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Pourquoi l’Egypte ne me laisse-t-elle pas rentrer chez moi à Gaza ?

Belal Dabour

« Revenez la semaine prochaine, » m’a dit l’homme assis derrière un bureau plein de dossiers empilés. C’était la cinquième fois que j’entendais ces mots d’un responsable de la salle numéro 9 à l’ambassade égyptienne à Amman.

Des millers de Palestiniens habitant à Gaza sont coincés suite aux restrictions imposées par les autorités égyptiennes. (Eyad Al Baba / APA photos)

Des millers de Palestiniens habitant à Gaza sont coincés suite aux restrictions imposées par les autorités égyptiennes. (Eyad Al Baba / APA photos)

Je lui ai demandé s’il y avait un espoir pour les centaines de Palestiniens de Gaza coincés en Jordanie de pouvoir rentrer bientôt, il m’a répondu qu’il ne pouvait rien promettre. Lors de ma visite précédente, un jour après que l’armée égyptienne ait évincé le Président Mohammend Morsi le 3 juillet, le même employé m’a dit que les retards à fournir les visas étaient dus à la « désobéissance civile » lors des manifestations de masse du 30 Juin en Egypte. Il a dit que le processus allait accélérer dans les prochains jours, mais il n’en fut rien.

Le passage de Rafah entre l’Egypte et la bande de Gaza est fermé jour et nuit, à l’exception de brèves périodes, depuis plus d’une semaine après le coup d’Etat militaire. Les Palestiniens ont été déportés de l’aéroport du Caire, même ceux munis d’un visa pour l’Egypte.

Les autorités égyptiennes ont donné l’ordre aux compagnies aériennes d’empêcher les Palestiniens d’embarquer pour le Caire. Les instructions m’ont été confirmées à deux reprises par les agences de voyage palestinienne et égyptienne.

On a informé l’un de mes proches en Turquie que les autorités égyptiennes feraient payer une amende de 5.00 euros aux compagnies aériennes turques pour chaque Palestinien qu’elles laisseraient embarquer pour Le Caire au mépris de l’interdiction imposée. Il m’a dit que l’un de ses amis, une fois arrivé au Caire, a été déporté à Chypre, mais qu’il avait été particulièrement chanceux de se faire accorder un billet de courtoisie.

Coincés

La conséquence de tout ce tumulte est que des milliers de Palestiniens se retrouvent coincés à l’étranger et ne peuvent pas retourner à Gaza, beaucoup d’entre eux vont bientôt être à court d’argent. La plupart des pèlerins de Gaza sont coincés à Jeddah en Arabie Saoudite.

Des dizaines de Palestiniens sont enfermés dans la salle de déportation de l’aéroport du Caire. Ils sont arrivés avant qu’on interdise aux passagers Palestiniens d’embarquer pour Le Caire, mais après que le passage de Rafah soit fermé, ils se sont donc retrouvés bloqués. D’autres Palestiniens ont tweeté leur supplice d’être retenu dans la salle de déportation à Kuala Lumpur en Malaisie.

Les médias égyptiens ont déclaré que ces mesures restrictives ont été prises pour des raisons de sécurité, version qui ne tient pas la route pour les Palestiniens retenus dans le monde entier.

Ces Palestiniens sont des étudiants, patients, intellectuels, travailleurs qui n’ont pas d’intérêt à rester en Egypte mais dont le seul souhait est de rentrer chez eux, ou de rendre visite à leurs proches à Gaza et de passer le Ramadan avec eux.

Ma propre histoire illustre certains des obstacles que les Palestiniens rencontrent alors qu’ils tentent de rentrer chez eux. Je suis étudiant en médecine et je suis allé à Amman pour un cours clinique d’un mois. J’ai raté mon vol de retour au Caire qui était prévu le 7 Juillet et j’ai également dépassé mon budget.

Mais le plus grand problème qui persiste est le fait de ne pas pouvoir espérer ou savoir ni quand ni comment rentrer à Gaza dans un futur proche.

Stagnation

Il n’est pas facile de trouver un moyen de rentrer chez soi car plusieurs facteurs entrent en jeu: le permis de séjour en Jordanie qui va bientôt expirer, le passage de Rafah géré quotidiennement sous une politique obscure, les Palestiniens retenus en salle de déportation à l’aéroport du Caire, et tous les retards qui empêchent les Palestiniens d’obtenir un visa aux ambassades égyptiennes.

Après plusieurs jours de fermeture totale, le passage de Rafah a ouvert pour une période limitée. Mais comme l’interdiction pour les Palestiniens d’atterrir au Caire tient toujours, seuls ceux coincés en Egypte en profitent, ainsi que quelques autres centaines de patients et d’étrangers.

Si on combine l’interdiction imposée à l’aéroport du Caire et les retards à fournir le visa, un nouveau problème survient: le visa expire au bout de deux semaines. Donc ceux avec un visa en cours de validité devront bientôt renouveler la demande. Et même si les ambassades égyptiennes recommencent à en fournir, le processus administratif prend en moyenne deux semaines ce qui peut amener les Palestiniens à une toute nouvelle phase d’attente.

Des milliers d’autres personnes font face au même genre de dilemmes. Les jours passent, l’argent se perd, et les responsables prennent tout leur temps pour essayer de résoudre le problème.

Ou peut-être qu’ils n’essayent même pas. Qui sait ? Après tout, les médias sont beaucoup trop occupés avec les évènements au Caire et dans d’autres capitales pour s’intéresser à ces souffrances inutiles.


Publié sur The Electronic Intifadah.
Traduction : Christelle Chidiac

Belal Dabour est un étudiant en médecine de Gaza, Palestine. Son blog: belalmd.wordpress.com


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