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Piraterie sanglante : une opération préméditée soigneusement planifiée

« Accordez-nous un moment et la Turquie sera en guerre avec Israël« , écrivait il y a quelques jours Gideon Levy dans Haaretz.

Dans l’esprit de pas mal d’Israéliens, c’est en fait déjà le cas, ainsi qu’en témoignent des interviews réalisées par Lia Tarachansky (voir la vidéo ci-dessous), où des “braves gens” de la rue israélienne regrettent que les bâtiments de la “flottille de la paix” n’aient pas été purement et simplement coulés par leur marine militaire. S’ils ont un (léger) reproche à faire à leur armée, c’est d’être un peu molle face aux méchants Turcs, musulmans donc forcément terroristes et assoiffés de sang juif.

Mais la journaliste s’est aussi intéressée à la préparation de l’opération militaire contre la “flottille de la paix”, et elle n’a pas eu à chercher longtemps la preuve que loin d’être une “bavure” ce fut une opération soigneusement planifiée. Les modalités de l’opération étaient décrites dans le quotidien Maariv trois jours avant l’assaut meurtrier. Dans le scénario décrit par Maariv, l’usage de la violence était explicitement prévu, et d’avance “légitimé” par l’affirmation – émanant de “militaires anonymes” – que les bateaux transportaient en fait des terroristes et des munitions destinées au Hamas. Israël savait fort bien qu’il n’en était rien, la cargaison des bateaux ayant été inspectée par des experts de l’OTAN avant qu’ils prennent la mer.

L’armée israélienne est allée jusqu’à publier un communiqué dans lequel elle qualifiait les “assaillants” qui – selon la thèse officielle israélienne – ont honteusement “agressé” ses pauvres petits soldats innocents de “mercenaires d’Al Qaida”. Ils étaient au nombre de 40, et dotés de gilets pare-balles, de lunettes de vision nocturne et d’armes, affirmait l’armée israélienne.

Elle a effectivement produit des photos de gilets pare-balles (mais selon certaines sources l’examen technique des fichiers informatique contenant ces images révélerait qu’elles ont en fait été prises en 2006 !), qui aux dernières nouvelles sont des moyens de protection dont l’expérience montre seulement qu’ils ne sont pas superflus face à l’armée israélienne (quoique d’une efficacité limitée, puisque les autopsies montrent que les victimes ont été pour la plupart atteintes à la tête).

Quant aux prétendues armes, les seules qui ont été trouvée à bord du Mavi Marmara et des autres bateaux de la flottille (hormis quelques bâtons pouvant servir de matraque et des couteaux de cuisine dont la présence est on ne peut plus normale sur un navire transportait plusieurs centaines de passagers) sont celles dont les assassins israéliens ont eux-mêmes fait usage avec le résultat que l’on sait.

L’armée faisait aussi état de “grande quantités d’argent liquide” entre les mains de ces prétendus “mercenaires”. S’il a existé, ce qui est plus que douteux, cet argent a en tous cas été volé par les Israéliens. Le mieux, s’ils veulent prouver leur bonne foi, serait donc de rendre leur butin…

Il y a bien peu de chances que cela arrive car, lorsque des journalistes ont demandé à l’armée de quelles preuves elle disposait à propos de la prétendue appartenance à Al Qaeda de ces prétendus “mercenaires”, ils se sont entendu répondre qu’il n’y en a aucune… et le titre du communiqué accusateur a précipitamment été modifié : au lieu de “mercenaires d’Al Qaeda” il n’est plus question que de “personnes trouvées sans documents d’identité”, et le terme “terroristes” a comme par miracle été remplacé par “protestataires”.

Quant au nombre réel des victimes, Lia Tarachansky fait remarquer que dans une interview au Jerusalem Post, un membre anonyme du commando des assassins israéliens – le “Sergent S.” – raconte fièrement avoir person­nel­lement abattu SIX personnes à lui tout seul. Une “performance remarquable” saluée comme il se doit par ses supérieurs.

Si l’envie de vomir vous prend, allez donc le faire devant l’ambassade d’Israël la plus proche.

 

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