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Réactions envers le rôle de l’Égypte dans le siège de Gaza

Myriam De Ly

Au mois de décembre, l’Égypte a entamé les travaux pour la construction d’un mur d’acier à sa frontière avec Gaza : un mur d’acier souterrain (voir photo et aussi une vidéo dans cet autre article) qui doit bloquer les tunnels par où passent les marchandises qui permettent la survie des Palestiniens de Gaza. arton7963-350x263

Selon un directeur de l’UNRWA, 60%  de l’économie de Gaza dépend des tunnels.
Ce mur va donc parfaire le blocus de Gaza, asphyxiant plus encore la population palestinienne.

L’Égypte défend la construction de ce mur avec des arguments de sécurité nationale : elle a le droit et le devoir de protéger ses frontières. Les tunnels sont une menace.
Elle veut aussi « combattre la contrebande ». Le bon sens dirait que la meilleure façon de combattre la contrebande, c’est d’ouvrir le poste de frontière de Rafah.

Dans un article publié le 1er février, la journaliste Ursala Lindsey, basée au Caire, analyse les actions et manifestations qui ont eu lieu quelques semaines à peine après la découverte de la construction de ce mur.

D’abord il y a des protestations en Égypte et dans le monde arabe. Dans la presse égyptienne et arabe, l’Égypte est considérée comme un instrument des Israéliens et des Américains.

Puis les marcheurs de Gaza Freedom March (GFM) sont arrivés au Caire. Ils se sont vu interdire tout déplacement en direction de Gaza, et ils ont entamé leurs actions journalières.
Au départ pour essayer de changer la décision égyptienne et de pouvoir passer à Gaza. Mais, au fur et à mesure que les journées se passaient, la responsabilité égyptienne dans le blocage de Gaza est mis en avant.

En même temps, le convoi de Viva Palestina est bloqué à Al-Arish et subit la violence policière (50 activistes blessés). Et, suite à une protestation palestinienne, de nouveaux incidents ont lieu à la frontière, causant la mort d’un garde égyptien.

Quelle a été la réaction des autorités égyptiennes par rapport aux actions de Gaza Freedom March ?

A chaque action, des centaines de policiers antiémeute étaient présents. Les militants d’Europalestine qui se trouvaient devant l’ambassade de française ont été bloqués pendant plusieurs jours et la police est intervenue violemment à la manifestation du 31 décembre, près du musée. Mais en général, par crainte d’incidents diplomatiques, les actions ont été tolérées et n’ont pas été réprimés comme c’est le cas lorsque ce sont des Égyptiens descendent dans la rue.

Ce qui n’a pas empêche que des officiels du ministère des Affaires étrangères ont traité les activistes interna­tionaux comme des « conspirateurs » et des « fauteurs de troubles ». Le ministre des Affaires étrangères Ahmad Abu Al-Ghayt a dit que des membres du convoi de Viva Palestina ont « commis des actes hostiles, voire criminels sur le territoire égyptien ». Et le responsable de la délégation, le britannique George Galloway, est désormais persona non grata en Égypte.

D’autres ont ajouté que l’opposition au mur et au siège de Gaza fait partie d’un complot visant à humilier l’Égypte. Pour le ministre des Affaires parlementaires Mufid Shiba, les marcheurs de GFM étaient « des femmes algériennes avec une nationalité française… qui amenaient les messages des médias algériens au cœur du Caire » !

Pour avoir été présente moi-même au Caire, je peux témoigner que le regard de la population égyptienne envers les internationaux était bien différent. Les nombreux signes de sympathie nous ont fait chaud au cœur. D’ailleurs, la stratégie principale de la police était de nous séparer de cette population.

Pour finir, l’establishment politique égyptien a fait comprendre que le sujet du siège et du mur étaient des sujets interdits. Moubarak dira de façon catégorique dans son discours du 24 janvier : « Nous n’acceptons de discuter de cette question avec personne. »

Dans le futur, l’Égypte ne permettra même plus le passage de convois humanitaires, d’où qu’ils viennent. Tout aide étrangère devrait être transmise au Croissant-Rouge, qui la délivrera lui-même à Gaza aux rares moments d’ouverture de la frontière de Rafah.

Militants internationaux et locaux

Les internationaux avaient espéré que l’Égypte aurait changé de position. Comme elle l’avait déjà fait dans le passé.  Ali Abunimah, le cofondateur palestino-américain d’Electronic Intifada, également présent au Caire, disait à ce sujet : « Les gens ne sont pas venus au Caire dans le but de manifester ou de semer des troubles en Égypte. Ils sont venus ici pour aller à Gaza et pour montrer leur solidarité avec le peuple palestinien et rompre le siège. Ce qui a inévitablement recentré l’attention sur le rôle de l’Égypte, c’est que c’est celle-ci qui a interdit à ces gens d’aller à Gaza… donc c’est bel et bien l’Égypte elle-même qui a mis en évidence son propre rôle dans le maintien du siège de Gaza».

Malgré certaines différences, la plupart des activistes égyptiens soutenaient GFM.
« Ils ont eu un effet important », disait Diya’al-Sawi, un fondateur du Comité égyptien pour briser le siège de Gaza ». « Ils ont changé l’opinion du monde envers le régime égyptien. »

Si, en Occident, certains estimaient que la Marche a finalement attiré l’attention sur un faux objectif, l’Égypte et non Israël (et les EU), les activistes égyptiens disent clairement que l’opposition au siège de Gaza et l’opposition au régime de Moubarak « sont une seule et même chose ». Et ils sont contents que l’attention internationale des médias, attirés par GFM et Viva Palestina, a permis de faire une connexion entre les deux.

Des intellectuels arabes connus ont utilisé l’expérience des activistes étrangers pour critiquer les gouvernements et populations arabes en raison de leur solidarité insuffisante avec les Palestiniens.
Tel  Salama Ahmad Salama, dans le journal « al Shurouq » : « Ces marches, bien sûr, ne peuvent pas résoudre le problème. Mais au moins, de temps en temps, elles tirent une sonnette d’alarme et elles agissent pour saisir l’attention de l’opinion mondiale, là où les pays et peuples arabes se sont soumis à la situation existante et ne sont plus capables de résister, et qu’ils mendient plutôt des solutions et des concessions que les Palestiniens eux-mêmes refusent. »

Les activistes égyptiens propalestiniens continuent leurs actions sur une base régulière, malgré la répression sévère (arrestations, abus policiers) et l’absence d’une couverture médiatique internationale.

Dans la même semaine que GFM, des étudiants islamistes manifestaient contre le mur dans différents campus universitaires.
Le « mur de la honte » a également été au centre de vifs débats au parlement et d’actions en justice, des parlementaires essayant par ce moyen légal de stopper la construction du mur.

Le 15 janvier, 100 membres et sympathisants du Comité pour rompre le siège de Gaza voulaient se rassembler pour se rendre à Gaza à partir du Syndicat des médecins. Mais ils ont du compter avec la main de fer de la sécurité d’Etat. La station de métro qui se trouve tout près a été fermée. Le quartier était encerclé par la police antiémeute; des chauffeurs de taxi et de bus ont été arrêtés ; et les activistes eux-mêmes ont été battus et poursuivis. Ils se sont regroupés à un autre endroit et ont décidé de former de plus petits groupes pour voyager avec les transports publics. Mais tous ont été interceptés aux différents check-points sur la route pour Rafah et reconduits au Caire avec des minibus et sous escorte policière. C’est la cinquième tentative de ce comité pour atteindre Gaza. Ils essaieront de nouveau début avril.

Si le rôle de l’Égypte dans le maintien du siège de Gaza a toujours été clair pour les militants égyptiens, GFM a permis à ses participants de mieux le cerner.


L’article complet (en anglais) se trouve sur :
http://www.merip.org/mero/mero020110.html

MDL

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