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«Processus de paix» : une expression vidée de tout sens

Rana Nashashibi

Pour quelles raisons le monde n’œuvre-t-il pas à définir la notion de paix loin de la dualité guerre-paix ?

Le concept de paix demeure bel et bien enfermé dans la définition suivante : accord pour mettre fin à des hostilités. Et pourtant, en dépit de la déclaration universelle des droits de l’homme, des instruments mis en place afin de prévenir les guerres et surtout de la création de l’Organisation des Nations unies et de ses agences spécialisées, le monde demeure déchiré par la guerre. Pourquoi ne cherche-t-on pas d’abord à poser des bases concrètes afin que la paix devienne une réalité susceptible de rayonner sur la vie de l’homme et non une expression vidée de tout contenu réel ?h_11_ill_3460779_plantu13082013b

C’est bien le sort de ce que l’on appelle «le processus de paix au Moyen-Orient», un processus qui a perdu à ce point tout contenu et tout sens que moi, Palestinienne, j’en suis venue à détester cette expression.

D’abord, parce qu’elle est bâtie sur le concept de concurrence déloyale, créant l’illusion de deux parties, sur un pied d’égalité, en situation de guerre. La paix consisterait donc à mettre fin aux hostilités entre ces parties. La réalité est très différente.

Israël n’est pas en état de guerre avec les Palestiniens, c’est la puissance occupante. Israël gère les relations avec les territoires palestiniens, sa terre et son peuple, en tant qu’État colonial. En tant que puissance coloniale, Israël cherche à usurper les ressources du pays et ne veut aucune relation avec le peuple palestinien.

Comment les règles du jeu actuelles peuvent-elles fonctionner et aboutir à un résultat ? La droite israélienne désire la paix pour la paix, comme Shimon Pérès, le président de l’État hébreu, souhaite un processus de paix pour l’expérience de ce processus, et non pour la solution qu’il peut apporter.

Nous, les Palestiniens, nous voulons une paix qui nous rende justice et liberté. La communauté internationale veut que les Palestiniens et les Israéliens arrivent a une entente sans qu’elle n’interfère et sans mettre de pression sur Israël.

Cette situation peut être comparée à celle de l’officier de police qui vole à la rescousse d’une femme violée, pour ensuite demander au couple de se mettre d’accord, l’informer de la solution afin qu’il la bénisse.

Les gens qui lisent cette phrase, en particulier les militants luttant contre la violence et le viol, savent à quel point cette demande et cette situation sont absurdes !

Comment peut-on imposer un accord à la Palestinienne usurpée sans arrêter d’abord les violations et le viol ?

Nous, Palestiniens, nous parlons d’une paix juste et globale et nous espérons l’atteindre. Que voulons-nous dire par une paix juste et globale ? Ce n’est pas l’absence de guerre (même si Israël continue de déclencher un conflit après l’autre contre les pays voisins), mais la reconnaissance qu’Israël a violé et continue de violer les droits des Palestiniens. C’est la reconnaissance par Israël d’avoir violé les droits d’un peuple entier. Cela signifie que la paix sera bâtie sur la justice et non sur l’équilibre des pouvoirs.


Rana Nashashibi est Palestinienne de Jérusalem, enseignante et militante associative

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