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Plus de 1500 manifestants à Ramallah demandent à Abbas de lever les sanctions contre Gaza

Amira Hass

Dimanche soir, à Ramallah (Cisjordanie), plus de 1500 personnes ont manifesté en demandant au président Mahmoud Abbas de lever les sanctions punitives imposées à Gaza dans une tentative d’affaiblir le Hamas, la faction rivale palestinienne au pouvoir dans l’enclave.

Dimanche 10 juin 2018. Manifestants à Ramallah. Photo : Mohamad Torokman (Reuters)

En raison des mesures appliquées par Abbas, les employés de l’Autorité palestinienne (AP) dans la bande de Gaza subissent des retards ou des saignées directes dans le paiement de leurs salaires. Par exemple, les salaires d’avril n’ont été payés que tout récemment, et pas même dans leur totalité, alors que les salaires de mai attendent encore d’être versés. Ce gel des salaires rend la situation de la plupart des familles de la bande de Gaza encore plus problématique et il a coïncidé avec la fameuse « Grande Marche du Retour », qui avait débuté fin mars.

La manifestation de dimanche soir suivait un appel lancé sur les médias sociaux par divers artistes, journalistes et activistes. Ç’a été le plus grand show populaire de solidarité avec Gaza vu en Cisjordanie depuis le début de la « Grande Marche du Retour » à Gaza. Plusieurs résidents palestiniens de Jérusalem venus précisément à Ramallah pour la circonstance ont également participé à la manifestation.

Dimanche 10 juin 2018. Manifestants à Ramallah. Photo : Mohamad Torokman (Reuters)

Tout au début, vers 21 h 30, on ne voyait encore que quelques douzaines de manifestants sur la place Al-Manara, dans le centre de Ramallah. La plupart étaient des activistes bien connus d’organisations de gauche. Il y avait également beaucoup de caméras de télévision, de même que des policiers et des membres du personnel de sécurité en civil. Mais, peu après, la foule est arrivée. Sous la législation palestinienne, les manifestations ne requièrent aucune autorisation officielle de la police, mais les autorités doivent être informées du lieu et de l’heure du rassemblement. L’un des promoteurs de la manifestation de dimanche soir a toutefois expliqué à Haaretz qu’il n’avait pas eu vent qu’on eût prévenu la police.

Dimanche 10 juin 2018. Manifestants à Ramallah. Photo : Mohamad Torokman (Reuters)

À certain moment de la soirée, il y a eu un moment de vif émoi : Selon des témoins oculaires, des membres du personnel sécuritaire en civil ont tenté de faire cesser certains manifestants qui scandaient des slogans hostiles à Abbas. Mais, après cet épisode, la manifestation s’est étoffée de plus belle et a encore duré une heure et demie. On a pu voir également des activistes du Front populaire de libération de la Palestine et du Front démocratique défiler aux côtés d’étudiants de l’Université de Bir Zeit à Ramallah.

Les manifestants scandaient des slogans de soutien à Gaza et brandissaient des affiches à l’effigie de Razan al-Najjar, une jeune infirmière palestinienne décédée après avoir été abattue d’une balle dans la poitrine, le 1er juin.

Certains slogans visaient l’Autorité palestinienne, l’accusant d’être une « sous-traitante de l’occupation », dans le même temps que la bande de Gaza se révolte et demande que soit mis un terme à la coordination sécuritaire avec Israël. D’autres slogans disaient : « Honte à vous, vous avez vendu Gaza contre des dollars » ou encore « Avec notre âme et notre sang, nous te sauverons, Gaza ». Un groupe de jeunes manifestants a également réclamé la lutte armée et le « retour aux fusils et aux missiles ».

À la surprise des manifestants, vers la fin de la marche, lorsque les gens retournaient vers la place Al-Manara, d’énormes affiches étaient accrochées à quatre bâtiments différents et affirmaient que le Hamas était responsable de la situation dans la bande. Les affiches prétendaient que l’Autorité palestinienne avait déboursé 17 milliards de dollars au profit de la bande depuis 2007, et ce, uniquement pour que le Hamas transforme l’endroit en désastre.

Vers la fin de la manifestation, un groupe de jeunes qui prétendaient être de Gaza ont déclaré qu’ils avaient quitté cette dernière pour la Cisjordanie en raison des conditions intolérables subies sous le régime du Hamas. Ils encensaient Mahmoud Abbas et discutaient avec les manifestants en leur disant qu’ils n’avaient aucune idée de ce que c’était que de vivre sous le Hamas.


Publié le 11/6/2018 sur Haaretz
Traduction : Jean-Marie Flémal

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