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Pourquoi il faut briser l’isolement des Palestiniens

Rami R.

Juillet 2011, pont d’Allenby entre la Jordanie et la Palestine occupée. Il est 23 h 20; je viens de passer 8 h et de dépenser 400 shekels pour faire 5 km entre la frontière jordanienne et celle de la Cisjordanie qu’Israël contrôle depuis 1967.

C’est le seul point d’entrée et de sortie pour tout Palestinien de Cisjordanie. C’est aussi la frontière la plus humiliante que j’ai connue et Dieu sait combien de frontières officielles et non officielles j’ai traversées depuis mon enfance au Liban.

Il faut trois types de documents : le laissez-passer ou document de voyage délivrés par les autorités jordaniennes, la carte d’identité verte délivrée par l’autorité palestinienne et enfin un permis de sortie et d’entrée délivrée par les autorités militaires israéliennes, sans bien évidemment parler de dizaines de coupons et tickets de voyageurs bagages pour pouvoir changer trois types de bus, jordanien, israélien et enfin palestinien.

Malheureusement dans cette région du monde, je fais partie de ce qu’on appelle les « jeunes« , ce qui vaut à dire pour les autorités militaires : terroristes, potentiellement terroristes, ou bien ceux qu’il faut humilier et « faire sentir la mitraillette derrière l’oreille » pour les garder sous contrôle.

Comme d’habitude sur le pont, j’ai droit au numéro 6, ce qui signifie une fouille totale, donnant lieu au niveau supérieur, le numéro 7, qui signifie : fouille corporelle très intime.

J’ai toujours pensé que ce point est le symptôme le plus visible de l’occupation israélienne. Non seulement parce que cette frontière est humiliante et illégale, mais aussi parce qu’elle bloque l’espoir des Palestiniens de disposer de leur État qui leur garantit la libre circulation et la liberté. En effet, je peux constater qu’aujourd’hui, plusieurs Allenby sont en train de se développer en Cisjordanie : Qalandia, Wadi el-Nar, Houwara, etc.

Je soutiens la mission Bienvenue en Palestine, car je crois à la liberté de mon peuple, la liberté de circuler à l’intérieur comme à l’extérieur, la liberté aussi de recevoir librement mes invités, mes partenaires économiques et mes amis solidaires de la Palestine. La mission Bienvenue en Palestine brise le blocus qui nous est imposé par l’occupation. La mission Bienvenue en Palestine va dans le sens de créer une Palestine libre qui s’insère dans un monde d’échanges humaines, économiques et culturels.

Je crois qu’aujourd’hui chaque citoyen libre, en Palestine, en Israël et partout dans le monde a l’opportunité de venir créer une brèche dans l’occupation en brisant les frontières humiliantes, les piratages successifs du réseau web palestinien, en libérant les détenus palestiniens des prisons israéliennes et enfin en dénonçant toutes les pratiques de l’occupation.

Bienvenue en Palestine : dénoncez l’occupation et testez la liberté.


Rami R., 34 ans, est revenu en Palestine en 1993 à l’âge de 16 ans. Il a laissé son parcours académique professionnel pour accomplir le rêve de liberté qu’avaient déjà ses parents  fédayins combattants au Liban contre l’armée de l’occupation israélienne. Il continue à prendre soin des terres de son grand-père comprenant des oliviers destinés à la production d’huile d’olive. En 2005, il a mis en place à Tulkarem (nord-est de la Cisjordanie) une ferme expérimentale destinée à la conservation de deux races ovines locales. Aujourd’hui la ferme compte 150 têtes de moutons (A’assaf et Awassi) et fait figure de pionnier au Moyen Orient.

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