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Palais des Expos de Charleroi : l’argent sale des produits de la colonisation passe avant le droit et la morale

Voilà deux semaines que s’est ouvert « le salon des arts ménagers » au Palais des Expositions de Charleroi. Un salon commercial où passent des dizaines de milliers de badauds, et où des commerçants venant de différents pays leur proposent – pour le dire en bref – tout ce qui se mange et tout ce qui se boit, des produits ménagers en tous genres. Il se terminait ce dimanche.

Cette année, un espace a été prévu pour des associations. La Plate-forme Charleroi-Palestine a demandé un stand. Dès avant l’ouverture du salon, quelques difficultés étaient apparues, la direction du Palais des Expositions entendant exercer un droit de regard sur le contenu des messages diffusés. Elle voulait “des messages positifs”.

Boycott Israël” est – selon leurs critères – un message négatif, tandis que “Palestine vivra” est positif… OK, nous avions choisi de nous en accommoder, histoire de voir si une présence dans une manifestation de ce type, pas vraiment “militante” mais qui a le “mérite” d’attirer énormément de monde, pouvait être utile.

Dès les premiers jours, des commerçants sionistes ont exercé des pressions, afin de limiter la liberté d’expression au stand Palestine : il exigeaient qu’on enlève le drapeau palestinien (“message négatif”, sans doute ?), ils se permettaient d’exercer une surveillance pour être sûr qu’on ne parle pas de boycott (mon œil !), etc…

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Une semaine après l’ouverture, le stand fut carrément supprimé (ce qui ne nous a pas tellement chagrinés, vu que nous étions déjà arrivés à la conclusion qu’il n’était pas fort utile, compte tenu du public composé en majorité de consommateurs à la vue basse) !

Alors que les vendeurs de produits cosmétiques Premier , fabriqués à partir de matières premières extraites de la Mer Morte, en Palestine occupée, dont la présence sur le marché européen est totalement illégale, pouvaient faire leur petit business tranquillement, les tracasseries et même les menaces s’étaient rapidement multipliées à notre encontre.

Évidemment, du point de vue de la direction du Palais des Expositions, il ne peut y avoir d’égalité de traitement entre des exposants qui paient (cher) un emplacement commercial, et le “monde associatif” (au sein duquel on trouvait des associations aussi subversives que le “syndicat des propriétaires”) pour qui les emplacements étaient gratuits.

Doit-on dès lors s’étonner de toute absence de réaction de sa part quand on lui signale qu’un membre de la Plate-forme s’est fait insulter très grossièrement par un des responsables israéliens d’un stand de vins (« sale pute, va baiser les Arabes ») ? Sans doute pas. Business as usual…

Dans ce climat détestable, ce dimanche 14 novembre, huit membres de la Plate-forme, vêtus de nos superbes T-shirts « Palestine vivra » – « Boycott Israël », ont décidé d’aller faire paisiblement quelques emplettes dans ce temple de la consommation. Après tout, on s’habille comme on veut pour faire ses courses le dimanche, non ?

Ils se sont aussitôt fait agresser par des commerçants sionistes, dont l’un menaçait d’appeler “tous les exposants israéliens pour venir [leur] casser la gueule”. A chacun les arguments qui reflètent le mieux la valeur de sa cause, n’est-ce pas… ?

Le ton ayant tendance à monter un peu du côté des gens que la présence de nos amis indispose, la direction du Palais des Expositions envoie alors deux 2 “stewards” et trois policiers qui exigent que les huit membres de la Plate-forme enlèvent leur T-shirt et effacent de la mémoire de leur appareil les photos qu’ils ont prises au stand de la « mer Morte ». On peut se demander de quel droit, le lieu étant public chacun a parfaitement le droit d’y faire des photos.

Les membres de la Plate-forme estiment qu’ils ont le droit de s’habiller à leur goût, mais les policiers prétendent qu’il s’agit d’une « manifestation ». « Si vous n’enlevez pas vos T-shirts, on vous met en arrestation administrative » (ce qui veut dire qu’on peut être privé de liberté pendant 12 h !).

 

Cette menace, à elle seule, est manifestement illégale. L’arrestation administrative ne peut avoir lieu – dit la loi – qu’en cas d’absolue nécessité et pour pour maintenir ou rétablir l’ordre public ou pour maintenir la sécurité publique. [1]

La direction appelle alors deux autres policiers en civil qui se trouvent à l’extérieur. Les cartes d’identité sont contrôlées.

Mais les membres de la Plate-forme restent bien calmes et finissent leur emplettes dominicales en achetant de la belle poterie au stand de la Tunisie. Les cinq policiers les poussent vers la sortie : « Vous êtes indésirables ici ! ».

Vraiment ? Pour les sionistes, oui, mais pas pour tout le monde, c’est clair. Sur le chemin, un commerçant venu du Sud de la France demande si on peut lui fournir d’urgence six de nos T-shirts (il les recevra quelques heures après) et ne ménage pas ses encouragements.

Dans les prochains jours, nous ne nous ferons pas faute d’informer la direction du Palais des Expositions et les membres du conseil communal de Charleroi des raisons pour lesquelles en tolérant des produits de la colonisation de la Palestine au sein d’une exposition comme le “Salon des Arts Ménagers” ils se rendent complices d’actes non seulement méprisables, mais aussi illégaux.

Ils ne pourront plus dire “on ne savait pas” !


 [1] l’article 31 de la loi sur la fonction de police, base légale principale d’une arrestation administrative énumère les cas dans lesquels les policiers peuvent y recourir. Selon un document de la Police Fédérale à télécharger ICI, il faut entendre par là par exemple :
« si une personne fait obstacle à la mission des services de police d’assurer la liberté de la circulation. Imaginons un sit-in au milieu d’une route ou à un carrefour: si, après négociation, la situation de blocage persiste, la ou les personnes participant à ce sit-in pourront être arrêtées administrativement, voire judiciairement sur base des articles 406 à 408 du Code pénal relatifs aux entraves à la circulation ».
Ou encore : « si une personne perturbe effectivement la tranquillité publique. Sont par exemple visés ici les cas de tapage nocturne sur la voie publique ou dans les lieux accessibles au public, quand les policiers ne parviennent pas à rétablir le calme et que la seule solution consiste à éloigner provisoirement les acteurs de ce tapage nocturne ».
Autre exemple : « si une personne se prépare à commettre une infraction qui met gravement en danger la tranquillité ou la sécurité publique, et ce afin de l’empêcher de commettre cette infraction. Dans cette hypothèse, les policiers doivent avoir des motifs raisonnables de croire qu’une infraction est sur le point de se commettre en fonction :

• du comportement de la personne: dans une manifestation, une personne s’avance cagoulée, en cherchant à se cacher;
• d’indices matériels: un supporter de football se rend au stade muni d’une barre de fer;
• des circonstances: deux groupes de supporters se rencontrent inopinément et s’apprêtent visiblement à se quereller. »

Et enfin : « si une personne commet une infraction qui met gravement en danger la tranquillité ou la sécurité publique. Par exemple, une personne est en état d’ivresse publique et présente un danger pour elle-même ou pour autrui. Il est même précisé que « Les policiers ne pourront opérer une arrestation administrative que s’il n’existe pas un autre moyen moins contraignant d’atteindre leur objectif légitime. Les principes de progressivité et de proportionnalité doivent être respectés ».
On cherche évidemment en vain en quoi le fait de porter un T-shirt avec un slogan non commercial peut constituer « un trouble grave à la tranquillité publique » qui fasse d’une arrestation « une absolue nécessité ». La simple menace en est donc clairement un abus de pouvoir.

 

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