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Pour Omar Barghouti, quelques étiquettes ne peuvent masquer «la rhétorique creuse» de l’U.E.

Luc Delval

Omar Barghouti, cofondateur de la campagne mondiale BDS (Boycott, Désinvestissement et Sanctions) souligne, en réaction à la décision de l’U.E., que «en dépit de l’évolution d’Israël vers un extrémisme de droite qui ne se dissimule plus, particulièrement avec sa brutale escalade dans l’occupation et la répression, l’Europe reste largement complice par son soutien à l’occupation israélienne et aux violations des droits des Palestiniens, en dépit de la rhétorique creuse de l’Union Européenne».

«Tout le bruit médiatique, à Tel Aviv et à Bruxelles, autour de la question de l’étiquetage des produits des colonies israéliennes dans les territoires occupés ne peut pas masquer que la relation de l’Europe à Israël est en contradiction avec ses valeurs proclamées et ses obligations légales», dit-il encore.

Palestinian researcher, commentator, and human rights activist Omar Barghouti speaks during a conferenceat the ULB university in Brussels, on April 30, 2013.

Omar Barghouti lors d’une conférence à l’ULB, en avril 2013.

Pour rappel, en vertu de l’article 21 du Traité de l’Union européenne (TEU) les actions extérieures de l’Union doivent être guidées par les principes qui ont inspiré ses propres création, développement et élargissement : la démocratie, la primauté du droit, l’universalité et l’indivisibilité des droits de l’homme et des libertés fondamentales, le respect de la dignité humaine, les principes d’égalité et de solidarité, et le respect des principes de la Charte des Nations-Unies et du droit international.

Ainsi, avant même que le Traité de Lisbonne ait introduit une obligation juridiquement contraignante, l’Union européenne incluait des clauses de conditionnalité relatives aux droits de l’homme et aux principes démocratiques dans ses accords d’association et de commerce internationaux. Voilà pour la théorie…

En conséquence, l’Union européenne a invariablement déclaré que toute construction de colonies, y compris à Jérusalem-Est, est illégale en vertu du droit international et constitue un obstacle à la paix, en particulier à une «solution acceptable à deux États», dont la perspective est d’ailleurs au fil du temps devenue de plus en plus chimérique.

Le cadre juridique des relations U.E.-Israël est l’Accord d’association UE-Israël, ou « Accord d’association euro-méditerranéen ». L’Accord, comme l’énonce explicitement son article 2, est en théorie basé sur le “respect mutuel des droits de l’homme et des principes démocratiques”. Or la colonisation et de nombreuses violations des droits de l’homme largement documentées depuis des années par les Nations-Unies et des organisations internationales des droits de l’homme, sont des violations flagrantes des engagements d’Israël vis-à-vis de l’U.E., sur lesquelles celle-ci a toujours choisi de fermer les yeux. Et il ne s’agit pas là que de droits de douane éludés.

Omar Barghouti souligne encore que dans son avis rendu en 2004 concernant principalement l’édification du mur de l’apartheid israélien en territoire palestinien occupé, la Cour internationale de Justice a explicitement énoncé que les États membres de la communauté internationale ont pour obligation de « ne pas reconnaître » la situation illicite découlant de la construction du mur et de « ne pas prêter aide et assistance » au maintien de cette situation.  Elle a aussi rappelé l’illégalité des colonies, auxquelles les mêmes principes s’appliquent.

Or, « ne pas reconnaître » l’illégalité des colonies implique de ne reconnaître aucun effet lié à leur existence. En étiquetant les produits des colonies, l’Europe admet la légitimité du commerce avec ces entités illégales et reconnaît dans sa réglementation l’activité économique qui y est conduite. Cela revient à accepter le point de vue du gouvernement israélien – et quels que soient les protestations théâtrales de celui-ci – selon lequel ces produits n’ont rien d’illégal, bien qu’ils ils soient fabriqués sur des terres confisquées aux Palestiniens et en utilisant les ressources naturelles issues de leur territoire.

«Ignorant ses obligations en droit international […], l’U.E. maintient un réseau de relations militaires, de recherche en matière d’armements, de transactions bancaires, et d’accords commerciaux avec des entreprises, banques et institutions israéliennes qui sont profondément impliquées dans la violation des droits humains», écrit-il.

«L’Union Européenne refuse aussi avec obstination de faire appliquer les clauses de l’accord d’association relative aux respect des droits humains, et ainsi participe au “blanchiment” des violations constantes du droit international par le régime de l’occupation, par le colonialisme et par l’apartheid. Plus de 300 organisations syndicales, ONGs et autres organisations de la société civile de l’Europe entière ont appelé l’U.E. à mettre fin à son soutien aux crimes d’Israël, y compris en suspendant l’accord d’association. Cet appel a été soutenu par plus de 60 membres du Parlement Européen».

La faillite morale de l’U.E.

Conclusion logique du “père” de BDS : «Etiqueter les produits des colonies israéliennes au lieu de les interdire est considéré par les Palestiniens comme un échec de plus de l’U.E. quant au respect du droit européen et du droit international. L’Union Européenne continue à fournir des financements à des producteurs d’armes israéliens, comme Elbit Systems et ISrael Aerospace Industries, qui sont accusés de complicité dans les crimes de guerre, voire dans les crimes contre l’humanité, d’Israël ».

«L’agression israélienne contre Gaza en 2014, que la Présidente du Brésil [Dilma Rousseff] a qualifiée de “massacre”, a exacerbé la colère internationale et a un peu plus érodé le soutien, déjà faiblissant, de l’opinion publique européenne à Israël. Un ancien vice-premier ministre britannique, et un ancien premier ministre français, ont ouvertement appelé à des sanctions contre Israël. Le vice-président du deuxième plus important parti politique allemand s’est prononcé en faveur d’un embargo sur les armes à destination d’Israël, au même titre que vers l’Arabie Saoudite et le Qatar.Et en dépit du fait que l’U.E. vote toujours en bloc à l’ONU pour le maintien des droits des Palestiniens reconnus par les Nations-Unies, y compris le droit au retour des réfugiés, en dépit du fait qu’elle condamne les colonies israéliennes et reconnaît qu’elles sont une violation de la 4ème Convention de Genève [1], ces positions ne se traduisent toujours pas dans des mesures effectives pour mettre Israël face à ses responsabilités».

Omar Barghouti ne manque pas également de souligner à quel point cette passivité des gouvernements européens face à Israël – 48 ans après l’occupation de Jérusalem-Est, de la Cisjordanie, de la Bande de Gaza et du plateau du Golan ! – contraste avec la rapidité avec laquelle ils ont décidé des sanctions visant la Russie, à la suite des violations du droit international qui lui sont reprochées à propos de l’Ukraine.

«On pourrait, conclut-il, tirer argument des “lignes directrices” 2013 de l’U.E. en ce qui concerne ses relations avec Israël et ses colonies pour dire qu’elles constituent une manifestation tangible du rejet par l’Europe de la souveraineté israélienne sur les territoire arabes occupés.  Pourtant, loin de refléter une approche fondée sur des principes qui visent de manière cohérente au respect des droits humains et du droit international, ces “lignes directrices” étaient le résultat direct d’une oppositions croissante de l’opinion publique en Europe vis-à-vis d’Israël. Un sondage d’opinion réalisé par la BBC en 2014, par exemple, avait montré qu’Israël était, pour deux tiers des Européens, aussi populaire que pouvait l’être… la Corée du Nord».

Ce ne sont pas les éructations et les mensonges grossiers de Netanyahou et de ses acolytes qui vont les faire remonter dans l’estime des citoyens européens, qui sont de plus en plus nombreux à adhérer à BDS et à boycotter Israël dans tous les actes de la vie quotidienne.

L.D.


[1] l’art. 49 de la quatrième Convention de Genève interdit à la puissance occupante de transférer une partie de sa propre population dans le territoire qu’elle occupe, et la Convention de La Haye sur le droit de la guerre lui interdit d’apporter au territoire en question des modifications permanentes, hormis pour répondre à une nécessité militaire. – NDLR

If Palestinian rights are seen today by much of the world as the “litmus test for human rights,” as described by John Dugard, the South African jurist and former U.N. rapporteur for human rights, the EU has failed that test.

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