Dans l'actu

Pour combattre BDS, le gouvernement israélien met le paquet… de pognon.

Le Ministère israélien des “Affaires stratégiques”, qui déploie une activité frénétique contre BDS et plus généralement ce qu’il appelle “la délégitimisation d’Israël” a créé – selon la journaliste de Haaretz Noa Landau – une entreprise secrète, appelée “Kella Shlomo”, dont font partie plusieurs diplomates de haut rang et anciens généraux, et qui doit constituer une force de frappe supplémentaire pour la “sensibilisation du grand public”.

Le choix de cette formule juridique particulière s’explique peut-être par le fait qu’elle ne sera pas soumise à la loi israélienne sur la liberté de l’information, qui permet aux citoyens, et donc aux journalistes, d’obtenir (souvent avec difficultés, des restrictions et des délais assez longs) accès aux documents officiels. Par conséquent, le Ministère sur lequel règne Gilad Erdan refuse de donner la moindre information sur les activités de cette société, parmi les dirigeants de laquelle on trouve le directeur général du Ministère, Yossi Kuperwasser, l’ancien ambassadeur israélien aux Nations Unies Dore Gold, qui est aussi un ancien conseiller de Netanyahou, un autre ex-représentant israélien à l’ONU, Ron Prosor, et les ex-généraux Amos Yadlin (qui dirige l’Institut National des Études de Sécurité israélien) et Yaakov Amidror (qui sont actionnaires).

Le générique de “Kella Shlomo” inclut aussi l’homme d’affaires Micah Avni (dont le père a péri dans un attentat à Jérusalem en 2015); le Maj. Gen. (res.) et le Colonel (res.) Miri Eisin, qui fut conseiller du Premier ministre pour les relations avec la presse étrangère pendant la deuxième guerre du Liban. On trouve encore sur la liste, que Haaretz s’est procurée, l’ancien chef du Conseil national de sécurité, le Général (res.) Yaakov Amidror, et Sagi Balasha, ancien patron du “Israeli-American Council”, proche du milliardaire juif étatsunien Sheldon Adelson, magnat des casinos et financier de la campagne électorale de Trump.

Le 28 décembre dernier, précise Haaretz, le gouvernement a approuvé une allocation de 128 millions de shekels (31,15 millions d’Euros) à l’entreprise sur trois ans. La décision de fournir le financement a été prise par une procédure spéciale en vertu de laquelle un projet de résolution du gouvernement est distribuée aux ministres et est considérée comme adoptée automatiquement si personne ne s’y oppose ou ne demande une discussion.

Selon ce texte, qui a donc été adopté sans aucun débat, le financement a été accordé «pour mettre en œuvre une partie des activités du ministère liées à la lutte contre les phénomènes de délégitimation et de boycottage contre l’État d’Israël». Il affirme que l’agence travaillera à augmenter sa part du financement l’initiative (environ la moitié) de «sources philanthropiques» ou d ‘«organisations pro-israéliennes». Un comité de pilotage sera désigné au sein duquel siégeront des représentants du gouvernement et des représentants des autres partenaires de financement.

Itamar Baz, du site web d’observation des médias “The Seventh Eye”, couvre le ministère des Affaires stratégiques, dont la plupart des activités sont, dit-il, dissimulées au public. Il a rapporté lundi que depuis des mois les fonctionnaires du ministère ont préparé des projets de loi visant à soustraire l’entreprise à l’application de la loi sur la liberté de l’information. Or, affirme-t-il, cette loi ne s’applique en tout état de cause pas à cette nouvelle agence, donc ses activités seront faciles à cacher. Il a également révélé que Liat Glazer, le conseiller juridique du ministère, a écrit dans un avis juridique que les activités menées à travers l’entreprise seraient «celles qui nécessitent des discussions« non gouvernementales» avec divers publics cibles.

Selon un document interne du ministère, écrit Haaretz, les gens de “Kella Shlomo” travailleront via les réseaux sociaux parce que «l’ennemi dirige la plupart de ses efforts de sensibilisation et de motivation dans cette zone». De même, selon le document publié par The Seventh Eye , ils se concentreront sur les «activités de sensibilisation de masse» et le travail pour «exploiter la sagesse des foules», une activité définie comme «rendre de nouvelles idées accessibles aux décideurs et aux donateurs dans le monde juif et développer de nouveaux outils pour combattre la délégitimation d’Israël».


L’article de Noa Landau intitulé «Israel Sets Up Secret Firm With Top Ex-generals, Envoys for Online “Mass Awareness“ Campaign “To Fight Delegitimization”» a été publié le 9 janvier 2018.

Sur le même sujet, voir sur ce site : «Le gouvernement israélien va officiellement faire financer sa propagande anti-BDS par “des philanthropes juifs” milliardaires» et aussi «Le gouvernement israélien dépense des fortunes pour acheter des articles anti-BDS dans la presse».

Print Friendly, PDF & Email