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Pour Israël, sa volonté de punir la population de Gaza prime sur tout le reste. Y compris au détriment de sa propre population

Sur le site  web israélien Ynet-news.com, Amir Ben-David, Elior Levy s’inquiètent de constater que des eaux polluées provenant de la Bande de Gaza refluent vers le nord, de sorte que l’importante usine de désalinisation d’eau de mer de Ashkelon a été contrainte d’arrêter sa production.

Qu’est-ce qui explique cette situation ? Tout simplement la volonté d’Israël de soumettre la population de Gaza à des punitions collectives, même à son propre détriment.

Comme l’écrivent les journaliste de Ynet-news, “Israël a ignoré les demandes des Palestiniens de les aider à construire une nouvelle usine de traitement des eaux usées dans la Bande de Gaza” [1]. On se souvient que celle-ci est une des zones du monde les plus densément peuplées.

Après des années d’inaction et de négligence, une nouvelle installation de traitement des eaux a cependant été construite grâce à l’aide internationale, pour un montant de 100 millions de dollars. La construction de cette usine d’épuration d’eau a été achevée l’an dernier, mais la pénurie chronique d’électricité à Gaza ne permet pas de la faire fonctionner.

L’unique centrale électrique de Gaza – dont la production est réduite depuis qu’elle a été bombardée par l’aviation israélienne en juin 2006 – ne suffit pas à couvrir les besoins, loin s’en faut. Israël fournit de l’énergie électrique, contre paiement, tout en exerçant périodiquement un chantage en raison de retards de paiement… qui parfois résultent du fait que le gouvernement  israélien ne verse pas à l’Autorité Palestinienne les taxes théoriquement collectées en son nom. A cela s’ajoutent des querelles entre l’Autorité Palestinienne de Ramallah et le Hamas, à propos du paiement des taxes sur le carburant.

Ainsi, par exemple, en janvier 2015, la compagnie israélienne d’électricité avait-elle annoncé qu’elle ne fournirait plus d’électricité qu’une heure le matin et une heure le soir “jusqu’à ce que l’Autorité Palestinienne comment à payer ses dettes”. Par ailleurs, Israël limite les quantités de carburant qui peuvent être importées dans la Bande de Gaza. Or, il faut 400.000 litres de fuel par jour rien que pour faire tourner la centrale électrique, qui alimente péniblement la ville de Gaza et une partie du nord et du centre du territoire. Depuis un an au moins, la population est donc privée d’électricité 16 à 18 heures sur 24.

Dans une “fact sheet”, l’OCHA (Officie de Coordination de l’aide Humanitaire de l’ONU) signalait aussi que les services de santé sont gravement affectés par la pénurie d’énergie.

Dans ce contexte de pénurie électrique permanente, la nouvelle usine de traitement des eaux n’a jamais pu être mise en service : Israël refuse depuis 2013 de la raccorder à son réseau, et a aussi rejeté toutes les autres solutions.  Il y a donc clairement une volonté israélienne de maintenir une situation gravement dommageable à l’environnement et à la santé des populations concernées.

Ynet a interrogé à ce propos le “Coordinateur [israélien] des Activités dans les Territoires [occupés]” qui se contente de répondre qu’Israël fournit de l’énergie électrique aux Palestiniens, et que c’est à ceux-ci de décider à quelle utilisation ils la destinent. “Gaza dispose d’une capacité énergétique inutilisée, qui pourrait servir à alimenter cette usine”, affirme-t-il, pour ajouter aussitôt – sans craindre de se contredire – qu’il “examine les possibilité pour résoudre la pénurie générale d’énergie à Gaza”.

La réalité est que l’occupant applique au domaine de l’énergie exactement la même tactique qu’en ce qui concerne les produits alimentaires : faire en sorte que la population ne meure pas de faim, mais tout juste… Faire souffrir, empêcher tout développement, tuer mais à petit feu (quand il s’agit de tuer immédiatement, c’est le boulot de l’aviation et de l’artillerie, qui périodiquement ne s’en privent pas).

Mais cette volonté de punition collective de la population de Gaza – dont le seul crime est d’avoir porté le Hamas au pouvoir lors d’élections parfaitement régulières – a désormais des conséquences dommageables pour l’occupant : des dizaines de milliers de litres d’eau gravement polluée sont rejetés à la mer sans aucune épuration, tant et si bien que cette pollution atteint l’usine israélienne de désalinisation d’eau de mer de Ashkelon, ainsi que les plages.

Water desalinization plant in Ashdod (Photo: Roee Edan)

Water desalinization plant in Ashdod (Photo: Roee Edan)

La pollution a atteint des niveaux tels qu’à plu­sieurs reprises l’usine de désa­lini­sation a été mise à l’arrêt. Les analyses ont notam­ment révélé des taux dangereux de bactéries E-Coli.

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Deux des six transformateurs de la centrale électrique de Gaza détruits par un bombardement israélien le 28 juin 2006

Par conséquent, l’usine de Ashkelon a réduit de moitié ses apports au système national israé­lien de distribution d’eau, et les spécia­listes de la “Water Authority” prévoient que la situation s’aggrave car la pollution en prove­nance de Gaza ne peut selon eux qu’aug­menter, écrit Ynet.

Actuellement, le nord souffre d’une séche­resse et les apports en eau venant de la Mer de Galilée sont proche de zéro, de sorte qu’il est d’une importance vitale de maintenir l’usine de désali­nisation en fonction­nement”, a déclaré un officiel de la “Water Authority” cité par Ynet.

Selon le directeur de l’organisation “EcoPeace”, Gidon Bromberg, qui s’occupe de ce problème de pollution, “il s’agit d’un flot massif d’eau d’égoût : 90 millions de mètres cubes par jour, ce qui menace l’existence de centaines de milliers d’Israéliens qui vivent dans la région côtière au sud [d’Israël]”.

Autre­ment dit, Israël s’aperçoit soudain que la dégradation délibérée de l’environnement induite par son blocus de Gaza et sa politique de punitions collectives systématiques ne s’arrête pas au checkpoint d’Erez, et que le problème ne pourra pas être maîtrisé sans un minimum de coopération avec les gazaouites.

Le ministre israélien de l’Environnement, Avi Gabai – cité par Ynet – a déclaré : “il est tout à fait inutile d’investir des milliards pour essayer d’atténuer le flux des eaux usées à Ashkelon, si on reste indifférent à la situation des eaux usées à Gaza”. Son cabinet a fait savoir qu’il discute de ce problème avec l’armée et avec son collègue le Ministre de la Guerre.

Au Ministère de l’énergie (qui est également en charge de l’approvisionnement en eau), affirme Ynet, les responsables expliquent tranquillement qu’ils n’ont été informés de l’existence d’un problème qu’il y a “quelques jours”.Ce qui est contredit par la “Israel Electric Corporation”,  qui affirme avoir informé le ministère de l’énergie il y a trois ans déjà, sans obtenir aucune réponse.

Mais le Ministre Yuval Steinitz admet maintenant que “nous [les Israéliens] souffrons de cette pollution presque autant que les Palestiniens,et il est dans notre intérêt que ce problème soit traité”.

Ouf, le problème a pris des proportions telles que les Palestiniens ne sont plus les seuls à en subit les conséquences catastrophiques… !


Sources principales : Amir Ben-David, Elior Levy – 21/3/2016 -“Gaza pollution flows to Israel due to power shortages”, et publications de l’IRIN et de l’OCHA

[1] Israël, quoi que prétende sa propagande, est toujours “puissance occupante” de  la Bande de Gaza, ce qui en droit international lui impose de veiller au bien-être de la population.- NDLR

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