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Qui de l’AP ou du Hamas est le mieux à même de guider les Palestiniens vers l’indépendance ?

Dans Haaretz, Menachem Klein, professeur de sciences politiques à l’Université Bar-Ilan, pose une question toute simple, ou plutôt deux :

  1. quel est le gouvernement qui fonctionne le mieux : celui de Salam Fayyad en Cisjordanie, ou celui du Hamas dans la Bande de Gaza ?
    Réponse : celui du Hamas.
  2. lequel des deux gouvernements cesserait immédiatement de fonctionner sans l’aide internationale ?
    Réponse : celui de la Cisjordanie.

Le gouvernement de Ismail Haniyeh, à Gaza, fonctionne bien, dit-il, en dépit du blocus par Israël, en dépit du boycott diplomatique imposé par les pays occidentaux, en dépit de l’absence d’aide de la part des grandes organisations internationales (à l’exception de l’UNRWA, qui toutefois manque de plus en plus de moyens, les donateurs ne se bousculant pas).

Les grandes compétences de Salam Fayyad et les succès économiques enregistrés par le gouvernement techno­cratique conduit par l’homme du FMI que les occidentaux ont imposé à la tête d’un gouvernement désespérément dépourvu de légitimité démocratique, l’excellence des relations diplomatiques entretenues par Mahmoud Abbas et l’aide internationale massive n’ont pas permis au gouvernement de l’Autorité Palestinienne d’atteindre une meilleure efficacité que le Hamas.

C’est, écrit Menachem Klein, ce que révèle une étude réalisée par le Dr. Yezid Sayigh, du King’s College de Londres.

Qui plus est, la croyance populaire – soigneusement entretenue par les médias occidentaux – selon laquelle le régime du Hamas serait brutal tandis que celui de l’Autorité Palestinienne serait démocratique est fausse. Le Hamas est parvenu au pouvoir à la suite d’élections authentiquement libres, sous contrôle international, ce qui représentait un processus démocratique assez inédit dans tout le monde arabe.

En revanche, le mandat de Mahmoud Abbas a expiré depuis longtemps, et il se maintient au pouvoir alors qu’il ne dispose plus d’aucun mandat populaire. Le régime de Mahmoud Abbas gouverne à coups de décrets, sans aucune légitimité parlementaire. En effet, la vie parlementaire et démocratique en Cisjordanie est paralysée, tandis que les services de sécurité ont de plus en plus de poids et interviennent directement dans le fonctionnement des institutions civiles.

Il y a donc peu de différences, du point de vue du fonctionnement démocratique des institutions, entre la Bande de Gaza et la Cisjordanie, à ceci près que le gouvernement de la Cisjordanie est peut-être plus habile en ce qui concerne les relations publiques, et qu’il ne souffre pas autant des préjugés occidentaux.

Mais il y a une différence considérable sur un autre point : les services de sécurité du Hamas exercent leur autorité sur la totalité du territoire de la Bande de Gaza sans ingérence d’une quelconque puissance extérieure.

Au contraire, les services de sécurité du gouvernement Fayyad sont dans une situation de totale dépendance par rapport à l’occupant israélien. L’Autorité Palestinienne n’exerce son pouvoir que sur moins de la moitié de son territoire, et même dans ces zones il ne peut agir que dans d’étroites limites fixées par Israël.

Autrement dit, les sempiternels “impératifs de sécurité” évoqués par Israël à son seul bénéfice et endossés par la “communauté internationale” (les Palestiniens, eux, n’ont pas droit à la sécurité, d’aucune sorte), et l’extension permanente des colonies juives non seulement en dépit des négociations du soi-disant “processus de paix”, mais même dans une large mesure à cause d’elles, ont conduit à un enracinement de la présence israélienne.

Ce qui a été le facteur déterminant pour le retrait unilatéral des Israéliens de la Bande de Gaza fut au contraire la stratégie du conflit du Hamas, qui a conduit Ariel Sharon à conclure que l’occupation de ce territoire n’était ni militairement tenable, à long terme, ni économiquement rentable, et à décider de s’en retirer unilatéralement pour mieux concentrer ses efforts sur la Cisjordanie, tout en maintenant une forme d’occupation “périphérique”.

De l’Autorité Palestinienne ou du gouvernement du Hamas, lequel est le plus prêt à assumer l’indépendance ?

Aucun des deux sans doute, aussi longtemps qu’Israël pourra maintenir son contrôle absolu sur les frontières terrestres, maritimes et aériennes, sur les ressources naturelles et particulièrement l’eau, sur la production d’électricité, sur le spectre radio-électrique, etc… et ce pour les deux territoires.

Néanmoins, conclut Menachem Klein, c’est en Cisjordanie que les changements les plus significatifs sont nécessaires pour aller vers une indépendance palestinienne réelle. Or, plus les changements indispensables sont grands moins il y a de chances qu’ils se produisent, et que les pourparlers actuels – s’ils reprenaient – puissent y conduire, puisqu’il est clair qu’ils ne font que renforcer l’emprise du mouvement des colons israéliens sur la Cisjordanie au lieu de l’éliminer.

Une évacuation complète des colonies n’est pas seulement une conditions nécessaire à une réelle indépendance d’un futur État palestinien, donc à la concrétisation de la “solution à deux États”, mais c’en est aussi une condition préalable, écrit Menachem Klein.

Chacun appréciera donc si cette “solution à deux États”, qui s’éloigne à mesure que l’on feint de s’en approcher, reste crédible.

L.D.

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