Dans l'actu

Hillary Clinton avoue : c’est un “processus de paix Potemkine”, juste pour le show

Luc Delval

L’affaire a été largement commentée durant la campagne électorale qui s’achève outre-Atlantique : pendant les quatre années qu’elle a passées au Département d’État, durant le premier mandat de Barack Obama, Hillary Clinton – aujourd’hui candidate à la présidence des États-Unis sous pavillon “Démocrate” – n’a jamais disposé d’une adresse électronique officielle du gouvernement fédéral. Elle a donc utilisé – violant ainsi la réglementation en vigueur dans l’administration étatsunienne – une messagerie électronique personnelle [1], qui a été piratée et dont le contenu a été largement divulgué par Wikileaks.

Une part importante des courriels d’Hillary Clinton qui ont été divulgués concerne le conflit israélo-palestinien, et ilsdémontrent que les États-Unis ne peuvent en aucun cas (on s’en doutait un peu) être considérés comme les arbitres impartiaux dont ils adoptent parfois la posture, et ont au contraire un parti pris pro-israélien très marqué. Faut-il rappeler d’ailleurs que l’Oncle Sam dispense généreusement à Israël son aide militaire à grands coups de milliards de dollars, et bloque systématiquement au Conseil de sécurité de l’ONU tout ce qui risquerait de donner une quelconque efficacité aux innombrables résolutions condamnant les violations israéliennes du droit international ?

Wikileaks a publié récemment un échange de messages, datant du 23 mars 2015, entre Hillary Clinton et Jake Sullivan, un de ses principaux conseillers.

Fac simile du courrier électronique qui contient l’aveu de H. Clinton sur la nature du “processus de paix”…

Quelques jours après les élections législatives israéliennes, Hillary Clinton et Jack Sullivan échangent à propos d’une déclaration de Netanyahou. Juste avant les élections, celui-ci était apparu à la télévision israélienne pour lancer un message mélodramatique destiné à faire peur aux électeurs juifs. Il avait en effet prétendu que “les Arabes allaient se ruer en masse” vers les bureaux de vote.

L’objectif était de pousser les électeurs de son propre parti à se mobiliser pour faire barrage à cette prétendue “ruée arabe” purement imaginaire. Les Palestiniens d’Israël représentent 20% de la population.

Cette manœuvre déloyale de Netanyahou n’était rien de plus qu’un un coup tordu, parfaitement représentatif de sa personnalit, qui comme toujours s’en était tiré ensuite en présentant de vagues excuses.

Benjamin Netanyahu and Mahmoud Abbas shake hands as Hillary Clinton looks on, Sept. 2, 2010.AP read

Benjamin Netanyahu et Mahmoud Abbas entourent Hillary Clinton (2 septembre 2010). “That’s only for show” – Ph. : AP

Cette déclaration de Netanyahou à connotation clairement raciste, avait suscité – en apparence au moins – la fureur de la Maison Blanche, car elle avait été interprétée comme un signe de plus de la volonté israélienne de fermer la porte à toute négociation dans le cadre du soi-disant “processus de paix”.

Le 23 mars 2015, Jack Sullivan (qui est donné favori pour devenir à son tour Secrétaire d’État si H. Clinton bat Donald Trump) adressait donc (à partir d’une adresse Gmail) un message à la Secrétaire d’État Clinton pour attirer son attention sur un article du New York Times, quotidien aussi influent que férocement pro-israélien, à propos des suites de la déclaration de Netanyahou et de ses pseudo-excuses.

Sept minutes plus tard, Hillary Clinton répondait qu’il fallait accueillir favorablement les excuses de Netanyahou, “une ouverture qu’il s’agit d’exploiter”. Et elle précise sa pensée : “Un processus Potemkine est mieux que rien”.

Que veut-elle dire ? L’expression “processus Potemkine” est une analogie avec ce qu’il est convenu d’appeler “les villages Potemkine”, à savoir un trompe-l’œil fabriqué à des fins de propagande. Selon un récit sujet à controverse, en 1787 de luxueuses façades avaient été érigées à base de carton-pâte, sur ordre du ministre russe Grigori Potemkine, afin de masquer la pauvreté des villages que devait traverser l’impératrice Catherine II lors de sa visite en Crimée.

Un “village Potemkine” est donc un décor trompeur destiné à faire croire au bien-être et à la prospérité des habitants. Un “processus Potemkine”, est ce à quoi nous avons assisté depuis la conclusion des “accords d’Oslo” : les négociations, quand elles ont lieu, ne visent aucunement à dégager les paramètres d’une paix juste et donc durable, mais à permettre à Israël de poursuivre la colonisation du territoire palestinien, tout en entretenant dans l’opinion publique mondiale l’illusion d’intentions pacifiques et morales dans le chef d’Israël.

Il n’y a pas au monde un gouvernement qui puisse sérieusement y croire, mais ils se contentent presque tous très facilement de ce qui leur permet de faire semblant d’y croire, dussent-ils ce faisant passer pour idiots.

Le courrier électronique de Hillary Clinton du 23 mars 2015 à 23h34 en apporte la preuve : les plus hauts dirigeants des États-Unis savent parfaitement que le “processus de paix” n’est qu’une escroquerie intellectuelle et morale, mais cela leur convient parfaitement et tout ce qui compte c’est que l’illusion puisse perdurer le plus longtemps possible. Jusqu’à qu’il n’y ait plus rien à négocier, et que le territoire palestinien ait été complètement absorbé, ou peu s’en faudrait, par la colonisation juive.

Il y a quelques jours à peine, le Ministre israélien de l’Éducation, n’a-t-il pas d’ailleurs appelé les Israéliens à “donner leur vie” pour la défense et l’extension des colonies illégales en Cisjordanie, afin que “la Judée et la Samarie” soient enfin partie intégrante du territoire de l’État souverain d’Israël, qui bien entendu ne peut qu’être un “État juif” ?

La paix, le droit international, les résolutions des Nations-Unies, les droits des peuples n’ont strictement rien à voir avec le “Processus Potemkine” que Clinton veut à tout prix maintenir en vie végétative : “that’s only for show”, comme l’écrit le quotidien israélien Haaretz.

L.D.           


[1] Deux explications (au moins) peuvent être avancées à cela.
D’une part, H. Clinton et son entourage ont probablement imaginé que les e-mails “classiques” sont un moyen de communication sûr et confidentiel. Rien n’est plus faux : quiconque émet un e-mail n’a aucune garantie que le message arrivera à destination, qu’il ne sera pas altéré par des tiers avant d’arriver à destination, et que seul le destinataire légitime pourra en prendre connaissance. Et quiconque reçoit un e-mail n’a aucune garantie que l’émetteur mentionné dans le message en est réellement à l’origine, que le message est bien identique à celui qui a été émis par l’auteur et qu’il n’a pas été lu par des yeux indiscrets. En fait, c’est à tort qu’on utilise l’expression de “courrier électronique”, ce qui suggère que c’est assimilable à une lettre expédiée sous enveloppe. L’analogie avec une carte postale expédiée à découvert est plus réaliste (sauf évidemment en ce qui concerne la rapidité de transmission). Seule l’utilisation d’une messagerie chiffrée, comme ProtonMail par exemple, peut remédier à ces inconvénients.
D’autre part, l’utilisation d’une messagerie indépendante de l’administration gouvernementale pouvait leur faire croire que le contenu des e-mails en question allait échapper aux contraintes de la réglementation étatsunienne sur la “transparence”. Selon celle-ci, en principe, tous les documents officiels peuvent être, dans des conditions fixées par la loi, consultés par les citoyens des États-Unis (les documents étant plus ou moins expurgés pour des raisons de “sécurité nationale”). Cette législation aboutit donc paradoxalement à ce que des officiels de l’importance du Secrétaire d’État utilisent un moyen de communication très peu, voire pas du tout, sécurisé pour faire transiter des messages non chiffrés où ils s’expriment d’autant plus librement qu’ils imaginent à tort se soustraire ainsi aux règles de “transparence”. – L.D.

Print Friendly, PDF & Email

1 Trackbacks & Pingbacks

  1. Jérusalem : fin imminente de la comédie du “processus de paix”, impasse totale – Pour la Palestine

Les commentaires sont fermés.