Dans l'actu

Puisque le monde ignore ses propres décisions, pourquoi Israël ne ferait-il pas autant ?

Le calcul est simple : un de moins, plus que 199.

Vendredi dernier, le 24 mars [2017], le Secrétaire général des Nations Unies a soumis au Conseil de sécurité le premier de ses rapport trimestriels sur la mise en œuvre de la résolution 2334. Adoptée en décembre, la résolution « réaffirme que la création par Israël de colonies de peuplement dans le Territoire palestinien occupé depuis 1967, y compris Jérusalem-Est, n’a aucun fondement en droit et constitue une violation flagrante du droit international » et elle « prie le Secrétaire général de lui faire rapport tous les trois mois sur la mise en œuvre des dispositions de la présente résolution ».

A Hébron, un colon juif fixe un drapeau israélien sur le toit d’une maison palestinienne dont une douzaine de colons viennent de s’emparer par la force, sous la protection de l’armée d’occupation. (janvier 2016 – AFP / HAZEM BADER)

Quatre rapports par an, pendant un autre demi-siècle d’occupation, cela représenterait 200 documents (moins le rapport de vendredi dernier, cela en laisse 199 à venir). Quelle serait la hauteur de la pile de papier de ces 200 documents ? Probablement moins que celle des ruines d’une seule maison palestinienne démolie [par l’armée d’occupation].

Pourtant la résolution 2334 du Conseil de sécurité des Nations Unies n’a pas pour but de générer des tas de papier pendant des décennies de plus. En effet, cette résolution très soigneusement articulée est une expression de la réelle nouveauté suivante : ce n’est pas uniquement l’État d’Israël – en tant que puissance occupante – qui doit trouver dans la résolution 2334 des dispositions qu’il s’agit de mettre en application, et que donc jusqu’ici il est en défaut de mettre en application, mais c’est aussi l’ensemble de la communauté internationale.

Le non-respect absolu par Israël de cette résolution est aussi flagrant qu’il était prévisible : plus de démolitions, plus d’expansion des colonies, plus d’impunité. Cette fragmentation progressive de la Palestine n’est pas seulement un moyen efficace pour contrôler les Palestiniens, mais aussi le résultat de l’exploitation et du contrôle de 60% de la Cisjordanie connue comme la “zone C”, qu’Israël traite comme sa propriété tout en s’abstenant de l’annexer formellement.

Toutes ces manifestations d’exploitation et de contrôle se sont poursuivies pendant plusieurs décennies. Pour autant, la résolution 2334 n’a pas fait que répéter que le Conseil de sécurité “exige de nouveau d’Israël qu’il arrête immédiatement et complètement toutes ses activités de peuplement dans le Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, et respecte pleinement toutes les obligations juridiques qui lui incombent à cet égard”. Il est allé plus loin.

La résolution appelle la communauté internationale dans son ensemble et ses gouvernements à ne pas rester spectateurs passifs, mais à rencontrer les conditions morales et juridiques minimales pour ne pas être complices, soit directement soit indirectement, de la violation des droits humains d’un peuple entier. Ainsi qu’il est mentionné dans la section 5, elle « demande à tous les États, compte tenu du paragraphe 1 de la présente résolution, de faire une distinction, dans leurs échanges en la matière, entre le territoire de l’État d’Israël et les territoires occupés depuis 1967 ».

A propos de cette invitation précise à agir, le rapport du Secrétaire général au Conseil est très clair : “Durant la période sur laquelle porte ce rapport, nous n’avons eu connaissance d’aucun développement concernant la distinction opérée par les États membres, en ce qui concerne leurs échanges, entre le territoire de l’État d’Israël et les territoires occupés depuis 1967”. 

Si le monde ignore ses propres décisions, pourquoi Israël n’en ferait-il pas autant ?

Chantiers de construction de la colonie de Modiin Illit, en Cisjordanie occupée (03-2011. Oded Balilty/AP)

Le rapport fait par ailleurs état de différentes initiatives à propos de négociations. Bien entendu, les engagements pris par les parties, avec l’aide de la communauté internationale, doivent être soutenus. Mais aussi longtemps que les termes des engagements ne changent pas, les résultats de ces efforts ont toutes les chances de répéter les échecs du passé. Pire encore, ils fourniront des prétextes pour ne pas agir et détourneront l’attention du seul processus qui progresse sans cesse, créant toujours plus de faits accomplis sur le terrain, dans les territoires occupés.

Le monde peut continuer à bavarder à propos de l’occupation pencant les 199 trimestres qui viennent. Ou il peut choisir d’agir. Le choix est entre la mise en œuvre de la résolution 2334 et permettre que davantage de ruines remplacent ce qui fut un foyer, et que plus de sang coule au lieu de la vie.

Un de fait, plus que 199, cela signifie qu’il est temps de prendre la résolution 2334 du Conseil de sécurité au sérieux. Il est encore possible pour le monde de démontrer sa sincérité lorsqu’il s’agit de travailler contre une occupation qui dure déjà depuis un demi-siècle. La décision d’agir a été prise en décembre, et jusqu’ici le monde échoue à la traduire en actes.

Trois mois plus tard, la résolution 2334 est toujours une promesse pleine d’optimisme. L’action donnera consistance à l’espoir, et avec du temps et de l’engagement changera le cours des choses. Le reste c’est du commentaire.

Hagai El-Ad            


Hagai El-Ad est le directeur exécutif de l’organisation de défense des droits humains B’Tselem.

 

 

 

Print Friendly, PDF & Email