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Pour chaque sac de ciment qui entre à Gaza, Israël encaisse une rançon politique

Au début de 2009, l’agression israélienne contre la population de la Bande de Gaza a notamment abouti à la destruction ou à de graves dégâts à environ 20.000 habitations, sans parler de la destruction de nombreuses infrastructures collectives. Cette agression – la commission d’enquête de l’ONU l’a démontré – participait d’une politique délibérée destiné à “humilier et terroriser une population civile, diminuer radicalement ses capacités économiques (l’empêchant de travailler et de subvenir à ses besoins), et renforcer une situation de dépendance et de vulnérabilité” et à des violations “systématiques et délibérées” du droit international humanitaire.

Depuis lors, Israël maintient – en parfaite violation du droit international – un blocus très strict, notamment sur les matériaux de construction, sous prétexte que ceux-ci pourrait être utilisés pour la reconstruction de bâtiments à usage militaire ou “terroriste”, comme “les usines de production de roquettes Qassam” (on imagine de gigantesques usines, façon “Temps modernes” de Chaplin, qui produiraient des roquettes par dizaines de milliers…).

Les gazaouites ne peuvent donc reconstruire leurs habitations que

  • soit avec des matériaux acquis “marché noir” après avoir été importés via les tunnels sous la frontière égyptienne – mais ils se vendent, c’est le principe même du “marché noir” – à prix d’or et sont donc hors de portée de la majeure partie de la population, qui dépend souvent de l’aide alimentaire de l’UNWRA pour sa subsistance quotidienne
  • soit avec des moyens de fortune (matériaux récupérés dans les ruines, briques d’argile, etc…)

Un petit rappel dans ce reportage de ARTE :


REPORTAGE GAZA EN RUINES SCANDALE AVRIL 2009 par DOCUMENTAIREROOTS

Mais voilà que la presse de droite israélienne annonce triomphalement que, à la suite d’une intervention pressante de Nicolas Sarkozy (ah ! le brave homme !) Israël vient de relâcher son blocus sur les matériaux de construction. Alors ? Ils vont pouvoir reconstruire ?

Du calme, du calme ! L’autorisation qui vient d’être donnée à titre exceptionnel porte – dit le Jérusalem Post – sur “trente tonnes de matériaux destinés à la reconstruction d’un hôpital endommagé par des affrontements en 2009”.

Relevons tout d’abord qu’il y a eu très peu d’«affrontements» en 2009. Cette formulation est évidemment choisie par les Israéliens pour accréditer l’idée qu’il y a eu une guerre (et une guerre, n’est-ce pas, ça fait inévitablement des dégâts). En fait il y a eu seulement une agression sauvage, d’une brutalité inouïe, par une armée suréquipée par l’Oncle Sam, qui n’avait en face d’elle qu’une population désarmée à qui elle ne laissait même pas le choix de fuir, et des forces proportionnellement microscopiques ne disposant pratiquement que d’armes légères, d’aucune aviation, d’aucune force maritime, etc…

Ce qui a détruit les hôpitaux, ce ne sont pas des “affrontements”, pas une guerre, mais un massacre planifié et délibéré relevant du crime contre l’humanité.

Mais, indépendamment de ce trucage sémantique, comment ne pas relever l’indécence de ce communiqué du Ministre français des Affaire étrangères, l’ineffable Bernard Koukouchner, qui a tenu à saluer “l’arrivée du premier camion” transportant ces matériaux. TRENTE TONNES ! De quoi reconstruire quoi ? Une kitchenette pour les toubibs ?

Trente tonnes de matériaux de construction  = 1,5 kilo par maison détruite, 20 grammes par gazouite…

Les besoins en matériaux de construction à Gaza se chiffrent en dizaines, voire en centaines, de milliers de tonnes au moins. En “autorisant exceptionnellement” l’entrée de 30 tonnes, Israël ne fait rien de plus que de mettre encore plus cruellement en évidence que seul son bon plaisir tient lieu de loi.

Et en “saluant” la chose, le gouvernement français ne fait rien d’autre que cautionner cette politique, comme s’il fallait remercier les massacreurs d’épargner de temps en temps, au gré de leur fantaisie ou par lassitude, une vie…

Au surplus, ne croyez surtout pas qu’Israël a fait ce “geste” grandiose sans contrepartie !  Non : “De source diplomatique, cette autorisation serait une contrepartie à l’aide française reçue par Israël lors de son adhésion à l’OCDE la semaine dernière”, précise le Jerusalem Post.

S’il faut que pareilles “compensations” (compensations de quoi, au juste ? c’est tout bonnement d’un chantage qu’on parle) soient attribuées à Israël pour chaque chargement de trente tonnes de sable ou de ciment, on doit s’attendre à voir bientôt Avigdor Lieberman nommé Secrétaire général de l’ONU et Ayalon prendre la place de Barroso à la Commission européenne …

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