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Pendant les vacances parlementaires, le facho-sionisme ne faiblit pas

Alors que le parlement israélien s’est mis en vacances (en pleine vague de contestation sociale), la guerre que la Knesset mène sans relâche contre la minorité arabe d’Israël, et dont la prétention du gouvernement Netanyahou a obtenir des Palestiniens la reconnaissance du « caractère juif de l’État » n’est qu’une autre facette, prend sans cesse des détours nouveaux.

Une de ses dernières manifestations en date prend la forme d’une proposition de loi élaborée par les cerveaux du « Institute for Zionist Strategies » et soutenue par au moins 40 députés, appartenant tant à la majorité gouvernementale (Likoud, Yisrael Beiteinu) qu’à l’opposition (20 des 28 élus sous l’étiquette Kadima et plusieurs députés « travaillistes »).

Cette proposition de loi tend à modifier la « définition » d’Israël : au lieu de s’auto-désigner en tant que « Etat juif et démocratique« , cet avatar du colonialisme occidental se définirait désormais comme « le foyer national du Peuple Juif« . Cette définition vise donc à :

  1. éliminer la référence au caractère soi-disant « démocratique » de l’État, il est vrai quotidiennement démenti par les faits
  2. réaffirmer les droits exclusifs des Juifs sur cet État, ce qui revient donc à inscrire dans la loi la relégation de la minorité arabe (20% de la population) dans un statut d’exclusion (qui existe déjà de facto)
  3. réaffirmer pareillement, dans la loi, que cet État n’est pas seulement celui des Juifs qui y sont nés, ou qui y vivent, mais de tous les Juifs du monde, et que par conséquent un « trader » de New-York (ou comme le note cruellement Uri Avnery, « un Sénateur de Washington, un trafiquant de drogue de Mexico, un oligarque de Moscou, un propriétaire de casino de Macao« ), pour peu qu’il soit juif, a sur ce pays des droits qu’un agriculteur palestinien, qui est né sur la terre de ses ancêtres depuis au moins 1.300 ans et la cultive depuis des décennies n’aura jamais. Ceci est aussi, dans les faits, déjà inscrit dans de nombreux textes légaux israéliens, et en particulier dans « la loi du retour » qui permet à tout Juif (selon la définition religieuse) de s’établir en Israël et d’en obtenir le passeport.

Selon un des initiateurs de cette proposition, un des objectifs poursuivis est de mettre fin aux situations, de plus en plus nombreuses, dans lesquelles les tribunaux israéliens jugent (avec un évident bon sens) que le prétendu « caractère juif » de l’État d’Israël est en contradiction avec son « caractère démocratique« , et font prévaloir ce dernier. Les députés veulent au contraire éliminer cette référence de la loi, de sorte que le « caractère juif » prévale sans discussion en toutes circonstances.

Une des conséquences « logiques » de cette option en faveur de l’esprit du ghetto serait que l’hébreu deviennent l’unique langue officielle en Israël, alors que dans la situation actuelle – basée sur la législation datant de l’époque du mandat britannique, toujours d’application – l’Arabe et l’Anglais sont aussi des langues officielles.

Toutefois, la proposition accorderait ce qu’en Belgique on appellerait des « facilités » aux membres de la minorité arabe, qui se verraient reconnaître le droit « d’avoir accès aux services de l’État dans leur langue, dans les conditions déterminées par la loi ».

Une autre disposition contenue dans le projet dispose que « la Loi Juive sera la source d’inspiration du législateur et des tribunaux« . On y lit en effet que « si le tribunal examine une question juridique qui requiert une décision, et ne trouve aucune réponse dans la législation, la coutume ou en procédant par analogie, il prendra une décision à la lumière des principes de liberté, de justice, d’intégrité et de paix contenus dans l’héritage Juif« .

Véritablement protéiforme, cette proposition dispose également que « l’État agit pour rassembler en son sein les exilés d’Israël« , autrement dit les juifs de la diaspora, mais aussi « les établissements juifs » (les colonies), et « y consacre les ressources nécessaires« . Autrement dit, il s’agit de remettre au centre de la politique israélienne la prétention sioniste à rassembler la totalité du « peuple juif » à l’intérieur de l’État (d’ores et déjà vouée à l’échec, quoi qu’il arrive, la majorité des concernés n’en ayant ni l’envie ni l’intention), et à cette fin d’en étendre les limites (la volonté d’établir Erez Israël sur les deux rives du Jourdain étant toujours bien vivace comme le démontrait il y a peu la démonstration vidéo de Danny Ayalon, vice-ministre des Affaires étrangères).

Un des initiateurs du projet, Zeev Elkin (du Likoud, le parti de Netanyahou), a déclaré que les répercussions sur l’image d’Israël dans le monde « ne le préoccupent pas« . « Si vous parlez du monde dans lequel les Nations Unies considérait le sionisme comme du racisme, il se peut qu’il y ait un problème. Mais aujourd’hui, le monde est prêt à accepter ceci« , dit-il (Haaretz).

Zeev Elkin a déjà été à l’origine d’autres projets de la même eau votés par la Knesset au cours de la session écoulée, notamment la loi qui érige les appels au boycott en délit, et la loi qui vise à restreindre les activités des associations d’opposants, ainsi que la loi qui oblige les groupes qui reçoivent des financements de l’étranger à le déclarer…

L.D.

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