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Onzième anniversaire de l’attaque israélienne contre la prison de Jéricho : d’Ahmad Sa’adat à Basil al-Araj

Samidoun Palestinian Prisoner Solidarity Network

Ce 14 mars 2017 marque le 11e anniversaire de l’attaque de la prison de Jéricho par les forces d’occupation israéliennes et l’enlèvement de six prisonniers politiques. Ahmad Sa’adat, le secrétaire général du Front populaire de libération de la Palestine, ses camarades Ahed Abu Ghoulmehn Majdi Rimawi, Hamdi Qur’an et Basil al-Asmar, ainsi que le dirigeant et vétéran du Fatah Fouad Shobaki, avaient été enlevés dans la prison de l’AP après que les gardes américains et britanniques avaient brusquement quitté leurs postes au cours d’une violente attaque menée par les forces d’occupation israéliennes. À ce jour, les six Palestiniens kidnappés sont toujours emprisonnés. Deux Palestiniens avaient été tués et 23 autres blessés par les forces d’occupation, lors de cet assaut contre la prison.

Le raid contre la prison de Jéricho ne constituait pas seulement un nouveau crime contre le peuple palestinien et le ciblage de l’un des dirigeants politiques les plus en vue de la Palestine, Ahmad Sa’adat, secrétaire général du parti de gauche, le Front populaire de libération de la Palestine. Il révélait tout aussi clairement le rôle conjoint des puissances impérialistes, comme les États-Unis et la Grande-Bretagne, et l’impact dévastateur de la « coordination sécuritaire » entre l’Autorité palestinienne et Israël.

Cet anniversaire est particulièrement poignant en ce jour, suite à l’assassinat par Israël du jeune dirigeant palestinien Basil al-Araj, quelques mois après qu’il avait été relâché d’une prison de l’AP. Des milliers de Palestiniens sont descendus dans les rues de la Palestine ou des lieux de leur exil pour réclamer la fin de la politique de coordination sécuritaire et des attaques de l’AP contre la résistance palestinienne. De même que l’on ne peut dissocier l’emprisonnement par l’AP d’Ahmad Sa’adat et de ses camarades sous surveillance américaine et britannique et leur détention actuelle dans les prisons de l’occupation israélienne, l’arrestation par l’AP d’al-Araj et de ses camarades ne peut être dissociée de l’assassinat du jeune homme par l’occupation israélienne.

L’emprisonnement de Sa’adat et de ses camarades dans une prison de l’AP a été négocié par des parties représentant toute une série de forces alliées contre le peuple palestinien, y compris Mahmoud Abbas, Mohammed Dahlan, Saeb Erekat, Yasser Abed Rabbo, le prince (à l’époque) Abdullah de Jordanie, Omri Sharon et Tony Blair. Même à l’intérieur de la prison de l’AP, les Palestiniens emprisonnés ont continué à être sous surveillance américaine et britannique, ce qui montre bien le rôle dominant des États-Unis et de l’Union européenne dans le maintien de l’AP en état de soumission, et ce, dans le cadre de la coordination sécuritaire. Certains de ces gardiens britanniques avaient participé à l’emprisonnement de prisonniers républicains irlandais en Ulster ; plus récemment, d’anciens officiers et agents de la Police royale de l’Irlande du Nord (Royal Ulster Constabulary) ont entraîné et formé les forces sécuritaires de l’AP mandatées dans la coordination sécuritaire. Les prisonniers eux-mêmes avaient été capturés suite à des tromperies et mensonges des responsables de l’AP, dont Tawfiq Tirawi, à l’époque chef de la sécurité de l’AP.

Ces gardes américains et britanniques avaient délibérément quitté leurs postes afin de libérer la voie dans l’attaque israélienne de la prison de Jéricho. En effet, nombre des armes ayant servi aux forces d’occupation israéliennes pour attaquer la prison et la détruire en grande partie étaient de fabrication américaine ou avaient été financées par les États-Unis.

De plus, en 2017, nous commémorons également les 100 ans de colonialisme britannique en Palestine et la publication de la déclaration Balfour – ainsi que les 100 ans de la résistance palestinienne, qui a dû subir une répression des plus violentes, des emprisonnements massifs, des démolitions de maisons, sans oublier les exécutions de combattants palestiniens de la liberté aux mains des autorités coloniales britanniques qui, rappelons-le, ont également introduit en Palestine le concept de détention administrative.

Dans le cas d’al-Araj, le président de l’AP Mahmoud Abbas avait proclamé publiquement son arrestation et celle de ses camarades par les forces de l’AP en avril 2016, ajoutant qu’il s’agissait d’un coup important pour la coordination sécuritaire. Il avait également dit en public, sans aucune explication supplémentaire, que ces hommes « préparaient une attaque » et qu’ils avaient été « suivis et arrêtés ». Ils étaient restés cinq mois dans les prisons de l’AP sans accusation, avant d’entamer une grève de la faim qui leur avait valu d’être libérés. Aujourd’hui, quatre des cinq jeunes hommes emprisonnés avec Basil al-Araj sont en détention administrative (sans accusation ni procès) dans des prisons israéliennes. À plusieurs reprises, la maison de la famille al-Araj a subi des raids et a été saccagée et les membres de sa famille avaient déjà reçu nombre de convocations à des fins d’interrogatoire, avant qu’al-Araj ne soit finalement abattu à el-Bireh, le 6 mars 2017, non sans avoir résisté jusqu’à son dernier souffle.

La coordination sécuritaire est une menace dévastatrice et quotidienne pour l’existence et la liberté des Palestiniens en lutte pour mettre un terme à l’occupation israélienne et au colonialisme d’implantation. D’Ahmad Sa’adat, Ahed Abu Ghoulmeh, Hamdi Qur’an, Majdi Rimawi, Basil al-Asmar et Fouad Shoubaki à Basil al-Araj, les Palestiniens continuent à résister sous la menace constante d’être emprisonnés ou tués par les forces d’occupation, qui bénéficient du plein soutien économique, militaire et politique des États-Unis, du Royaume-Uni, du Canada et de l’Union européenne. Actuellement, quelque 6 500 Palestiniens sont emprisonnés en Israël. Ce nombre est complété par les détenus politiques dans les prisons de l’AP, ainsi que par les Palestiniens et combattants pour la Palestine poursuivis et emprisonnés dans des prisons à l’étranger. N’oublions pas non plus les anciens prisonniers et survivants de la torture comme Rasmea Odeh, aux États-Unis, ou les travailleurs caritatifs de Holy Land Five, ou encore le combattant libanais pour la Palestine, Georges Ibrahim Abdallah, détenu depuis 32 ans dans une prison française.

En ce onzième anniversaire de l’attaque contre la prison de Jéricho, le réseau Samidoun de solidarité avec les prisonniers palestiniens réitère l’appel à la liberté pour tous les prisonniers politiques palestiniens. Nous nous joignons également aux revendications exprimées de vive voix dans les rues par des milliers de Palestiniens à Ramallah, Dheisheh, Gaza, Londres, New York, Bruxelles, Berlin, Amman, Beyrouth, Rabat, Tunis, Washington DC, et ailleurs, réclamant ainsi justice pour Basil al-Araj, ainsi que la fin immédiate de la coordination sécuritaire entre l’AP et l’occupation israélienne.

De Basil al-Araj à Ahmad Sa’adat, des dirigeants et symboles de la résistance palestinienne ont été traqués, emprisonnés ou assassinés avec la complicité et le soutien de gouvernements du monde entier, dont ceux des États-Unis, de la Grande-Bretagne, du Canada et des États européens. Cet anniversaire constitue également une occasion d’inspirer tous les mouvements internationaux soutenant la Palestine afin qu’ils multiplient leurs actions en vue de dénoncer et de mettre un terme à ce soutien, cette complicité et cette implication, et ce, par le biais de la campagne de Boycott, Désinvestissement et Sanctions et en soutenant l’organisation et la résistance de la libération nationale palestinienne, en organisant la lutte pour la libération de tous les prisonniers politiques palestiniens et celle de la terre et du peuple de Palestine.


Publié le 14 mars sur Samidoun Palestinian Prisoner Solidarity Network
Traduction : Jean-Marie Flémal