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Quand le contrevenant est Palestinien, les flics israéliens tirent d’abord et posent les question après…

Ziad Jilani

Ziad Jilani

Si un policier avait été témoin de l’accident avec délit de fuite qui, vendredi, a coûté la vie d’un cycliste, Shneor Cheshin , aurait-il tué le conducteur après l’avoir rattrapé ? Bien sûr que non. Mais pourtant, le même vendredi, en plein jour et au milieu d’un quartier rési­dentiel, un policier a tué un conducteur qui avait heurté – mais pas tué – des piétons : des policiers à pied.

Et ce meurtre a été immédiatement enterré part les média israéliens (et par conséquent internationaux) : «aucun intérêt pour le public ». Pourquoi ?

Parce que tout cela est arrivé dans un quartier palestinien de Jérusalem-Est (Wadi Joz), et parce que le nom du conducteur abattu par la police était Ziad Jilani (voir photo). L’affaire est rapportée par Amira Hass, dans Haaretz.

Jusqu’à ce qu’il ait été jugé par un tribunal, Tal Mor est légitimement considéré comme «le suspect dans le meurtre de Cheshin». Mais Ziad Jilani, lui, a eu droit à un procès éclair : il a été condamné sur le champ, déclaré “terroriste” et exécuté sur place parce que les personnes blessées par sa voiture étaient des policiers israéliens.

Ils l’ont chassé comme on chasse quelqu’un qui a été défini comme un terroriste, et ont ouvert le feu (le premier coup en l’air, mais ensuite sans craindre de mettre les passants en danger : en effet, une fillette de 5 ans, assise dans une voiture en stationnement a été blessée).

Ensuite, alors qu’il était couché au sol après avoir été atteint par des coups de feu, il a – selon des témoins – été achevé de deux balles dans la tête.

Entre la seconde où Ziad Jilani a été accusé d’avoir eu l’intention de commettre une “attaque terroriste” et celle où une arme à feu a été pressé contre son crâne et où la détente a été actionnée, la “Police des frontières” israélienne a été tout à la fois victime, témoin, accusateur, juge et bourreau… C’est ce qu’en Israël on appelle une Justice qui présente toutes les garanties d’impartialité et d’indépendance.

Pour le porte-parole de la police des frontières, tout s’est bien passé : “c’est par miracle que l’auteur a été neutralisé alors qu’il tentait de prendre la fuite” et que l’affaire se solde par l’absence de toute victime parmi les “combattants”, c’est-à-dire la police des frontières. Vous noterez que dans le langage orwellien des flics israéliens un Arabe n’est jamais “tué” ou “abattu”, mais “neutralisé”. C’est plus propre.

« Ils appellent les agents de la police des frontières “combattants”, eux qui déambulent dans les rues de Jérusalem-Est avec leurs longs fusils et leurs casques. Contre qui et pourquoi vont-ils combattre là-bas, entre une boucherie, deux magasins de légumes, une laverie, une boutique de réparation automobile et un trottoir qui sert de terrain de jeu ? », demande Amira Hass.

Lorsque Ziad Jilani a fui son véhicule dans une ruelle en impasse, a-t-il pu mettre en danger la vie de civils ? La police des frontières a-t-elle eu peur qu’il s’en prenne à des palestiniens (après tout, ils étaient certains qu’il n’était pas juif) au cœur de ce quartier palestinien, de sorte qu’ils avaient impérativement à le « neutraliser » ? Peut-être que c’était la raison pour laquelle ils ont tiré sur lui quand il est sorti de sa voiture et ils l’ont pris en chasse, de peur qu’il sorte un pistolet ou un fusil d’assaut de son pantalon et attaque des passants innocents, Palestiniens comme lui… ?, se demande encore ironiquement Amira Hass.

« Dans la ruelle, près de la maison de son oncle, il n’y avait pas à ce moment de policiers qui auraient pu être menacés par une arme éventuelle ou une ceinture d’explosifs. Quand il était déjà allongé sur le sol, apparemment blessé à la jambe, le dos et le bras, les policiers qui s’appro­chaient avaient-t-ils encore peur qu’il sorte un fusil d’on ne sait où et les tue ? Est-ce pour cela ils n’ont pas pris la peine lui passer les menottes ?

La police israélienne, quelle que soit la manière dont on l’appelle, est envoyée dans les rues de Jérusalem-Est pour assurer l’application des politiques gouvernementales et municipales. C’est cette politique de discrimination délibérée qui a amené 65% des 303.429 Palestiniens (et 74% des enfants palestiniens) qui vivent à Jérusalem-Est en-dessous du seuil de pauvreté (le double du nombre de Juifs pauvres de la ville) .

La police est au service du gouvernement qui, depuis 1967 a confisqué 24.000 dunums (2.400 hectares) de terres aux Palestiniens et au fil des ans a construit plus de 50.000 unités de logement – pour les Juifs seulement !. C’est cette police qui accompagne les bulldozers qui démolissent les maisons construites, faute d’avoir le choix, sans permis.

Il ne faut donc pas s’étonner que la police de choc sente de l’hostilité à son égard dans la ville occupée. Peut-être  est-ce pour cette raison qu’ils ne se sont pas posé de questions. Ils ne se sont pas demandé si l’incident avait été causé par un mauvais fonctionnement des freins du véhicule, si l’homme n’avait pas été victime d’un malaise au volant ou ne pas avoir eu connaissance des procédures de la police des frontières pour ouvrir le feu… Les raisons pour lesquelles Jilani a fui devant la police auraient pu être mises en lumière devant un tribunal… »

On ne prendra pas tant de peine. Ils ont choisi de renvoyer le corps à sa famille. Son visage a explosé après avoir été touché par deux balles, apparemment tirées dans la joue droite. Les balles ne sont même pas sorties parce qu’il avait la joue gauche sur l’asphalte de la rue où il gisait, totalement impuissant.

« Neutraliser« , cela veut dire assassiner, et s’il avait été un automobiliste juif, jamais cela ne se serait produit. Mais il était palestinien, donc pas de problème… Tout va pour le mieux dans « la seule démocratie du Moyen-Orient« .

L.D.

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