Dans l'actu

ONU : intense activité américano-israélienne pour bloquer la “liste noire” de la colonisation

Alors que la mise au point de la base de données de l’ONU concernant les entreprises qui font du business avec les colonies juives de Cisjordanie touche presque à sa fin, Israël et l’administration Trump déploient une activité frénétique dans l’espoir d’en empêcher la publication, selon Associated Press. 

En général, Israël balaie dédaigneusement du revers de la main toute critique émanant de l’ONU – par définition et une fois pour toute accusée d’hostilité systématique inspirée par l’antisémitisme – mais il semble que cette fois la perspective de la publication d’une “liste noire” d’entreprises est prise très au sérieux. Les dirigeants israéliens craignent en effet qu’elle ait des effets “dévastateurs” en incitant des investisseurs à se débarrasser des actions d’entreprises israéliennes qu’ils auraient en portefeuille et en dissuadant d’autres investisseurs de s’intéresser à des sociétés israéliennes et d’y apporter leurs capitaux 1. En effet, des dizaines d’entreprises importantes – tant israéliennes que multinationales – devraient probablement figurer sur cette liste.

«Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour que cette liste ne voit pas le jour», a déclaré l’ambassadeur d’Israël aux États-Unis, Danny Danon.

C’est en mars 2016 que le Conseil des Droits Humains de l’ONU, qui siège à Genève, a décidé la mise sur pied de cette base de données et d’“étudier les implications des colonies israéliennes sur les Palestiniens”. La quasi-totalité des pays membres de l’ONU, à l’exception (évidemment) d’Israël et (depuis l’arrivée de Trump à la Maison Blanche il y a 10 mois) des États-Unis considère que les colonies juives en Cisjordanie sont bâties sur un territoire occupé qui doit revenir à un futur État indépendant de Palestine. 

Des fonctionnaires israéliens ont indiqué qu’environ une centaine d’entreprises locales qui sont installées en Cisjordanie ou à Jérusalem-Est ont reçu une lettre les avertissant qu’elles figureraient sur la liste que l’ONU est en train de peaufiner. Une cinquantaine d’entreprises étrangères – pour la plupart européennes ou étatsuniennes – sont dans le même cas. Le voile a déjà été officieusement partiellement levé sur le contenu de cette liste.

La seule société qui a confirmé avoir reçu une pareille lettre est une l’opérateur de télécommunications israélien Bezeq, qui a l’a reproduite sur la page Facebook de sa PDG, pour qui il ne s’agit que d’une “opération de propagande anti-israélienne”. Cette publication sur Facebook n’a cependant été visibles que pendant quelques heures avant qu’elle soit retirés. Bezeq a confirmé – sans autre commentaire – que le retrait de cette publication a été faite à la demande du gouvernement israélien, qui a demandé aux entreprises de ne pas s’exprimer.

Une bonne partie des diplomates occidentaux considèrent toujours qu’il ne faut pas mélanger les affaires et les questions relatives aux droits humains. 

Le Conseil des Droits humains de l’ONU paraît à priori assez peu perméable aux pressions israéliennes. Mais les États-Unis s’y joignent avec insistance. On se souvient que l’administration Trump a décidé en octobre dernier de se retirer de l’UNESCO à cause de ce qu’ils considèrent comme de l’hostilité systématique envers Israël (qui a également claqué la porte). L’ambassadrice étatsunienne aux Nations Unies, Nikki Haley, a laissé entendre que les États-Unis pourraient aussi se retirer du Conseil des Droits humains si celui-ci n’abandonne pas “son obsession permanente” contre Israël. Si la “liste noire” est publiée malgré les pression de Washington, cette menace pourrait être mise à exécution.

L’ambassadeur israélien Danon, a accusé le conseil de cibler injustement Israël, affirmant qu’il s’agissait d’une “liste noire d’entreprises juives” et de ceux qui font des affaires avec l’État juif, ce qui ferait du Conseil des droits humains onusien “le plus grand promoteur du BDS 2 au monde”. La plupart des entreprises liées à la liste noire sont des cibles fréquentes du mouvement BDS.

 

Print Friendly, PDF & Email

Notes   [ + ]

1. On sait que l’une des plus grosses entreprises israéliennes, TEVA, est en très fâcheuse posture et va certainement devoir faire appel au marché des capitaux dans quelques temps pour financer son plan de sauvetage. L’enjeu pour l’économie israélienne est énorme. – NDLR
2. La campagne mondiale Boycott, Désinvestissement, Sanctions

1 Trackbacks & Pingbacks

  1. Human Rights Watch réclame la publication urgente de la base de données sur les entreprises et les colonies israéliennes – Pour la Palestine

Les commentaires sont fermés.