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Plongés dans le deuil par Israël, trahis par Abbas

Hamza Abu Eltarabesh

Walaa Abu al-Qumsan, 21 ans, s’est vue contrainte de laisser tomber ses études à l’université.

Payer ses cours s’est avéré impossible ces tout derniers mois, car sa famille a cessé de recevoir une allocation émanant de l’Autorité palestinienne.

D’un montant de 700 $ par mois environ, l’allocation avait été accordée après que le père de Walaa, Yousif, avait été tué par les troupes israéliennes alors qu’elles avaient fait irruption dans le camp de réfugiés de Jabaliya, dans le nord de Gaza, il y a 17 ans.

Walaa est en colère contre Mahmoud Abbas, le chef de l’AP, pour avoir mis un terme à l’allocation. Elle espérait terminer d’ici peu une licence en langue arabe à l’Université islamique de Gaza. Elle a appris que l’allocation lui était retirée au moment où elle allait s’inscrire pour son dernier semestre.

« Nos existences dépendent réellement de cette allocation », a-t-elle déclaré. « Mais il semble qu’Abbas ne se soucie pas du tout de nos existences. »

Sa sœur Nour, 19 ans, est victime de la même situation malencontreuse. Nour étudiait pour devenir secrétaire médicale au Collège universitaire des Sciences appliquées, à Gaza. Elle non plus n’a d’autre choix que d’abandonner ses études.

« Que je réalise ou pas mon rêve et que j’obtienne un diplôme du collège repose entièrement dans les mains d’Abbas », a expliqué Nour. « Je voulais avoir mon diplôme et me mettre à chercher un emploi afin de venir en aide à ma famille. Depuis que l’allocation a été supprimée, nous ne pouvons plus payer les frais d’enseignement ni même le prix des déplacements vers l’université. »

Il s’avère que la famille a été punie en raison de ses affiliations politiques. Yousif Abu al-Qumsan était membre des brigades Qassam, le bras armé du Hamas.

Un droit et non de la charité

En février, l’AP a cessé de verser leurs allocations à 1 700 familles de personnes tuées par Israël.

Il semble que la mesure vise surtout les familles des combattants du Hamas et du Djihad islamique. Les deux organisations sont perçues comme des rivales du Fatah, dirigé par Abbas.

« L’allocation n’est pas de la charité, c’est un droit », a expliqué Ahmad, 29 ans et fils de Yousif. Et d’ajouter qu’il ne voit absolument pas pourquoi Abbas a décidé de punir les familles des personnes tuées par les forces israéliennes.

Ma propre famille au sens large a été touchée par ces mesures.

En 2003, mon cousin Ramiz al-Talmas, membre des brigades Qassam, a été tué au cours d’une incursion israélienne dans le nord de Gaza. Il était le seul fils de ma tante Hania.

Le montant des allocations versées aux familles des personnes tuées par Israël variait. Les facteurs pris en considération quand on les avait décidées comprenaient le nombre de membres de la famille de la victime, le statut matrimonial de la victime et le salaire que percevait la victime quand elle était encore en vie.

Dans le cas de Ramiz, la famille touchait une allocation mensuelle d’environ 600 $.

« Mon fils a sacrifié sa vie pour son pays », m’a dit Hania. « Et voilà que le président [Abbas] le récompensé en supprimant cette allocation censée aider ses quatre enfants. »

Un simple rêve en allé

De même, les allocations que l’AP payait aux gens emprisonnés par Israël ont été supprimées.

Récemment, des protestations ont éclaté à Gaza du fait que l’Autorité palestinienne a cessé de payer leurs allocations à de nombreux prisonniers ; l’un d’eux, Faris Baroud, est décédé derrière les barreaux israéliens après que son allocation lui a été retirée. (Photo : Ashraf Amra APA images)

Les suppressions affectent en tout 770 anciens prisonniers et 133 autres qui sont toujours détenus.

Elles ont été appliquées dans le contexte des efforts consentis par Israël de priver les Palestiniens de fonds. Israël a refusé de reverser les recettes des taxes qu’ils collecte au nom de l’AP. Une raison alléguée par Israël dans ce refus de remettre l’argent était que l’AP effectuait des paiements au profit des prisonniers.

Plus tôt cette année, l’AP a cessé de payer son allocation à Faris Baroud, emprisonné depuis 1991 pour avoir tué un Israélien et en avoir blessé trois autres.

Baroud, originaire de Gaza City, est mort en prison peu de temps après la cessation de paiement de l’allocation. La mesure signifie que sa famille a été punie à la fois par Israël et par l’AP.

Depuis plus de dix ans, Israël refusait à la la mère de Faris Baroud l’autorisation de lui rendre visite en invoquant le prétexte de la « sécurité ». La mère est décédée en 2017.

Les allocations payées aux personnes blessées par Israël ont également été supprimées à la demande d’Abbas.

En 2006, lors d’une attaque des forces israéliennes contre le camp de réfugiés de Jabaliya, Ibrahim Salha, un membre du Djihad islamique, avait été touché dans le dos. Aujourd’hui, âgé de 30 ans, ses blessures le laissent dans l’incapacité de trouver un emploi. Il a reçu de l’AP 550 $ par mois jusqu’au moment où l’allocation a été supprimée.

« Je ne puis croire que c’est arrivé », dit-il. « J’ai touché une allocation pendant 13 ans et, brusquement, elle m’a été retirée. »

Salha espérait se marier dans un tout proche avenir. La fin de son allocation signifie qu’il ne pourra le faire.

« Je ne peux même pas mener une vie normale », a-t-il dit. « Même mon simple rêve de me marier s’en est allé, maintenant. »


Publié le 16/4/2019 sur The Electronic Intifada
Traduction : Jean-Marie Flémal

Hamza Abu Eltarabesh est un journaliste de Gaza.

 

 

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