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Pourquoi l’UE offre-t-elle des croissants au criminel de guerre Netanyahou ?

David Cronin

Il y a au moins trois mille raisons pour lesquelles Benjamin Netanyahou ne devrait pas être bien accueilli à Bruxelles la semaine prochaine.

Trois mille est le nombre approximatif de Palestiniens tués par les forces israéliennes depuis l’accession de Netanyahou au poste de Premier ministre, en mars 2009.

Netanyahou a commandé deux offensives majeures contre Gaza. Des crimes de guerre ont été perpétrés au cours des deux opérations.

Lui et ses collègues du gouvernement ont approuvé l’expansion des activités d’implantation en Cisjordanie occupée, y compris Jérusalem-Est. Ils ont introduit une série de lois destinées à accroître la discrimination et la répression endurées par les Palestiniens.

Netanyahou a imposé des coupures de courant à la population de Gaza. Il est responsable de la mort de nombre de patients qui se sont vu refuser des soins médicaux adéquats et de la torture d’enfants emprisonnés par Israël.

Netanyahou est un raciste déclaré. Il a décrit les réfugiés africains comme des « infiltrants » et les Arabes comme des « bêtes sauvages ».

Une UE très accommodante

Federica Mogherini, la responsable de la politique étrangère de l’UE, accueillera Benjamin Netanyahou lundi 11 décembre. (Photo : European External Action Service/Flickr)

Pourquoi Netanyahou a-t-il été invité à un « petit déjeuner informel » en tant qu’invité de Federica Mogherini, responsable de la politique étrangère de l’Union européenne ?

Message sur le compte Twitter de EU in Israël  le 5 décembre :

« Nous envisageons d’accueillir ce lundi le Premier ministre Netanyahou à un petit déjeuner informel présidé par Federica Mogherini et auquel participeront les ministres des Affaires étrangères de l’UE. Il s’agit d’une rencontre importante dotée d’un large agenda : processus de paix au Moyen-Orient, relations bilatérales et affaires régionales. »

Pourquoi l’UE offre-t-elle des croissants à un criminel de guerre ?

Que personne ne se méprise sur la manière dont on utilise des termes comme « informel » pour tenter de minimiser l’importance de l’accueil empressé de Netanyahou par l’Union.

L‘UE a renforcé ses relations commerciales avec Israël, depuis que Netanyahou est devenu Premier ministre.

Deux accords importants censés faciliter l’accès des exportateurs israéliens aux marchés de l’Union européenne sont entrés en vigueur, pendant ce temps.

L’UE s’est révélée on ne peut plus accommodante, à l’égard de Netanyahou.

Il y a quelques années, ce dernier se plaignait des efforts en vue d’exclure certaines firmes et institutions opérant en Cisjordanie occupée du programme de recherche scientifique de l’UE.

Si les représentants de l’UE prenaient au sérieux leur engagement déclaré envers les droits de l’homme et les lois internationales, ils auraient résisté aux pressions du gouvernement de Netanyahou. Ils auraient refusé d’accroître leur coopération avec un État qui engloutit littéralement la terre palestinienne.

En lieu et place, l’UE a cédé au harcèlement de Netanyahou. Un accord a été conclu qui habilitait Israël à participer pleinement à Horizon 2020, le dernier en date des programmes scientifiques de l’UE.

L’accord s’est révélé profondément problématique. Le ministère israélien des Sciences est l’un des principaux corps qui coordonnent l’implication de l’État d’Israël dans Horizon 2020.

Le ministère des Sciences n’est pas installé dans l’Israël d’aujourd’hui. Au contraire, ses bureaux principaux se trouvent à Jérusalem-Est occupée.

Des inquiétudes très superficielles

L’accord autour d’Horizon 2020 montre à quel point les inquiétudes exprimées par Federica Mogherini cette semaine à propos de la reconnaissance par Donald Trump de Jérusalem comme capitale d’Israël, étaient absolument superficielles.

Prenant la parole sur CNN, Mogherini a déclaré que la démarche de Trump avait « quelque peu discrédité les États-Unis en tant que négociateur honnête ».

Un bouffon belliciste comme Trump ne bénéficierait jamais de la moindre crédibilité en tant que négociateur honnête.

À certains égards, Trump a en fait été bien plus honnête que Mogherini.

Trump donne à Israël une carte blanche pour poursuivre son épuration ethnique à Jérusalem.

En coopérant avec les ministères d’Israël installés à Jérusalem-Est, les représentants de l’UE ont fait la même chose – quoique de façon moins effrontée.

Pour célébrer la Journée des droits de l’homme en début de semaine, l’envoyé de l’Union à Tel-Aviv, Emanuele Giaufret, a rendu visite à l’Université hébraïque de Jérusalem.

Cette université a un campus à Jérusalem-Est occupée. Certains de ces bâtiments sont situés sur des terres confisquées à la ville palestinienne voisine, Issawiyeh.

L’Université hébraïque est une importante bénéficiaire des subsides scientifiques de l’UE. Il en résulte que l’Union accorde un soutien direct à une institution complice de la colonisation de Jérusalem.

Ce fait souligne précisément à quel point Mogherini à fait preuve d’inconsistance cette semaine, lorsqu’elle a tenté d’avoir l’air préoccupé par la déclaration de Trump au sujet de Jérusalem.

Une mantra

Mogherini s’est abstenue de soulever la question de la responsabilité d’Israël dans les destructions que ce dernier a infligées à des projets financés par l’UE.

L’an dernier, elle a déclaré que les gouvernements de l’UE discutaient d’une « possible restitution ou compensation » de la part d’Israël pour avoir détruit des projets d’aide financés par l’UE.

Huit des 28 pays de l’Union ont par la suite protesté contre la confiscation par Israël de panneaux solaires au paiement desquels ils avaient participé.

En n’emboîtant pas le pas à cette action, les 20 autres pays de l’UE et Mogherini en sa qualité de responsable de la politique étrangère délivrent carrément Israël de l’hameçon.

Mogherini répète comme une mantra que l’UE aspire à une solution à deux États et qu’elle souhaite relancer le processus de paix.

Pour nous montrer charitable, disons qu’elle croit peut-être qu’une solution à deux États est possible ou désirable. Néanmoins, à toutes fins utiles, Netanyahou a exclu une telle solution en insistant sur le fait qu’Israël n’abandonnera jamais la moindre de ses colonies en Cisjordanie.

Prendre le petit déjeuner avec Netanyahou ne modifiera pas la comportement de son gouvernement. Au contraire, Netanyahou sera en mesure de quitter Bruxelles en sachant qu’il peut continuer à violer les droits des Palestiniens en toute impunité.

En récompense de ses crimes, on lui a offert des croissants.


Publié le 8/12/2014 sur The Electronic Intifada
Traduction : Jean-Marie Flémal

David Cronin est l’auteur de Europe’s Alliance With Israel: Aiding the Occupation (Pluto Press, 2011 – L’Alliance de l’Europe avec Israël contribue à l’occupation). Il a participé à la rédaction du rapport “The israeli lobby and the European Union”.
Il a écrit des articles pour de nombreuses publications, dont The Guardian, The Wall Street Journal Europe, European Voice, the Inter Press Service, The Irish Times and The Sunday Tribune. En tant qu’activiste politique, il a tenté d’appliquer un état d’ »arrestation citoyenne » à Tony Blair et Avigdor Lieberman pour crimes contre l’humanité. 

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