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Peter Mertens lance une interpellation à propos de la mission économique anversoise en Israël

Du 3 au 7 septembre, les autorités communales anversoises représentées par l’échevine Caroline Bastiaens (CD&V) ont dirigé une mission économique en Israël composée de 70 jeunes entrepreneurs innovants.

Le 25 septembre, Peter Mertens, président du PTB (Parti du Travail de Belgique) et conseiller communal anversois, a lancé une interpellation à ce propos et a demandé de ne pas organiser de missions ni de faire du commerce avec cet État qui viole gravement les droits de l’homme.

Peter Mertens avec des membres du groupe « Antwerp for Palestine »

La deuxième mission en un an

Du 3 au 7 septembre, vous avez dirigé à Tel-Aviv une mission économique de 70 jeunes entrepreneurs innovants de Flandre, afin de nouer des contacts avec de jeunes entreprises dynamiques du secteur Cleantech et de l’innovation digitale et, par la même occasion, attirer des investissements israéliens.

C’est la deuxième mission à être organisée en un an et dans laquelle la Ville d’Anvers joue un rôle important. L’an dernier, c’était le bourgmestre en personne qui dirigeait une mission de la VOKA. Nous avions été à l’époque le seul parti à poser des questions critiques sur la chose au conseil communal. Nous avions collecté 1254 signatures d’Anversois qui estimaient que, ce faisant, le bourgmestre y allait d’un signal erroné.

Pas un seul point de vue politique

En 1948, lors de la création d’Israël, les Palestiniens ont perdu 78 % de leur territoire ; 750 000 Palestiniens ont pris la fuite ou ont été chassés de force de leurs terres. En 1967, Israël a occupé le reste des territoires palestiniens et c’est encore le cas à ce jour. Avec un réseau de colonies, de routes réservées aux colons, avec des check-points, un mur qui morcelle fortement les territoires occupés, le blocus de la bande de Gaza… c’est tous les jours qu’Israël viole les droits fondamentaux des Palestiniens.

Israël enfreint le droit international et viole les droits de l’homme. La mission a eu lieu une semaine à peine après la destruction de l’école palestinienne – financée, entre autres, avec l’argent des contribuables belges – de Jubbet Al Dib, à proximité de Bethléem. Le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders et le ministre de la Coopération au développement Alexander De Croo ont une fois de plus condamné Israël pour « violation de ses obligations internationales en tant que puissance occupante ». « En outre, du fait des tout derniers incidents, des enfants à la veille de la nouvelle année scolaire se voient refuser leur droit à l’enseignement. » Mais, dans un même temps, des entreprises belges signent des contrats avec des entreprises israéliennes qui soutiennent directement ou indirectement l’occupation.

D’après vos propres dires, la mission a un simple angle d’incidence de contenu et technique et n’a aucun caractère politique. Vous insistez sur le fait que vous n’adoptez aucun point de vue politique, dans quelque sens que ce soit.

Mais il est bien certain, au contraire, que vous exprimez un point de vue. À savoir que ces violations des droits de l’homme ne sont manifestement pas de l’ordre à ne pas nouer des relations commerciales. Plus fort encore, vous voulez coûte que coûte renforcer cette collaboration. La totalité du site Internet créé à ce propos (www.missionisael2017.be) constitue un éloge d’Israël en tant que « jeune nation innovante ». On n’y retrouve pas la moindre remarque critique.

La « jeune nation innovante »

Sur le site Internet de la mission, on peut lire : « Israël a la réputation d’être, s’il en est, une  »jeune nation innovante » grâce à son vaste et très vivace secteur de l’innovation. Il possède par tête d’habitant plus de start-ups (entreprises dynamiques) que tout autre pays au monde. La cybersécurité et eHealth sont les deux principales industries, en Israël. Au cours de cette mission, vous découvrirez comment les start-ups israéliennes opèrent dans les domaines de Smart City, Internet of Things et Health Tech. » 

Dans De Standaard du 14 septembre, il est expliqué clairement comment l’industrie des start-ups est étroitement liée à l’armée israélienne. « Pour Silicon Wadi, l’armée est une véritable bénédiction : les jeunes y reçoivent des formations technologiques et construisent un réseau qui leur viendra particulièrement à point plus tard, quand eux-mêmes seront devenus des entrepreneurs. Cela crée une relation d’échange. L’armée fournit le talent et l’expertise au secteur privé et, en échange, c’est elle qui achète ses inventions. » Un participant à la mission déclare dans l’article : « Nonante pour cent des start-ups ici travaillent dans la cybersécurité et la défense. Il était aisé de faire s’épanouir cet écosystème en un tel pays militarisé. »

Saviez-vous que cet acquis était si important grâce à l’armée d’occupation ? Et vous ne trouvez pas que c’est un problème ?

Technion

Nombre de composantes du programme de Mission Israel 2017 peuvent être directement associées à l’oppression de la population palestinienne par Israël. La visite au Technion Israel Institute of Technology, à Haïfa, en est un exemple. Cette université est connue, entre autres, pour la recherche scientifique, le développement et la production d’armes et de matériel militaire de haute technologie, et ce, en collaboration avec les trois principales entreprises israéliennes d’armement (Elbit Systems, Israel Aerospace Industries et Rafael). Les armes et systèmes sécuritaires développés ici sont entre autres testés dans les territoires palestiniens occupés, comme la Cisjordanie et la bande de Gaza.

Durabilité et droits de l’homme

Durabilité et droits de l’homme sont complémentaires. La technologie ne fonctionne pas dans le vide, mais dans un certain contexte socioéconomique et politique. En Israël, cela signifie dans un cadre dans lequel les divers groupes de population ont plus ou moins des droits. Et dans lequel l’État d’Israël en tant que « puissance occupante » est responsable du bien-être de la population des territoires palestiniens.

Il est donc important que l’on consacre son attention à la situation et aux conditions de vie dans les territoires palestiniens occupés et à leurs équipements publics, qui sont en dessous de tout. Il y a beaucoup de pain sur la planche dans divers domaines des soins à l’environnement et de l’écologie.

Améliorer la distribution d’eau

90 % de l’eau qui est distribuée provient de nappes phréatiques situées sous les territoires palestiniens ou dans le Golan. Israël pompe de l’eau du lac de Tibériade et la détourne de façon à ce qu’il en coule moins le Jourdain. En 2009 déjà, Amnesty International publiait un rapport sur la problématique de l’eau. « Les actions et mesures politiques d’Israël ont considérablement réduit les sources d’eau existantes, de même que la disponibilité de l’eau pour la population palestinienne dans les TPO, et c’est en contradiction avec les obligations d’Israël concernant les lois humanitaires et droits humains internationaux. »

Qualité et épuration de l’eau

La côte israélienne est polluée en raison du rejet des eaux usées de Gaza qui s’écoulent dans la mer sans avoir été traitées. À Gaza, les installations d’épuration fonctionnent de façon insuffisante, voire pas du tout, en raison des coupures de courant provoquées par Israël. (cf Haaretz, 6 juillet 2017)
Les colonies installées en Cisjordanie rejettent régulièrement des eaux usées non traitées dans les vallées en contrebas, ce qui fait que les terres agricoles palestiniennes finissent par être inutilisables.

L’hygiène dans les espaces publics

La collecte des immondices à Gaza dispose de trop peu de moyens. En même temps que les décombres de la guerre encore présents, c’est une attraction pour la vermine et autres animaux nuisibles.

Les nuisances sonores

Le vacarme au-dessus de Gaza est intenable. L’espace aérien est parcouru en permanence par des drones (avions sans équipage) qui effectuent des missions de surveillance et de reconnaissance. Il s’ensuit bien des nuisances pour les habitants de l’enclave complètement fermée par Israël.

Questions

  1. Quel signal entendez-vous donner avec cette mission économique ?
  2. Au cours de la mission, a-t-on également consacré de l’attention à la situation et aux conditions de vie dans les territoires palestiniens occupés, par exemple, en ce qui concerne les écoles, la distribution d’eau, la collecte des immondices, la pollution atmosphérique et les soins médicaux ?
  3. Des investissements pour Anvers ont-ils été suscités au cours de la mission ?

Motion

Le conseil communal confie au collège les tâches suivantes :

-mettre un terme aux missions économiques organisées par la Ville d’Anvers vers les institutions ou entreprises en Israël qui contribueraient à la politique d’implantation ;
-exclure des commandes publiques les entreprises qui ont des liens avec l’occupation des territoires palestiniens. (*)


Publié le 25/9/2017 sur PVDA-Antwerpen
Traduction : Jean-Marie Flémal

(*) Les partis Groen et sp.a ont soutenu la motion (ndlr).

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