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Orange : le spectacle indigne offert par Stéphane Richard continue, le boycott aussi

Qu’y a-t-il de pire, pour un personnage aussi considérable que Stéphane Richard, actuel patron du groupe de télécoms Orange (106.000 personnes !), que faire pitié ? C’est que cet inspecteur des finances, passé par le cabinet ministériel de DSK, avant de devenir collaborateur de Jean-Marie Messier puis chef de cabinet de Jean-Louis Borloo et ensuite de Christine Lagarde (actuelle directrice générale du FMI) est certainement plus habitué à faire envie.

Mais le voir depuis trois jour se rouler aux pieds des dirigeants israéliens comme une chienne en chaleur pour quémander leur pardon est un spectacle indigne à la fois du personnage et du grand groupe (dont l’Etat français détient 25%) qu’il représente.

Ses propos tenus au Caire, mercredi dernier, où il assurait qu’Orange quitterait Israël le plus rapidement possible – « dès demain si c’était possible sans devoir payer des dédommagements énormes« , assurait-il à un public égyptien révolté d’avoir appris qu’Orange avait apporté une contribution active à l’agression israélienne contre Gaza, l’été dernier, ainsi qu’à la colonisation illégale de la Cisjordanie – ont soulevé une tempête de protestations, tant en France dans les milieux sionistes, qu’à Tel Aviv.

A Paris, le gouvernement n’a évidemment pas perdu une seconde pour se mettre au garde-à-vous quand le CRIF a grogné : le Ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius (qui doit se rendre le 21 juin à Jérusalem, qui comme chacun sait n’est PAS la capitale israélienne) a aussitôt fait savoir que « la France est fermement opposée au boycott d’Israël« , ajoutant quand même que « La France et l’Union européenne ont par ailleurs une position constante et connue de tous sur la colonisation ». Cela n’empêchait pas JCall de lancer un appel au boycott à peine voilé (voir ICI).

A Tel Aviv, tandis qu’un ministre demandait aux consommateurs de ne pas pénaliser le groupe Partner Communications, qui exploite la marque Orange sur le marché israélien en vertu d’un accord de licence mais n’a pas de liens capitalistiques avec le groupe de Stéphane Richard, Benyamin Nétanyahou en personne a accusé Orange de participer à un «drame absurde», déplorant que «la démocratie israélienne, respectueuse des droits de l’homme» (sans rire !), soit confrontée «aux condamnations systématiques et aux tentatives de boycott».

Bien entendu, Stéphane Richard ne pouvait échapper aux sempiternelles accusations d’antisémitisme : «Ce n’est pas politiquement correct d’être antisémite, mais c’est devenu « in » d’être anti-Israël», a proclamé la fasciste Ayelet Shaked, la nouvelle ministre de la Justice, adepte du génocide systématique des Palestiniens de Gaza et en priorité des femmes et des aînés. Miri Regev, sa collègue de la Culture, a réclamé la démission du PDG d’Orange.

Depuis lors, Stéphane Richard ne sait plus que faire ou que dire pour obtenir le pardon des Israéliens, de Fabius, du CRIF, de tout le monde : il ne se contente pas de rassurer les Israéliens quant au respect par Orange des contrats signés (qui semble-t-il garantissent à Partner Communications l’usage de la marque jusqu’en 2025), il multiplie les déclarations d’amour à ce pays, à son entreprise coloniale, et son opposition personnelle à « tout boycott » (mais à l’exception, peut-on supposer, du boycott par Israël des droits des Palestiniens depuis 1948…).

Trois jour après avoir affirmé que le groupe Orange quitterait Israël sans perdre un instant si cela ne l’exposait pas à devoir payer des indemnités énormes – des dizaines, sinon des centaines de millions d’Euros, disait-il – voilà donc qu’il assure que « Orange est en Israël pour y rester« , même si Partner Communications devra un jour lui rendre la maîtrise sur la marque.

Comme d’autres avant lui, Stéphane Richard imagine qu’il peut s’en sortir en se comportant comme une carpette, en les suppliant d’essuyer sur son costume à 5000 € leurs bottes crottées du sang des Palestiniens. Qu’il médite sur le sort du juge sud-africain Richard Goldstone.

Richard Goldstone, juif, sioniste, profondément attaché à Israël, 72 ans à l’époque, harrassé par la campagne d’une violence inouïe dont il a été la cible pendant des mois de la part de toute la machine de propagande sioniste après la publication du rapport qui porte son nom, avait cru pouvoir acheter un peu de répit.

Le prix à payer, croyait-il, était de faire plus ou moins amende honorable. Il l’a payé, dans une tribune du Washingron Post, dans laquelle il a donné une absolution partielle à Israël pour les crimes les plus odieux commis par son armée lors de l’agression contre la population de Gaza en décembre 2008-janvier 2009 (l’Opération Plomb Durci). Il a donc écrit que ces crimes des militaires israéliens n’étaient pas réellement intentionnels, et qu’en plus Israël faisait de son mieux pour faire toute la lumière, etc, etc…

A partir de ce moment, ce fut pire que jamais pour lui.

Non seulement le rabbin Moshe Kurtsag, membre du tribunal rabbinique de Johannesbourg a accusé Goldstone d’avoir contribué à intensifier l’antisémitisme dans le monde entier.

Non seulement des députés israéliens ont voulu, après l’avoir cloué au pilori le saigner à blanc en lui réclamant un monceau de pognon via la justice américaine.

Non seulement dans le New York Times Roger Cohen écrivit : « Nous avons désormais un nouveau verbe : « goldstoner » [to Golstone]. Sa signification : faire une constatation, et ensuite se rétracter partiellement pour des motifs incertains. Etymologie : les actions étranges d’un juriste respecté, juif et sud-africain, soumis à une intense pression d’Israël, du Congrès des Etats-Unis et des organisations juives », et fait de son nom un synonyme de « incohérence« .

Non seulement les co-auteurs du « Rapport Goldstone », à savoir les trois éminentes personnalités chargées par l’ONU de mener à bien une « mission d’établissement des faits », ont totalement désavoué son revirement qui à leurs yeux constituait une insulte à la mémoire des victimes et « une grave injustice envers les centaines de civils innocents tués pendant le conflit de Gaza, les milliers de blessés et les centaines de milliers de personnes dont la vie continue d’être profondément affectée par le conflit et le blocus « .

Non seulement le Sénat américain s’est prononcé à l’unanimité pour l’annulation pure et simple du « rapport Goldstone » et mis en demeure l’ONU de ne plus « accuser injustement » Israël. Mais en plus Ehoud Olmert, criminel de guerre qui était premier ministre à l’époque de l’Opération Plomb Durci (au surplus condamné récemment à un an de prison pour corruption), lui avait administré une insultante leçon de morale (!) en affirmant que Goldstone « ne peut pas être soulagé de sa responsabilité personnelle d’avoir décrit de manière totalement incorrecte les événements à Gaza« , ajoutant que sa tribune du Washington Post n’était rien d’autre qu’une « basse tentative de laver sa conscience« .

Quand ces charognes ont trouvé une cible, il ne suffit pas de quelques excuses embarrasées pour qu’ils lachent prise, et la moindre concession est pour eux le signal de l’hallali. Stéphane Richard va très probablement bientôt s’en rendre compte, car sa maladresse cairote peut les aider à contrer les efforts diplomatiques en cours, notamment venant de Paris, pour relancer un soi-disant « processus de paix » depuis longtemps mort et enterré.

D’ailleurs, dès samedi Partner Communications a donné le ton : « Les déclarations récentes (…)[de Stéphane Richard] ne sont qu’un écran de fumée, dont le but est de manipuler l’opinion publique en Israël et dans le monde« , écrit l’entreprise dans un communiqué. Elle rejette les « communiqués choquants, les excuses et les expressions vagues et évasives » de Stéphane Richard.

Celui-ci n’a donc très probablement pas fini d’en voir de toutes les couleurs, d’autant qu’en France et ailleurs, pour les adversaire de la politique israélienne le mot d’ordre est clair :Orange_arton3707

Post Scriputm (ou PS) :

A la place de Stéphane Richard, on se demande s’il ne serait pas temps de consulter les petites annonces d’emploi…orange_valls_20150606

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