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Rencontrez la plus jeune détenue palestinienne

Halhul, Cisjordanie occupée – Après avoir passé 2 mois et demi dans une cellule de prison, Dima Al-Wawi, la plus jeune détenue palestinienne, a été relâchée ce dimanche en libération anticipée.

Dima, arrêtée le 9 février à proximité de la colonie illégale israélienne de Karmei Tzur, a été accusée de tentative d’homicide volontaire et de possession illégale d’un couteau au cours d’une négociation de plaidoyer devant un tribunal militaire israélien, quelques jours après son arrestation. Elle a été condamnée à 4 mois et demi de détention dans une prison militaire israélienne et a purgé plus de la moitié de sa peine.

Alors que les citoyens israéliens sont soumis à la législation civile israélienne et ne peuvent être emprisonnés qu’à partir de l’âge de 14 ans, la loi martiale israélienne, qui s’applique aux Palestiniens de la Cisjordanie occupée, permet l’emprisonnement d’enfants dès l’âge de 12 ans. Selon Addameer, le groupe de défense des droits des détenus, 438 mineurs d’âge palestiniens purgent actuellement une peine de prison en Israël et 98 d’entre eux ont moins de 16 ans.

Le 24 avril, après plusieurs heures de trajet depuis le check-point du nord de Jabara, près de Tulkarem, jusqu’à la localité où elle habite dans le district de Hébron, dans le sud de la Cisjordanie, Dima est arrivée et a revu sa famille pour la première fois depuis 75 jours. À son arivée au village de Halhul, elle a été accueillie par des centaines de voisins et de proches agitant des drapeaux palestiniens pour acclamer son retour.

Al Jazeera s’est entretenu avec Dima après sa libération.

« Quand on m’a retiré les menottes, ç’a été comme si je pouvais respirer à nouveau », a déclaré Dima. [Photo : Al Jazeera]

Al Jazeera. Sais-tu qu’on a dit de toi que tu étais la plus jeune Palestinienne emprisonnée par Israël ?

Dima. Oui, j’ai entendu cela, mais il y a d’autres enfants en prison aussi. J’ai laissé des amies derrière moi ; certaines avaient 13 et 14 ans. Nous chantions ensemble et sommes restées très soudées pendant tout le temps que j’ai passé en prison et elles n’ont aidée, de sorte que je ne suis pas la seule jeune.

Bien sûr, je suis heureuse d’être libre mais, en même temps, je suis triste aussi parce qu’il y a encore d’autres enfants en prison et je sais ce que c’est, maintenant.

Al Jazeera. C’était comment, en prison ?

Dima. C’était effrayant et mes parents me manquaient. Ma mère est venue me rendre visite deux fois et, chaque fois qu’elle est retournée, c’était comme si j’avais été emmenée une nouvelle fois.

Al Jazeera. Quelle a été la partie la plus angoissante, de ces deux mois en prison ?

Dima. La partie la plus angoissante, ç’a été au début. Dans le bus, quand ils m’ont conduite de la prison de Hasharon à celle de Ramla, puis au tribunal militaire d’Ofer, pour voir le juge. Les sièges du bus étaient en métal dur et j’avais les jambes enchaînées l’une à l’autre et les poignets menottés. Il faisait froid, en février, et je n’avais pas de veste. Il gelait et j’étais seule et je ne savais pas ce qui allait se passer.

Al Jazeera. Tu as été interrogée ?

Dima. Oui, l’interrogatoire lui aussi a été très effrayant. Il y avait cinq hommes qui m’interrogeaient tous en même temps, c’était vraiment confus et, à ce moment-là aussi, j’étais toute seule. Ils me criaient dessus avec colère puis ils se moquaient de moi comme si j’étais ridicule, tous en même temps. Je voulais tout simplement rentrer à la maison.

Al Jazeera. As-tu pensé alors que le tribunal allait te condamner à une peine de prison ?

Dima. Je ne pensais pas que le juge allait m’envoyer en prison, parce que je suis une enfant. Je pensais que j’irais chez le juge puis que je rentrerais à la maison avec mes parents le jour même, mais le juge a dit que je resterais en prison pendant quatre mois et, alors, je n’ai plus su que faire.

liseuse

En prison, Dima a brodé un liseuse pour sa maman. [Photo : Al Jazeera]

Al Jazeera. As-tu été battue physiquement, quand tu étais en prison ?

Dima. En prison, non, mais quand les soldats israéliens m’ont arrêtée, ils n’ont pas cessé de me frapper. L’un d’eux m’a donné un grand coup de pied dans le dos et, alors que j’étais couchée à terre, un autre soldat m’a sauté dessus pour me piétiner et ça m’a fait très mal pendant longtemps.

Al Jazeera. Comment passais-tu ton temps en prison et qu’est-ce que tu as vu, là-bas ?

Dima. J’ai eu une prof arabe que j’aimais beaucoup. Il y avait aussi tante Dunya et tante Yasmine, qui étaient très douces, qui prenaient soin de moi et qui m’achetaient du chocolat. J’ai également appris la brodure manuelle. J’ai également fait une liseuse pour ma maman, sur lequel j’ai brodé « à la plus douce des mamans ».

Al Jazeera. Quelle impression ça a fait quand on t’a retiré tes menottes et que tu as revu tes parents ?

Dima. Quand on m’a retiré les menottes, ç’a été comme si je pouvais respirer à nouveau et, quand j’ai vu mes parents, j’ai été en extase. Je n’ai jamais été aussi heureuse de toute ma vie. Je suis très, très heureuse d’être à la maison mais je serai encore plus heureuse quand les choses redeviendrons normales.


Publié le 25 avril 2016 sur Al Jazeera
Traduction : Jean-Marie Flémal

(*)Al Jazeera s’est abstenu de révéler le prénom de la fille en raison de son âge. Nous l’avons ajouté car il est publié dans tous les autres médias.

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