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Pas de « mains propres » pour l’Université de Gand en Israël

Koen Vidal

Des professeurs gantois réclament l’arrêt de la recherche en raison de liens trop étroits avec l’armée.

Un groupe de cinquante professeurs de l’Université de Gand demandent que soit mis un terme à la collaboration de leur université avec des partenaires de recherche israéliens du fait que ces derniers auraient des liens trop étroits avec l’armée israélienne. « Cette collaboration équivaut à une complicité à des crimes de guerre et à des crimes contre l’humanité. »

Légende photo : Trois des cinquante professeurs qui ont signé la lettre. (Photo : DM)

Ces professeurs très critiques se sont indignés à propos de la collaboration avec l’Israel Institute of Technology, également dénommé le Technion. « Plus que toute autre institution universitaire, le Technion est associé au complexe militaro-industriel d’Israël », dit la lettre ouverte. « Il est à l’avant-plan de la technologie de pointe la plus novatrice en matière militaire. En dehors des professeurs et des chercheurs, les étudiants et diplômés de fraîche date du Technion sont eux aussi étroitement impliqués dans la collaboration avec les entreprises d’armement. »

Parmi les signataires de la lettre ouverte figurent, entre autres, le spécialiste de l’Europe Hendrik Vos, l’experte en droits de l’homme Eva Brems et des historiens comme Bruno De Wever et Gita Deneckere. Des scientifiques positifs connus, tels Wim Nerinckx et Lieven Annemans soutiennent également la pétition.

Les professeurs s’opposent en outre à un projet de recherche commun avec l’avionneur Israel Aerospace Industries (IAI), qui produit notamment des drones militaires. La recherche israélo-gantoise est censée se focaliser sur le développement de matériaux composites pour les avions.

Déçus par la rectrice

La rectrice de l’Université de Gand, Anne De Paepe. (Photo : Stefaan Temmerman)

Tant le Technion qu’ IAI travaillent en étroite collaboration avec l’entreprise d’armement Elbit Systems, qui produit les fameux drones offensifs Hermes engagés en 2014 dans les attaques contre Gaza qui, du côté palestinien, ont coûté la vie à 2 310 personnes, dont 1 660 civils.

« Pour l’Université de Gand, des partenariats comme celui-ci, avec le Technion et IAI, présentent le danger de voir l’université désignée comme coresponsable de l’injustice et de la violence infligées aux Palestiniens », explique le professeur Herman De Ley, l’un des initiateurs de la pétition. « Cette collaboration soulève de graves questions éthiques et les personnes qui y participent s’exposent à un risque juridique sérieux, à savoir celui de complicité à des crimes de guerre et à des crimes contre l’humanité. Par principe, il ne peut être question de  »mains propres », dans un tel contexte. »

La rectrice gantoise à déjà répondu par lettre aux professeurs indignés. Elle y écrit que l’Université de Gand, en principe, ne collabore pas à la recherche militaire mais « que le recherche à double usage (dual use) n’est pas non plus exclue a priori ». (Les produits « à double usage » peuvent servir des finalités tant civiles que militaires, KV.)

« Les buts de recherche des projets satisfont à la condition que le domaine d’application ne peut être orienté spécifiquement vers le soutien à des opérations militaires de combat et ils ne sont donc pas en contradiction avec les principes de l’Université de Gand. Les deux projets se concentrent en première instance sur le progrès des connaissances scientifiques et sur des applications destinées à la vie quotidienne. »

Dans une réaction adressée à ce journal, la rectrice ajoutait qu’elle n’était « ni aveugle ni naïve » à propos des éventuels effets secondaires indésirables de ce genre de recherche et qu’elle avait demandé aux scientifiques concernés de se montrer vigilants, sur ce plan.

Madame De Paepe insiste également sur le fait que ces liens de collaboration se situent dans le cadre du projet européen Horizon 2020 et qu’ils ont été soumis au préalable à un contrôle éthique.

Les signataires de la lettre ouverte ont réagi en se disant déçus par la réponse de Madame De Paepe. « Elle se contorsionne en tous sens pour dire tout simplement qu’il n’y a absolument pas de problème et que tout est OK », a expliqué l’un d’eux à ce journal.

Pas de relations avec des universitaires palestiniens

Le responsable de l’initiative, Herman De Ley, est tout aussi déçu : « Dans le contexte israélien, le double usage est un concept on ne peut plus relatif. Si une invention peut améliorer certains systèmes d’armement, les Israéliens n’hésiteront pas un instant à le faire réellement. En Israël, le cloisonnement entre objectifs civils et militaires est inexistant. »

Herman De Ley estime enfin qu’il est très bizarre que l’Université de Gand entretienne des relations avec des chercheurs israéliens, mais pas avec des universitaires palestiniens. « Ces derniers sont confrontés à d’énormes problèmes matériels. L’occupant israélien impose également des restrictions extrêmes aux professeurs et étudiants palestiniens sur le plan de la mobilité et de la liberté d’expression. »


Publié le 11 mai 2016 sur De Morgen
Traduction : Jean-Marie Flémal

Le dossier complet sur Technion, réalisé par les profs gantois (en néerlandais)

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