :

«Le virus de l’antisémitisme a muté, il a développé de nouvelles formes, il se présente sous de nouveaux visages. L’antisionisme est devenu la forme présentable de l’antisémitisme et son bras armé est BDS, le boycott d’Israël. L’antisionisme n’est pas la critique de la politique de l’un ou l’autre gouvernement de l’État d’Israël. C’est l’opposition clairement exprimée à l’aspiration d’un foyer national juif, c’est le refus de l’existence même de l’État d’Israël. C’est cet antisionisme là qui est prôné par BDS : il y a d’abord eu le boycott des produits fabriqués dans les territoires occupés depuis 1967, ensuite le boycott des produits israéliens et maintenant les tentatives de boycott académique et culturel contre toutes les institutions israéliennes quelque soient leurs positions politiques.

Comme l’a dit Viviane Teitelbaum dans son dernier livre : “ L’antisionisme est aussi distinct et différent de l’antisémitisme que l’incendie peut l’être du vent qui l’attise. Oui il peut y avoir du vent sans feu,… mais que l’incendie se déclenche et l’effet du vent se fera ravageur ”.

Sommige landen hebben al wetgevende maatregelen aangetroffen om BDS te verbieden. Wij verwachten dat België hetzelfde zou doen. [Trad. : Certains pays ont déjà adopté des mesures législatives pour interdire BDS. Nous attendons de la Belgique qu’elle en fasse autant.]

De Franse Premier heeft duidelijk aangeduid dat antizionisme de nieuwe bedekking of uitspraak van antisemitisme wordt ; wij zijn van mening dat België het eveneens moet zeggen. [Trad. : Le Premier Ministre français a clairement exprimé que l’antisionisme est le nouveau camouflage sour lequel s’exprime l’antisémitisme; nous sommes d’avis que la Belgique doit le dire également].

Comme de bien entendu, on ne saurait s’en étonner, le Président du CCOJB aligne comme les perles d’un collier les mensonges et les approximations calculées. Prenons ses affirmations concernant BDS une à une (le reste relève à ce point du chantage grossier qu’il ne vaut pas la peine de s’y arrêter).

“… BDS efaux.1257435166st le “bras armé…”

Par définition, BDS est un mouvement totalement non-violent. Parler, dans un tel contexte de “bras armé” relève donc de la manipulation pure et simple, visant à présenter, comme d’habitude, Israël comme une pauvre victime innocente et persécutée. C’est une figure classique de la hasbara.

On serait d’ailleurs curieux de savoir quel moyen de contestation face au gouvernement fascisant d’Israël (ce qualificatif lui est donné par nombre d’Israéliens, comme par exemple le cinéaste Avi Mograbi, qui s’alarment de la dérive anti-démocratique de leur pays) pourrait trouve grâce aux yeux du CCOJB : résister à l’occupation c’est qualifié de “terrorisme”, les Israéliens qui dénoncent les violations des droits humains par leur armée sont qualifiée de “traîtres”, le boycott est taxé d’antisémitisme,…

A part chanter les louanges de Netanyahou et de ses sbires et louer l’action des colons qui violent toutes les règles d’un pays civilisé, qu’est-ce qui reste licite, M. Rozen ?

“…c’est le refus de l’existence même de l’ÉtaFAUXt d’Israël… cet antisionisme là qui est prôné par BDS…”

BDS a des objectifs parfaitement transparents, qui se résument très simplement : faire prévaloir le droit face aux armes, la prééminence de la civilisation sur la loi du plus fort, exercer une pression pour amener Israël à respecter le droit international en général, le droit international humanitaire en particulier, et les centaines de résolutions des organes de l’ONU qui restent lettre morte parce que la “communauté internationale” n’ose pas braver la volonté des États-Unis et le risque d’accusations telles que celles que le président du CCOJB adresse à BDS.

BDS a trois objectifs principaux parfaitement identifiés et conformes au droit :
mettre fin à l’occupation militaire et aux colonies (conformément aux résolutions de l’ONU, dont la résolution 242),
• l’égalité pour les Palestiniens d’Israël envers qui des dizaines de lois israéliennes sont discriminatoires,
• le respect des droits des réfugiés conformément à la résolution 194 de l’Assemblée générale des Nations Unies (confirmée à plusieurs reprises : comme dans les résolutions 394 et 513).

Chaque personne qui décide de se joindre aux milliers et aux milliers d’autres qui, dans le monde entier, adhèrent à BDS (adhésion informelle, d’ailleurs, il n’y a pas de carte de membre ou de hiérarchie) décide pour elle-même des formes et de l’étendue du boycott qu’elle applique.

Elle peut parfaitement décider de le limiter aux produits issus des colonies israéliennes… mais voilà les Israéliens font tout ce qu’ils peuvent pour les camoufler, et quand l’Union Européenne exige un étiquetage honnête (pour des raisons douanières, principalement) ils l’accusent d’antisémitisme aussi sûrement que l’est BDS. À se demander s’il existe un moyen quelconque, hormis la soumission totale, pour échapper à cette accusation…

Par ailleurs, le boycott qui a visé l’Afrique du Sud pendant des années, et qui a précipité la chute de son régime raciste, a-t-il entraîné la disparition de l’Afrique du Sud ? Qu’est-ce qui autorise le président du CCOJB à dire qu’il en ira autrement pour Israël ? Aurait-il des doutes sur sa légitimité ?

Il est par ailleurs piquant de constater que M. Rozen a prononcé son discours devant le Vice-premier ministre Jan Jambon, qui appartient à la N-VA, principal parti de la coalition du gouvernement fédéral, qui prône ouvertement la disparition de la Belgique… Le même Jan Jambon aux fréquentations douteuses et qui trouvait il n’y a pas bien longtemps que “les Flamands qui ont collaboré avec les Allemands avaient leurs raisons”.

faux.1257435166

 “…il y a d’abord eu le boycott des produits fabriqués dans les territoires occupés depuis 1967, ensuite le boycott des produits israéliens et maintenant les tentatives de boycott académique et culturel contre toutes les institutions israéliennes quelque soient leurs positions politiques.

Il n’y a pas de “d’abord” et de “ensuite”… Les positions de BDS sont inchangées depuis l’origine du mouvement, et le boycott des institutions israéliennes n’a rien à voir avec leurs éventuelles “positions politiques” réelles ou supposées.

Les universités israéliennes participent étroitement à l’effort de guerre et de colonisation de l’État d’Israël, elles participent à des programmes de recher­che/développement technologique en collaboration avec l’armée d’occu­pation, elles octroient des avantages aux soldats de l’armée d’occupation et discriminent ceux qui n’y ont pas servi parce qu’ils sont Arabes, elles pratiquent de diverses autres manières les discriminations envers les étudiants non-juifs, notamment en matière de logement,…

Le boycott culturel, quant à lui s’applique aux événe­ments culturels hors d’Israël uniquement quand ils sont financés ou soutenus par une agence gouvernementale israélienne (ministère, ambassade, consulat), en tant qu’ils sont des instruments de propagande asservis par le pouvoir israélien. Cela vaut aussi pour les productions du cinéma qui sont, comme le dénoncent depuis longtemps certains cinéastes israéliens, ravalées au rang d’instru­ments de propagande.

A propos : rafraîchissons la mémoire de M. Rozen en lui signalant que le boycott est aussi sportif : le racisme et l’apartheid n’ont pas leur place dans les compétitions internationales.

faux.1257435166

…certains pays ont déjà adopté des mesures législatives pour interdire BDS…

En dehors d’Israël, il n’existe pas un seul pays au monde qui ait une loi qui interdit BDS ou le boycott d’Israël par ses citoyens.

Le Président des États-Unis a promulgué un texte inspiré par l’AIPAC et voté au Congrès, le “Trade Facilitation and Trade Enforcement Act”, qui n’est certes pas dépourvu de portée politique mais n’interdit en rien BDS. Il concerne essentiellement les accords commerciaux internationaux, et protège les entreprises qui font des affaires avec Israël ou les colonies israéliennes contre d’éventuelles poursuites.

Dans certaines parties des États-Unis, il existe aussi depuis peu des législations locales qui interdisent aux pouvoirs publics, ou à certains d’entre eux, d’entretenir des relations financières (subventions, commandes publiques,…) avec des institutions ou entreprises qui se prononcent pour le boycott d’Israël ou le pratiquent. Ce n’est pas rien, mais cela ne constitue pas une interdiction de BDS.

En aucun cas cela n’interdit aux citoyens étatsuniens d’être pour BDS, de l’exprimer publiquement, de pratiquer le boycott, etc… Ils sont d’ailleurs de millions aujourd’hui à le faire, notamment dans les universités. Et c’est loin d’être fini.

En Grande-Bretagne une législation similaire a aussi été adoptée tout récemment. En aucun cas elle n’interdit BDS, même si clairement le gouvernement réactionnaire de David Cameron est contre. Ses positions concernant Israël ne font cependant pas l’unanimité, comme en témoignent par un projet de motion réclamant la libération immédiate de Marwan Barghouti, signé par des parlementaires de tous les partis, y compris le “Conservative Party”, ou encore l’acquittement général des militants BDS qui en 2015 avaient protesté une foire aux armement à Brighton.

Au Canada, le parlement a certes adopté un texte hostile à «toute tentative» de promouvoir le boycott contre Israël, mais il ne comprend aucune mesure concrète, et à fortiori aucune interdiction.

En France, contrairement à ce que prétend M. Rozen, il n’y a aucune loi anti-BDS. Quand des militants BDS ont été condamnés (pas mal d’autres ont quant à eux été acquittés), c’est sur base d’une loi de juillet 1881. Soit le législateur français était à l’époque vraiment visionnaire, soit cette loi n’a pas été adoptée comme le prétend M. Rozen “pour interdire BDS”, qui a débuté 124 ans plus tard…

Il existe en France non pas une loi visant BDS, mais deux circulaires ministérielles datant de la présidence de Nicolas Sarkozy, dont la principale est l’œuvre de Michèle Alliot-Marie (celle qui proposait au dictateur Ben Ali l’expertise de la police français pour mater la révolte de son peuple), qui ne craignait pas d’affirmer que BDS visait à boycotter “les magasins kasher”. Elle mentait presque aussi bien que M. Rozen.

Ces circulaires donnent instruction aux Parquets (qui en France ne sont pas indépendants du pouvoir politique) de poursuivre les militants de BDS en faisant une application plus que discutable de cette loi de 1881 sur la presse. Celle-ci réprime le fait de « provoquer à la discri­mina­tion, à la haine ou à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée ».

Or, d’une part les actions de boycott reprochées aux militants BDS poursuivis visaient des produits, des marchan­dises vendues dans des grandes surfaces, et non des personnes. Et, d’autre part, ce n’est pas en raison d’une appartenance ethnique, etc… (qu’est-ce que l’appartenance ethnique d’un produit ou sa religion ?), mais – s’agissant de produits des colonies faussement étiquetés “made in Israël” – du fait qu’ils ont été fabri­quées dans des conditions qui violent le droit et ne devraient donc tout simplement pas avoir accès au marché (à moins d’admettre demain comme normal et licite le commerce de voitures ou d’œuvres d’art volées, par exemple).

Au mépris du principe fondamental qui veut que le droit pénal soit de stricte interprétation, la Cour de Cassation française a opéré un audacieux glissement sémantique entre “les producteurs de biens installés en Israël” (institués par quelque tour de magie en “groupe de personnes”) et ces biens eux-mêmes (pour une analyse juridique plus détaillée, voir ici).

Nous verrons ce que la Cour Européenne des Droits de l’Homme en pensera, puisque l’interprétation tordue que des juges français – qui historiquement ne se sont jamais singularisés par leur indépendance à l’égard du pouvoir – ont faite de la loi de 1881 aboutit à la violation d’un des droits essentiels dont elle est gardienne : la liberté d’expression (un domaine dans lequel la France collectionne d’ailleurs les condamnations).

Au surplus les décisions contestables et contestées de la Cour de Cassation française ne visent que le boycott, alors que le boycott n’est qu’un des volets de BDS. En aucune manière, donc, ces décisions n’ont pour portée de mettre BDS hors-la-loi en France

Ce n’est pas davantage le cas pour les textes adoptés ailleurs dans le monde (hormis Israël, cela va soi). M. Rozen, vous mentez, et vos mensonges sont grossiers !

Quant au Premier Ministre français, Manuel Valls, il a beau s’être déclaré «par [sa] femme, lié de manière éternelle à la communauté juive et à Israël », ses liens familiaux et ses obsessions anti-islam qui exaspèrent jusqu’au Président de la République, ne devraient concerner que lui s’il ne prétendait gouverner à coups de menton.

Mais que ceux à qui cela plait ne se réjouissent pas trop vite : Valls se caractérise aussi par des opinions plutôt fluctuantes. Il n’y a pas si longtemps (voir la vidéo ci-dessous) il qualifiait de “honteux” le mur de l’apartheid érigé par Israël en territoire palestinien, et adressait des pensées solidaires “aux habitants de Gaza enfermés, qui vivent une situation infernale” et plus spécialement à ceux de Khan Younès. Et il soulignait “l’urgence de la création d’État, d’une patrie viable et concrète pour les Palestiniens”.

M. Rozen et ses amis doivent donc prier pour que le mariage de M. Valls soit plus solide que ses convictions… :

En résumé, ce que visent le CCOJB et son président, c’est à porter gravement atteinte à NOTRE LIBERTÉ d’expression à tous, au nom de la défense inconditionnelle de l’État voyou auquel ils ont fait allégeance. Et comme à leur habitude, ils embrigadent la totalité de la commu­nauté juive dans ce combat douteux, ce qui est à coup sûr un moyen de promouvoir l’antisémitisme autrement efficace que tout ce que pourraient entreprendre les ennemis d’Israël.

Face à vos mensonges et vos manœuvres, M. Rozen, voici notre réplique : nous sommes de milliers, chaque jour plus nombreux…

8 Trackbacks & Pingbacks

  1. Israël mène la danse, Jambon suit – Pour la Palestine
  2. L’appel pacifique au boycott : un droit en danger – Pour la Palestine
  3. Il n’y a jamais eu aussi peu d’incidents antisémites depuis 10 ans, selon une étude universitaire israélienne – Pour la Palestine
  4. Contre la criminalisation du mouvement pour la justice en Palestine ! – Pour la Palestine
  5. 32 organisations belges réagissent au propos de Serge Rozen (CCOJB) – Pour la Palestine
  6. « Je boycotte Israël » : la campagne photos continue… – Pour la Palestine
  7. La galerie « JE BOYCOTTE ISRAËL” a vraiment pris du poids – Pour la Palestine
  8. La galerie “JE BOYCOTTE ISRAËL” a vraiment pris de l’ampleur – La Voix De La Libye

Les commentaires sont fermés.