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«Pas d’État palestinien !» Combien de fois devont-ils le répéter pour qu’on l’entende ?

Les politiciens et les diplomates occidentaux continuent à psalmodier «solutions à deux États», «processus de paix», «négociations directes»,… (laissant généralement entendre que si elles ne progressent pas on le doit à l’intransigeance des dirigeants palestiniens, ceux-là mêmes qui ont pratiquement tout bradé).

Pourtant, comme le relève fort à propos Ben White, depuis des années ceux qui occupent le pouvoir en Israël passent leur temps à répéter que jamais ils n’accepteront un accord instituant un État indépendant de Palestine… mais qu’ils sont prêts à négocier, négocier encore, négocier pour l’éternité à condition de ne jamais conclure un accord final. Sur ce dernier point, toutefois, ils restent vagues.

Participant à une conférence à Washington le week-end dernier, la ministre de la Justice Ayelet Shaked a déclaré à une assemblée d’ « expatriés israéliens » :  » Nous sommes opposés à un État palestinien. Il n’y a pas et il n’y aura jamais d’État palestinien « .

On ne peut être plus clair, mais ce n’est pas exactement une nouveauté. Il y a trois semaines, Shaked avait fait une déclaration similaire à Al Jazeera. Il ne s’agit pas non plus d’un ministre isolé. En 1978 déjà, on avait posé la question à Benjamin Netanyahou : «les Palestiniens ont-ils un droit à disposer d’un État séparé ?». Sa réponse : «Non, je ne le crois pas». Et il faut lui reconnaître de la suite dans les idées, puisque dans une vidéo datant de 2001 il expliquait comment saboter le « processus de paix « :

«Comment faire pour limiter les retraits [des colonies] ? J’interprète les accords [d Oslo] de manière telle qu’ils me permettent d’arrêter le retour vers la “ligne verte” [1] »

Netanyahou expliquant à des colons qu’il manipule aisément les Etats-Unis et qu’il a de facto mis fin aux accords d’Oslo

En octobre 2014, il s’exprime davantage à mots couverts, en déclarant à CNN : « Je crois que nous devons ajuster notre conception de la souveraineté ». Mais quelques mois plus tard, en mars de cette année, il ne s’embarrasse plus de ces circonvolutions : « Nous ne diviserons pas Jérusalem, nous ne ferons aucune concession, nous ne nous retirerons d’aucun territoire. »

Avant les dernières élections, la « Jewish Telegraphic Agency » demande à Netanyahou (question remarquablement neutre, à apprécier à sa juste valeur) : « Si vous devenez Premier ministre, il n’y aura pas d’État palestinien ? ». Et le leader du Likoud de répondre : « En effet ». Il est donc redevenu Premier ministre, de justesse il est vrai.

Et enfin, la semaine dernière, il a fièrement déclaré que sous sa protection le nombre des colons juifs en Cisjordanie a augmenté de 120.000, passant de 280.000 à 400.000.

Et que dire de ses collègues au gouvernement ? Prenons l’exemple de la Vice-ministre des Affaires étrangères Tzipi Hotovely : «  Je nie toute idée d’un État palestinien. Il n’en est pas question ».

Voyons du côté du Ministre des infrastructures nationales, Yuval Steinitz (qui se félicite bruyamment de l’élection de Martin Schulz, un « grand ami d’Israël » et un adversaire résolu de BDS, à la présidence du Parlement Européen) : « Nous ne donnerons pas notre accord à une division de Jérusalem et nous n’abandonnerons pas la vallée du Jourdain ».

Et le Ministre de l’Immigration et de l’intégration, Ze’ev Elkin ? « Je m’oppose [à un État palestinien] pour de nombreuses raisons ».

Le Ministre de l’Agriculture, Uri Ariel, peut-être ? « Je pense qu’en cinq ans il peut y avoir de 550.000 à 600.000 Juifs en Judée et Samarie [nom que le gouvernement israélien donne à la Cisjordanie – NDLR], au lieu de 400.000 actuellement ».

Le Ministre des Sciences et Technologies et de l’Espace, Ofir Akunis ? « Je m’oppose fermement à l’établissement d’un État palestinien sur les terres où notre nation est née » Son collègue chargé des Transports et de la Sécurité routière, Yisrael Katz ? « Je suis opposé à un État palestinien. il est inacceptable, principalement en raison de nos droits sur cette terre ».

Évidemment, puisque c’est un cadeau de dieu aux Juifs… Ce gouvernement fascistoïde a aussi un Ministre de l’Égalité sociale, Gila Gamliet (une des membres du Likoud qui dans le passé s’était révoltée contre Ariel Sharon lorsqu’il a fait évacuer les colonies juives de Gaza), qui dit : « La Bande de Gaza peut être annexée par l’Égypte [*], et une partie des Palestiniens peut s’annexer à la Jordanie. Ils ont beaucoup de pays. »

Et Haïm Katz, le ministre du Bien-être et des services sociaux ? « La conclusion est claire : ne pas établir un État palestinien qui deviendrait un État terroriste dans les faubourgs d’Israël ». On n’a donc que l’embarras du choix pour choisir entre les déclarations qui indiquent clairement que ceux qui gouvernent Israël ne sont en aucune manière disposés à un quelconque accord sur l’illusoire « solution à deux États », mais les puissances occidentales – et singulièrement les États-Unis – font comme s’ils le l’entendaient pas.

Le pourrissement de la situation dont on aperçoit actuellement les effets – et ce n’est probablement qu’un début – est une des conséquences logiques de cette forme pernicieuse d’autisme international.


[1] la ligne de démarcation fixée par l’accord d’armistice de 1949 entre Israël et les pays voisins, considérée actuellement par la “communauté internationale” comme frontière de facto entre Israël et les territoires palestiniens. Jamais cependant cette ligne n’a été à proprement parler une frontière. [2] dans le passé, l’Égypte n’a jamais accepté d’annexer la Bande de Gaza, alors qu’elle en a assuré l’administration civile pendant une longue période.

Synthèse, traduction et adaptation : Luc Delval, sur base de l’article de Ben White. ben-white

Ben White est un journaliste dont les travaux ont été notamment publiés dans le quotidien britannique The Guardian, dans The New Statesman, ainsi que par Al Jazeera et Electronic Intifada. Il est l’auteur de Israeli Apartheid (Ed. Pluto Press – 2009) et de « Être Palestinien en Israël » (Ed. La Guillotine – 2015)

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