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Le plan de développement pour les Palestiniens d’Israël : un numéro d’illusionniste

Le gouvernement israélien a adopté il y a peu un «plan de développement» en faveur de la minorité arabe (20% de la population israélienne), auquel des moyens budgétaires de 3,8 milliards de shekels seraient attribués.

D’une part, Benjamin Netanyahou s’est empressé de dire, tout de suite après cette décision, que sa mise en œuvre dépendra largement des manifestation de “loyauté” envers “l’État juif” qu’il exige des Palestiniens d’Israël. Et d’autre part Yoram Gabbay, un ancien directeur de la “division des revenus” du Ministère des Finances explique dans Haaretz pourquoi ce plan relève surtout d’un numéro d’illusionniste. On fera notamment le rapprochement avec l’article de Meirav Arlosoroff récemment publié ici-même sous le titre «Comment le gouvernement israélien maintient ses citoyens arabes dans la pauvreté et le dénuement» pour apprécier les intentions réelles du gouvernement proto-fasciste d’Israël.

«Il y a quelques années, j’ai présidé un comité interministériel consacré au budget du Ministère de l’Éducation. J’ai trouvé un consensus général, dans les différents ministères et au sein du comité lui-même, en faveur d’une attribution différenciée des fonds sur base de critères socio-économiques.

Mais quand les données ont été examinées, il est clairement apparu qu’une augmentation des dépenses pour les écoles de l’État dans les communautés arabes et ultra-orthodoxes entraînerait des coupes budgétaires significatives pour les réseaux d’écoles de l’État non religieuses et “national-religieuses”.  La conséquence en fut que les réformes réellement réalisées ont été partielles.

La même chose se produira à propos de la décision gouvernementale tant vantée d’allouer 15 milliards de shekels (3,85 milliards USD) à un ambitieux plan de développement de 5 ans en faveur des communauté arabes en Israël. Aussitôt qu’il apparaîtra que la majorité juive devra renoncer à ces 15 milliards de shekels afin qu’ils deviennent disponibles pour la minorité arabe, la réforme va pour la plus grande part s’évaporer, surtout si on tient compte des prévisions budgétaires de l’État pour les deux années à venir, qui font apparaître un important déficit.

La réduction des inégalités sociales et économiques est dans l’intérêt économique d’Israël. Sans une amélioration substantielle des infrastructures, tant physiques qu’intellectuelles, de la communauté arabe, le pays ne pourra pas réaliser pleinement son potentiel de croissance, au bénéfice de tous. L’emploi est en hausse pour les Arabes d’Israël : entre 2003 et 2011, par exemple, il y a eu une augmentation de 62% de la population active parmi la population arabe (le double de ce qu’on constate dans le reste de la population).

Mais, politiquement les chances que la réforme aboutisse sont minces, et voici pourquoi.

  1. au moment où les ministres vont réaliser que l’accroissement des dépenses pour l’éducation, le bien-être et les infrastructures pour la population arabe va visiblement se faire aux dépens de la majorité juive, certains vont regimber. L’augmentation des budgets va dépendre des priorités propres à chaque secteur de chaque ministre. Certains ministres, par exemple, réclament davantage de moyens pour les localités à population mixte Arabes-Juifs, ou un traitement préférentiel pour certains groupes à l’intérieur de la minorité arabe. Cela ne peut que rendre le programme moins efficace.
  2. la tension entre la majorité juive et la minorité arabe, au plan politique et par rapport aux questions relatives à la sécurité, a atteint un très haut niveau avec “l’intifada individuelle” et la paralysie des négociations avec les Palestiniens. Qui plus est, la prolongation du contrôle israélien sur la Cisjordanie conduit graduellement la minorité arabe à l’intérieur d’Israël à s’identifier, sur le plan émotionnel et intellectuellement, avec les Arabes vivant dans les territoires occupés.

En tout état de cause, il est fort douteux que la majorité juive soit disposée à se privér de 15 milliards de shekels au bénéfice de la minorité arabe. Cela était perceptible dès la réunion du cabinet, où un certain nombre de ministres ont conditionné l’injection effective du financement à un comportement “pro-israélien” de la minorité arabe, un critère vague et qui sera difficile à apprécier.

Dans ces conditions, le problème doit être traité tout autrement : des budgets pour la minorité arabe, définis selon une analyse coûts-bénéfices. Pendant une durée définie, une aide limitée à 2 ou 3 milliards de shekels pourrait être apportée pour des objectifs budgétaires prioritaires définis, approuvés par le gouvernement dans son ensemble, sans avoir à prendre en compte des ministres ou des ministères en particulier.

La réforme telle qu’elle est présentée actuellement va trop loin, et d’un point de vue budgétaire elle est amorphe et informe. Quand tel est le cas, l’histoire montre que plus de 50% des décisions gouvernementales ne débouchent sur rien, ou ne sont exécutées que partiellement et de manière inefficace, uniquement quand les ministres concernés soutiennent les décisions.

La gradation et la définition de réelles priorités, et les budgets qui correspondent, devraient mettre l’accent sur l’amélioration des infrastructures, domaine dans lequel le retard de la communauté arabe est extrême. Cet effort budgétaire immédiat devrait aussi englober un financement dans le domaine de l’éducation (y compris les infrastructures des écoles). Le système de priorités basées sur le coût-bénéfice doit être fixé par des experts du gouvernement, qui peuvent avoir des priorités qui leur sont propres.


Source:  «The Illusion of Israel’s $3.8-billion Arab Development Plan» – Haaretz le 20 janvier 2016
Traduction et adaptation : Luc Delval

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