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Omar Barghouti, fondateur du mouvement BDS : « Pourquoi boycotter Israël ? »

Herman Asselberghs et Pieter Van Bogaert

Dans le monde entier, des actions ont lieu en faveur du boycott du Concours Eurovision de la chanson en Israël.

La campagne BDS contre la politique d’occupation permanente d’Israël et ses multiples violations du droit international s’inspire depuis bientôt quinze ans du boycott historique, académique, économique et culturel du régime d’apartheid sud-africain. Alors que le mouvement citoyen pacifique peut compter sur une base croissante, tant au niveau local que mondial, les voix des opposants au boycott gagnent elles aussi en force et intensité.

Shakira, Lorde, Brian Eno, Daan et Helmut Lotti sont pour. Nick Cave, Radiohead, Madonna et Bob Dylan sont contre. Naomi Klein y souscrit. Noam Chomsky pas. Le géant des télécommunications Orange, la multinationale de la sécurité G4S et la chaîne de grands magasins HEMA ont donné suite. Le fabricant de cosmétiques Ahava, le constructeur d’engins mécaniques Caterpillar et l’exportateur de fruits et légumes Carmel Agrexco ne l’ont pas fait. Boycott, Désinvestissement et Sanctions est un mouvement qui divise.

L’an dernier, The Guardian faisait remarquer de façon narquoise que le nombre des ennemis du boycott avait entre-temps dépassé de loin le nombre total de Palestiniens et d’Israéliens. En Israël, dans les territoires palestiniens, dans le monde arabe, aux États-Unis et dans la diaspora juive, la polémique s’intensifie depuis plus longtemps déjà. Il s’agit dans l’intervalle de bien plus que de violents échanges verbaux. Plus de la moitié des villes américaines disposent déjà d’une réglementation anti-BDS qui requiert un point de vue anti-boycott de toutes les entreprises ayant des contrats avec les pouvoirs publics.

La France interdit le boycott

En France, la Cour de Justice de la République a confirmé que le boycott d’un pays était punissable parce qu’il inciterait à la haine et à la discrimination. Depuis lors, sur base de la législation française contre le racisme, les activistes BDS peuvent être condamnés. Dans une note politique, le gouvernement britannique a fait savoir aux autorités locales et aux organisations subventionnées qu’en cas de soutien à BDS, elles risquaient de lourdes amendes. Selon la même déclaration gouvernementale, le boycott des produits israéliens pourrait susciter la polarisation au sein de la société britannique et avoir un effet contraire sur l’intégration.

La mise en place de cadres juridiques pour contrer et sanctionner les actions ciblées, non violentes contre la politique israélienne d’occupation prouve en premier lieu la crédibilité croissante et l’efficacité réelle de BDS. Un nombre sans cesse croissant d’universitaires, de travailleurs culturels, de gens du monde des affaires, d’entreprises, de fonds d’investissement et de syndicats ne veulent plus être associés à des institutions israéliennes.

Le boycott, une menace pour Israël

De plus en plus de consommateurs choisissent de ne pas acheter de produits israéliens (avec les chiffres 729 comme préfixe du code barre). L’État israélien considère à juste titre le mouvement de boycott comme une sérieuse menace stratégique, du même niveau que le programme nucléaire de l’Iran et les tirs de roquettes à partir de Gaza et du Liban. Il se rend compte que cette phase récente de la résistance palestinienne porte en elle un potentiel bien plus mobilisateur que la résistance armée du Hamas, du Hezbollah et d’autres groupements radicaux. BDS a ouvert un champ de bataille symbolique sur lequel est menée une guerre portant sur la légitimité morale, avec comme armes les plus fortes le droit international et l’opinion publique mondiale.

Il n’est pas étonnant qu’Israël catalogue officiellement BDS comme un projet illégal et que son ministère des Affaires stratégiques engage tout le monde à combattre le mouvement citoyen de toutes ses forces, tant en Israël qu’à l’étranger. La promulgation de sévères lois anti-boycott, l’établissement de listes noires d’organisations qui participent à BDS ou sympathisent avec le mouvement, le refus d’accès au pays (et donc aussi à la Cisjordanie, car il n’est possible de s’y rendre que via Israël) aux activistes du boycott non munis d’un passeport israélien, l’interdiction pour les activistes BDS locaux de quitter les territoires palestiniens : ce ne sont que quelques exemples concrets des mécanismes légaux censés contrer la montée de la campagne de boycott.

De l’impact économique proprement dit de BDS, personne ne se soucie vraiment. La véritable crainte concerne le gain possible de cœurs et de cerveaux en sus des cercles déjà existants des adversaires de la culture, la politique et l’économie d’occupation d’Israël.

La redéfinition de l’antisémitisme

Porter le discrédit sur BDS au niveau international figure en tête de l’agenda de bien des hommes et décideurs politiques et responsables sécuritaires israéliens actuels. Avec l’aide de comités d’experts, de groupes de lobbying et d’organisations de front, le combat de l’information (et de la désinformation) est mené avec une vigueur sans cesse accrue dans plusieurs pays, les États-Unis en tête. Dans le large arsenal de la calomnie, de la médisance et de la façon de jouer sur la relation homme/femme, l’accusation d’antisémitisme fonctionne généralement comme une méthode qui a fait ses preuves.

Les personnes qui critiquent la politique nationaliste populaire de l’État d’Israël, de plus en plus (extrême-)droitière, se voient rapidement coller une étiquette anti-juive. Une redéfinition consultative récente et juridiquement non contraignante de l’antisémitisme (lancée par l’organisation intergouvernementale International Holocaust Remembrance Alliance – IHRA, Alliance internationale pour le souvenir de l’Holocauste –, promue par des hommes politiques israéliens et à laquelle les États-Unis et plusieurs États européens se sont hâtés de souscrire) facilite plus que jamais cette stratégie rhétorique.

Le nouvelle définition du concept de « haine à l’égard des juifs » propose une liste d’exemples contemporains qui, de façon surprenante, attirent l’attention sur l’État d’Israël, y compris « le recours à des normes doubles en matière d’attentes et exigences comportementales à l’égard d’Israël et d’autres États démocratiques » et « la négation du droit à l’autodétermination pour le peuple juif ».

Les défenseurs de cette définition corrigée voient incontestablement BDS ressortir au « nouvel antisémitisme » : la haine ancestrale des juifs déguisée en critique politico-idéologique à l’égard de l’État d’Israël. Les adversaires pressentent surtout un tantième instrument pour faire taire toute opposition à la persistante politique gouvernementale israélienne des implantations illégales, des violations des droits humains universels et des infractions à l’encontre du droit international de la guerre.

Israël comme avant-poste

Le conflit israélo-palestinien est un écheveau embrouillé. Une solution semble plus éloignée que jamais. Dans nos contrées, la monotone et lassante absence de perspective de la situation et les préoccupations aiguës à propos du populisme de droite, du néolibéralisme et du changement climatique (un nœud gordien en soi) font que la question se retrouve dans la périphérie de l’attention publique. Pourtant, il existe une longue ligne droite entre ici et là-bas.

L’histoire européenne, entre autres, est à la base de la création de l’État d’Israël et elle est donc partie contractante dans l’origine et le déroulement du conflit. Mais, plutôt que de continuer à nous orienter sur cette connexion historique (essentielle), nous pourrions faire appel à la dimension actuelle particulièrement préoccupante de cette déplorable situation.

Le droitisation du système politique, l’intensification d’un climat d’angoisse, le fait de jouer sur la xénophobie latente et existante, de cultiver une image de l’ennemi, de tenir un discours sécuritaire, la mise en place d’une culture de la surveillance et du contrôle, le maintien d’un déploiement militaire comme s’il allait de soi, la manipulation des canaux médiatiques et des flux d’informations, la primauté évidente de l’argument économique, la négligence au sujet de la terre et des systèmes écologiques (d’autrui), l’indifférence vis-à-vis de l’injustice et de l’inégalité, l’arrogance triomphante du pouvoir en place : il ne faut guère d’imagination pour déceler dans l’Israël d’aujourd’hui le genre de projet ou d’exemple de ce dont en fait rêve maint chef de gouvernement ou d’État européen et/ou eurosceptique.

La plupart des hommes politiques ethnocratiques endurcis de l’appareil politique ne s’en cachent plus depuis longtemps : à leurs yeux et dans leurs propos, Israël constitue sans plus un avant-poste de la civilisation européenne, le premier bastion contre la barbarie du monde arabe. D’après ce raisonnement, les partisans de BDS sont tout simplement traités de « terroristes en costume ». Une question s’impose : Au nom de quels Européens s’expriment-ils ?

Pourquoi un boycott ?

Quand les esprits sont aussi échauffés, ce pourrait être comme si un appel au boycott ne ferait que jeter davantage d’huile encore sur le feu. Une question directe requiert bien vite une réponse directe. Qu’on le rejette catégoriquement, qu’on affiche une hésitation prudente ou qu’on le soutienne résolument, il y a peu de positions confortables à adopter, dans cette cause.

Personne ne souscrit avec plaisir à une mesure qui, finalement, doit intervenir dans les existences d’autrui. Il peut être d’une certaine aide de rappeler les mots de feu John Berger. Peu après la fondation de BDS, il publiait, sous le titre Why a Boycott ? (Pourquoi un boycott ?) un bref article dans The Guardian du 15 décembre 2006.

Dans cet article, il renvoie aux propos de Nelson Mandela qui rejetait résolument le boycott en tant que principe mais qui, en tant que tactique utilisée dans des circonstances bien définies, l’estimait grandement nécessaire. Berger ajoute : « Quand un boycott devient une question de principe, l’exclusion et le racisme menacent. Aucun boycott ne doit être dirigé vers un individu, un peuple ou une nation. Un boycott est dirigé contre une politique et contre les institutions qui soutiennent activement ou tacitement cette politique. Le but n’est pas de rejeter, mais de déclencher un changement. »

Qu’est-ce que BDS et d’où vient-il ? Comment des artistes de diverses disciplines, du cinéma à la chorégraphie, peuvent-ils y contribuer et comprendre ce que c’est ?

Le boycott a commencé avec PACBI, le Boycott académique et culturel d’Israël par les Palestiniens, qui a été lancé en 2004. Un an plus tard, BDS – le mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions – a été lancé à son tour. Mais même PACBI provient d’une longue tradition de résistance non violente palestinienne contre les colons, l’apartheid, l’occupation et l’épuration ethnique. Depuis les années 1920, les Palestiniens ont utilisé les boycotts pour contrer le colonialisme britannique et, après cela, le colonialisme sioniste. Il n’y a donc la rien de neuf. Bien que nous nous inspirions fortement du mouvement sud-africain contre l’apartheid, du mouvement américain des droits civiques et du mouvement anticolonial en Inde, ce n’est pas de Gandhi ou de Martin Luther King que nous avons appris la non-violence. Nous l’avons apprise à partir de nos propres expériences dans la résistance non violente contre l’occupation et l’apartheid.

Ce qui est nouveau, c’est que nous avons commencé à associer la résistance interne à la solidarité extérieure. Il ne suffit pas de résister seul, aussi stratégique et efficace que vous soyez, notre ennemi est gigantesque. Il n’y a pas qu’au régime d’occupation et à l’apartheid israéliens, que nous sommes confrontés. Mais c’est un régime qui est pleinement soutenu par les États-Unis et par l’Union européenne avec, entre autres, l’Allemagne et la Grande-Bretagne. Il s’agit d’un « global enemy », un ennemi mondial qui nous opprime et nie nos droits.

L’approche non violente

Avant BDS, la solidarité avec les droits palestiniens consistait en général en manifestations, en l’écriture de lettres adressées à la rédaction des journaux : des formes douces de protestation qui étaient en grande partie inefficaces. Avec BDS, nous avons modifié cette formule : Il faut avant tout cesser d’être complice du « maître ». Si vous soutenez le « maître », vous ne pouvez être solidaire avec l’esclave.

Secundo, BDS nécessite une approche non violente. C’est essentiel et stratégique. Nous voulons des droits palestiniens complets, en conformité avec le droit international. Et c’est via une approche non violente que nous voulons arriver à ces droits aux niveaux international et local.

Tertio, les principaux principes du mouvement sont fortement progressistes et antiracistes. Ils s’appuient sur la Déclaration universelle des droits de l’homme. Dès le début, nous avons dit très clairement que ce mouvement ne pouvait être raciste et qu’aucune forme de discrimination, de misogynie, de sexisme, de racisme à l’égard des noirs ou des juifs ou encore d’islamophobie ne pouvait être tolérée.

Comment êtes-vous passés de PACBI en 2004 – un boycott académique et culturel limité – à un BDS total qui s’étend à d’autres secteurs comme l’armée, l’économie, le sport, etc. ?

En 2004, la Cour internationale de justice de La Haye s’est prononcée contre le mur israélien. Selon la Cour internationale, le mur est illégal, parce qu’il isole le territoire palestinien. La Cour internationale a non seulement demandé aux États-Unis de cesser d’aider Israël pour la construction du mur, mais elle a également ordonné à Israël de mettre un terme immédiatement à la construction de ce mur.

Un an plus tard, rien ne s’était encore passé. Le monde n’y est pas parvenu ou a refusé d’appliquer l’arrêt de la Cour internationale du 9 juillet 2004. C’est pourquoi nous avons lancé BDS le 9 juillet 2005, exactement à la date anniversaire de l’arrêt. Nous voulons dire au monde que, là où les gouvernements ont des manquements, nous, les gens et le monde associatif social, devons intervenir.

C’était aussi le cas en Afrique du Sud. Quand les gouvernements avaient des manquements et qu’ils continuaient à soutenir l’apartheid, c’étaient les gens – les syndicats, les artistes, les universitaires, les églises et les étudiants – qui se dressaient pour soutenir la lutte anti-apartheid. Et, en fin de compte, cette politique a changé.

BDS plaide pour trois droits fondamentaux qui sont essentiels afin que les Palestiniens puissent avoir leur autodétermination. Primo : la fin de l’occupation de 1967. Sous ce droit tombent Gaza, la Cisjordanie, y compris Jérusalem, les hauteurs syriennes du Golan occupées et tous les territoires arabes occupés depuis 1967.

Un racisme permanent institutionnalisé

Secundo : fin du système raciste ; ce n’est pas un racisme ordinaire, mais un racisme permanent légalisé et institutionnalisé qui satisfait à la définition de l’apartheid donnée par l’ONU.

Tertio : le droit au retour pour les réfugiés palestiniens, comme le stipule le droit international. Tous les réfugiés ont le droit de retourner chez eux, d’être rapatriés et de recevoir des compensations, exactement comme les communautés de réfugiés du Kosovo, de la Bosnie, du Sud-Soudan et les réfugiés juifs après la Seconde Guerre mondiale.

À ce point de vue, BDS n’a pas de programme politique. Un État, deux États : nous n’adoptons à ce sujet pas de point de vue en tant que mouvement. Chacun au sein du mouvement a son avis sur la question. Quelle que soit la solution, pour nous, elle doit respecter les droits humains de tous ainsi que le droit international.

Quand vous parlez du mouvement, de qui parlez-vous, dans ce cas ? Quelle est l’organisation derrière BDS ?

BDS est aujourd’hui un mouvement mondial décentralisé. Qu’entendons-nous par mouvement ? Nous voulons dire bien des syndicats, des associations et des individus qui soutiennent BDS et aident, avec le programme BDS, à obtenir la liberté, la justice et l’égalité pour les Palestiniens. Ce mouvement libre et décentralisé est dirigé par le BNC, le Comité national palestinien de BDS. Le BNC est la plus large coalition de la société palestinienne. Il comprend tous les syndicats, organisations de femmes, enseignants, universitaires, paysans, collectifs d’artistes et partis politiques. Du fait que nous voulons être entièrement libres et autonomes et ne pas dépendre de financiers, nous encourageons le travail de bénévoles. De la sorte, nous ne deviendrons jamais une ONG qui pourrait être contrôlée.

Le BNC ne fonctionne pas comme un parti politique. Nous définissons les règles et la stratégie générale, mais nous respectons le contexte et la sensibilité de chaque partenaire international. Prenons par exemple Jewish Voice for Peace (Voix juive pour la paix) aux États-Unis, l’un de nos partenaires les plus importants et les plus stratégiques aux États-Unis et, l’association juive, dans le monde, qui se développe le plus rapidement. Leur travail BDS est varié. Ils font beaucoup de choses dans l’art, dans le monde académique et ils s’adressent même à l’establishment juif aux États-Unis, qui est assez sioniste, pro-israélien et extrêmement à droite. Seule Jewish Voice for Peace peut faire cela. Tous nos partenaires sont en coordination avec le BNC. Mais ils font leurs propres campagnes au niveau local. Tant qu’il n’existe pas de désaccord avec les lignes rouges et les principes, surtout les principes éthiques, nous respectons leur espace. Sinon, nous intervenons.

Imaginez qu’un groupe en Belgique lance une campagne contre un magasin qui est la propriété d’un citoyen juif belge, lequel par hasard soutient Israël. Dans ce cas, nous y serions immédiatement opposés. Ce n’est pas une sensibilité de contexte. Cela dépasse nos lignes rouges. Les opinions d’un individu ne suffisent pas pour le tenir responsable. Nous ne condamnons pas les gens sur ce qu’ils pensent. Même si nous haïssons leurs opinions. Nous nous concentrons sur la complicité.

BDS davantage mainstream

Pouvez-vous dire quelque chose de l’évolution de BDS ? Voilà près de 15 ans que vous êtes actifs. Comment cela évolue-t-il ?

BDS est un mouvement citoyen, il est très sensible aux changements politiques et économiques. Ce n’est pas un mouvement dogmatique. C’est un mouvement très flexible avec des règles très flexibles sur la façon de mener des campagnes. Mais nous tenons également compte de la façon dont l’autre partie nous combat. Depuis 2013-2014, Israël s’est mis à nous considérer comme une menace stratégique. Avec l’arrivée au pouvoir en 2015 du gouvernement le plus extrême-droitier de l’histoire israélienne, ils se sont mis à considérer BDS comme une menace stratégique de premier ordre.

La stratégie d’Israël depuis 2014 réside dans une propagande intensive et très onéreuse, une guerre juridique, des lois anti-BDS et de l’espionnage BDS. Le Mossad israélien, la Shabak travaillent de concert avec l’administration anti-BDS pour combattre BDS. Nous devons donc tenir compte de ces menaces, dans le même temps que nous évoluons.

Par exemple : Si Israël veut faire passer une loi anti-BDS aux États-Unis, nous insistons sur le contre-argument de la libre expression. Aux États-Unis, le soutien au boycott est considéré comme un droit à la libre expression. Ce droit est protégé par la constitution américaine. Donc, en contrant Israël, nous gagnons beaucoup de soutien de la part du mainstream progressiste.

Il n’est pas étonnant que, ces deux ou trois dernières années, BDS soit devenu bien plus mainstream. Surtout dans le monde culturel aux États-Unis et au Royaume-Uni. BDS y est considéré comme une composante de la résistance mondiale antiraciste, antifasciste. BDS est visible dans The Guardian, dans The New York Times, dans The Washington Post. Tous les importants médias musicaux – Hollywood Reporter, NME, Pitchfork – parlent de PACBI et c’est une question acceptée dans le débat au sein de la scène musicale.

Cela vient aussi du fait qu’on travaille à un moment clé pour rendre la chose possible, non ? En Afrique du Sud aussi, ils travaillaient afin de trouver un moment clé…

Vous voulez dire un point de basculement. Oui. Les gens ont une perte de mémoire sélective très rose, à propos de l’Afrique du Sud. Ils pensent que tout le monde soutenait le mouvement anti-apartheid. Mais tout le monde ne le faisait pas. À la fin des années 1980, si, c’était le cas. Mais, dans les années 1950, 1960, 1970, presque personne ne soutenait la lutte anti-apartheid.

Nous allons beaucoup plus vite. Il n’en va ainsi que parce que notre ennemi occupe une position bien plus centrale dans la politique mondiale. La politique sud-africaine n’occupait pas un point central de la politique mondiale. Israël si. Quand Netanyahou éternue, c’est sur CNN et dans The Guardian. Tout va si vite avec Twitter, Facebook et d’autres médias sociaux. Le lobbying d’Israël dans les médias traditionnels n’est plus si important, parce que nous avons désormais les médias sociaux. Cela nous donne une bien plus grande portée.

Si quelqu’un vous demandait quels sont les résultats de BDS, que répondriez-vous ?

Définir les résultats en termes de moments importants ou de succès engrangés ? Cela me demanderait toute la journée. Notre site internet donne une liste des résultats les plus importants. Je ne citerai que les plus récents. Au cours des quelques mois écoulés, nous avons amené entre autres les chanteuses mondialement connues Lana Del Rey, Lorde et Shakira à annuler leurs concerts en Israël. Et, plus important encore, même la visite de l’actrice Natalie Portman. C’est une Israélo-Américaine, une superstar à Hollywood et une sioniste. En guise de protestation contre l’intervention d’Israël à Gaza, elle a annulé sa visite en Israël où elle allait se voir remettre un prix d’honneur de deux millions de dollars. Ce sont des points de référence. Cela vous montre comment les choses bougent. Naturellement, ils reçoivent toujours Justin Bieber et d’autres, mais il s’agit uniquement d’argent. Israël paie davantage que quiconque. Tout cela est entièrement subventionné par les autorités mais, même dans ce cas, elles n’y parviennent pas tout à fait.

En sus du secteur culturel, depuis 2014, d’importants fonds de retraite se sont également retirés des entreprises israéliennes et internationales impliquées dans des violations du droit international. Par exemple, le fonds de retraite norvégien, le plus important au monde, n’investit plus dans un certain nombre d’entreprises impliquées dans les colonies. La même chose vaut pour l’Église méthodiste unie, l’église protestante la plus riche des États-Unis. De la sorte, certaines entreprises ont été forcées de mettre un terme à leurs investissements en Israël. L’entreprise de télécommunications Orange s’est par exemple retirée après la perte de contrats et afin de pouvoir en signer un autre, très important, en Égypte.

Les critiques à l’encontre de BDS font souvent état d’isolement. Jusqu’où peut-on aller avec BDS ? Où se situe la limite ? Il existe tant de produits israéliens dont les gens ne savent pas toujours qu’ils viennent d’Israël. Je puis m’imaginer que la même chose se produit aussi en Palestine. Les sociétés israélienne et palestinienne sont très étroitement liées. Les gens achètent des marchandises israéliennes parce qu’ils pensent qu’elles sont meilleures.

Quand vous parlez de la Palestine, vous voulez dire les territoires occupés. Cinq décennies d’occupation ont rendu l’économie palestinienne totalement dépendante d’Israël. L’occupation et la colonisation sont toujours en cours. Cette dépendance signifie qu’on ne pourra jamais obtenir un boycott total des marchandises israéliennes dans les territoires occupés. C’est impossible. Donc, nous n’avons jamais insisté sur cela comme but en soi. Si on n’a pas le choix, il n’y a pas d’obligation morale. Mais ce n’est pas la même chose en Belgique, en Inde ou au Venezuela. Dans la plupart des pays, on a bel et bien le choix. Vous n’avez nul besoin d’acheter des produits israéliens comme des tomates, SodaStream ou un ordinateur HP. Vous pouvez les boycotter.

Jusqu’où va-t-on ? Nous ne croyons pas dans les longues listes. Nous ne croyons pas dans des listes de toutes les entreprises qui sont impliquées dans les violations des droits de l’homme par Israël, parce que ces listes sont interminables. Elles ne sont pas stratégiques. BDS s’appuie non seulement sur des principes, mais se veut également une façon intelligente d’acquérir plus de droits pour les Palestiniens. Et pas seulement obtenir notre propre gain de cause. C’est pourquoi nous parlons du principe de la sensibilité du contexte. Les partenaires en Belgique – pour l’instant, nous en avons un certain nombre, ils sont moins nombreux et pas aussi mainstream qu’au Royaume-Uni ou aux États-Unis – décident eux-mêmes ce qu’il est préférable de boycotter ou pas.

Prenons un exemple. Israël envoie un groupe de danse en Belgique pour une représentation chorégraphique. L’événement est soutenu par les autorités. C’est de la pure propagande. Cela enfreint manifestement les directives BDS. Allons-nous diriger nos flèches sur ce spectacle ou pas ? On ne peut pas répondre par noir ou blanc. Nos partenaires en Belgique devront nous le dire eux-mêmes. Cela n’a aucun sens d’attaquer le spectacle. Nous allons y perdre bien davantage. Bien qu’il soit absolument légitime de le boycotter, ce n’est pas logique stratégiquement. Il existe de meilleures cibles. Nous prenons de telles décisions en concertation permanente avec nos partenaires.

Comprenons-nous bien que pour PACBI, la règle est qu’on peut collaborer avec des artistes israéliens, mais pas avec des artistes israéliens financés par les autorités ?

Ce n’est pas tout à fait exact. Nous visons des institutions, pas des individus. Le première règle est celle-ci : nous appelons à un boycott de toutes les institutions israéliennes, y compris aussi les institutions culturelles et académiques. Non pas parce qu’elles sont israéliennes, mais parce qu’elles sont complices. Il n’existe aucune compagnie de danse israélienne, entreprise musicale ou orchestre qui ne soit pas complice. Ils sont tous complices à diverses mesures.

Les universités sont davantage complices que certaines compagnies de danse. Mais la compagnie de danse fait également partie de la propagande israélienne. Nous tenons les Israéliens non seulement responsables de recevoir des deniers de l’État. Prenons un exemple. Un(e) cinéaste israélien(ne) veut faire un film. En tant que contribuable, il ou elle a droit au financement de l’État. Donc, il ou elle introduit une demande et il ou elle reçoit de l’argent pour réaliser un film. Tant qu’il n’y a pas de liens politiques et qu’aucune condition n’est liée au financement, la liberté artistique est garantie. Ici, il n’y a aucun problème. Le financement n’est donc pas une condition suffisante pour le boycott. Cela nous ouvre toutefois les yeux et nous incite à examiner d’autres facteurs.

Nous ne visons jamais un individu, à moins qu’il n’en soit plus un, mais qu’il soit devenu un ambassadeur culturel d’Israël. Qu’entendons-nous par-là ? Que cette personne est recrutée, mobilisée et financée pour voyager un peu partout et montrer son œuvre avec le soutien des autorités. Nous faisons une distinction entre l’argent destiné à la production et l’argent destiné à la promotion. Ce dernier est boycottable. Parce que, par définition, il fournit une valeur de propagande au profit d’Israël.

Une œuvre artistique israélienne très critique d’un artiste israélien exposée dans la meilleure salle culturelle de Bruxelles ne constitue pas un problème. Mais si elle est sponsorisée par l’ambassade d’Israël à Bruxelles, dans ce cas, c’est de la propagande. Le contenu de l’œuvre d’art ne nous intéresse pas. Ce peut être de l’art très radical, féministe, LBGTQ ou même propalestinien. Elle devient une cible en raison de la valeur de propagande qu’Israël peut en tirer. Nous utilisons donc des règles très claires.

Il y a encore une exception, ce que nous appelons un boycott du bon sens rassis et qui va au-delà des directives de PACBI. Par exemple, une chanteuse israélienne vient se produire à Bruxelles. Elle soutient ouvertement la guerre israélienne à Gaza et les meurtres d’enfants palestiniens à Gaza. Lançons-nous un appel à la boycotter ou pas ? Selon les directives de PACBI, nous ne pouvons pas le faire. Elle est un individu et elle n’est pas sponsorisée ou soutenue par Israël.

Mais les activistes peuvent très bien la boycotter. Imaginez qu’elle ait été une chanteuse américaine ou africaine tenant des propos racistes. Dans ce cas, elle aurait également été boycottée. Si une chanteuse américaine tenait à Bruxelles des propos comme « les noirs sont plus stupides que les blancs », vous n’avez pas besoin de BDS pour boycotter son spectacle. C’est cela, le bon sens rassis.

Donc les Israéliens ne sont pas des exceptions, ils doivent être traités exactement comme tout le monde. Ni plus ni moins. S’ils sont racistes, vous pouvez les boycotter, parce qu’ils sont racistes et que vous êtes antiraciste. Non en fonction des directives de BDS. À BDS, nous ne pouvons pas le faire. Ce doit être un boycott logique.

L’un des arguments que l’on entend souvent, c’est qu’aucun échange culturel n’a lieu entre Israël et la Palestine…

Il n’y a pas d’échange culturel entre Israël et la Palestine parce qu’il n’y a pas de Palestine. Vous voulez dire entre Israël et les gens qu’il tient sous sa soumission ? Sous l’occupation ? Sous son régime d’apartheid ? Il n’y a pas d’échange ? Pourquoi y aurait-il échange ? Ils nous occupent et nous colonisent. Supprimez cela. Et alors nous aurons des échanges.

Nous avons une règle à propos de la normalisation. Ici, la normalisation n’est pas perçue comme en Occident. Là-bas, c’est un mot positif. Quand des pays mettent un terme à une guerre, ils normalisent leurs relations. C’est un terme positif. Dans la culture arabe, la normalisation est toutefois un terme négatif. Normaliser signifie ici que vous allez faire paraître normal à première vue et de façon artificielle quelque chose qui est intrinsèquement anormal.

Une relation entre maître et esclave est intrinsèquement anormale.  Quand vous voyez un maître et une esclave s’embrasser, ce n’est pas normal. C’est de la contrainte. Ce n’est pas de l’amour. Il n’y a jamais d’amour entre un maître et une esclave. Après que l’esclave est libre à nouveau, elle tombera peut-être amoureuse du maître. Ou peut-être pas. Mais, dans ce cas, elle pourra décider de la chose elle-même. Alors que, tant qu’un terme n’aura pas été mis à l’oppression, il n’existera pas de coexistence. C’est une coexistence qui n’a rien d’éthique.

Nous avons établi une distinction entre coexistence non éthique et ce que nous appelons corésistance. Par corésistance, nous voulons dire que la seule relation normale qui puisse exister entre la communauté des maîtres et la communauté des esclaves serait une relation dans laquelle la communauté des maîtres sera disposée à mettre un terme à l’esclavage en collaboration avec la communauté des esclaves.

Donc, les Israéliens qui collaborent avec les Palestiniens pour mettre un terme à l’apartheid, à l’occupation, à l’épuration ethnique sont nos partenaires. Nous travaillons avec eux pour la corésistance. Nous coexistons dans une dynamique de corésistance.

Nous posons deux conditions pour que toute relation entre Israéliens et Palestiniens puisse être normale et non assurer la normalisation. La première condition est que les Israéliens respectent les droits palestiniens en conformité avec le droit international, ce qui n’est pas insurmontable.

La seconde condition est que la relation même doit être une relation de corésistance. Qu’entendons-nous par-là ? Si Ilan Pappé, le célèbre historien israélien, antisioniste et partisan de BDS, propose d’écrire un ouvrage en commun sur l’histoire des femmes en Somalie, ce qui est absolument sans relation avec la Palestine, nous devrions dans ce cas y être opposés. Peut-être ne mènerions-nous pas de campagne contre. Mais, stratégiquement, examiner l’autre côté. Cela enfreint bel et bien nos directives parce qu’il n’y a pas de corésistance. Car, s’ils parlent des femmes en Somalie, c’est comme si Israéliens et Palestiniens étaient égaux. Mais ce n’est pas le cas. La communauté israélienne fait partie de ceux qui colonisent et la communauté palestinienne fait partie de ceux qui sont colonisés et opprimés.

Ce qu’il y a de caduc là-dedans, c’est entre autres le fait que cela maintient en place une image très faussée, contraire à l’éthique et erronée de la prétendue possibilité de coexistence malgré l’oppression. Non, nous ne pouvons vivre ensemble dans une telle situation. Mais si Ilan Pappé et ce même historien écrivaient un livre sur l’histoire du mur et sur la façon de s’y opposer, dans ce cas, ce serait très bien. Ou même s’ils faisaient quelque chose de plus abstrait, mais toujours sur la résistance. Nous devons mettre un terme à l’oppression afin de pouvoir vivre les uns avec les autres.

Où voulez-vous en arriver, avec le boycott, quand il s’agit de l’État de Palestine ? Luttez-vous pour une solution à un État ?

Notre but ultime est la fin de l’occupation, la fin de l’apartheid et le droit au retour pour les réfugiés. Nous n’adoptons pas de position allant plus loin pour diverses raisons. Primo, c’est une prise de position très pragmatique, parce que nous sommes une coalition énorme, nous sommes la plus large coalition de la société palestinienne. Il n’y a que sur ces trois objectifs que nous sommes d’accord. Pour pouvoir conserver une coalition énorme, nous devons nous cramponner au plus petit dénominateur commun.

En tant que mouvement des droits de l’homme, ce n’est pas à nous de déterminer l’avenir du peuple palestinien. C’est aux dirigeants démocratiquement élus et que nous n’avons pas. Le peuple palestinien doit avoir le droit de décider pour lui-même. BDS s’adresse à BDS. Des campagnes stratégiques efficaces pour contribuer aux trois droits fondamentaux des Palestiniens. C’est cela. Cela résoudra le rapport de forces déséquilibré. Les rapports de forces inégaux entre un pouvoir central – Israël – soutenu par l’Union européenne et les États-Unis, et un peuple opprimé et colonisé qui n’a pas du tout aussi puissant – au contraire, extrêmement faible.

Je pense que nous devons également parler d’accusations de…

… d’antisémitisme ? Naturellement. Aucune interview ne serait complète sans cela. Dons, par où commençons-nous ? Parce que BDS est ancré dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, nous avons par principe, comme référence principale, un document sur l’antiracisme qui dit explicitement que nous sommes opposés à toutes les formes de discrimination raciale, mais aussi à la discrimination envers les femmes, la communauté LGBT, les noirs, les musulmans, les juifs, et la liste n’est pas exhaustive.

En raison de ces principes et aussi en raison de la présence juive au sein du mouvement, Israël a toutes les peines du monde à coller l’étiquette d’antisémitisme sur le mouvement BDS. Je ne sais pas quelle est la situation en Belgique mais, aux États-Unis, le soutien juif au mouvement BDS s’amplifie énormément. Surtout parmi la génération Y (les personnes nées entre 1980 et 1999, NdT). C’est très préoccupant, pour Israël. C’est la prochaine génération de juifs aux États-Unis, le pays le plus important de la planète, pour cette lutte.

La solution de la machine de propagande israélienne consiste à rédéfinir le sens de l’antisémitisme. Elle a développé la fameuse IHRA, l’International Holocaust Remembrance Alliance (Alliance internationale du souvenir de l’Holocauste), qui redéfinit le mot « antisémitisme » pour y rattacher tout un tas d’autres choses. Comme dire d’Israël que c’est un État d’apartheid, appeler au boycott d’Israël ou dire que la création d’Israël était une entreprise raciste. Comment cela peut-il être antisémite ? Plus de quarante groupements juifs du monde entier ont fait savoir dans une déclaration qu’ils s’y opposaient totalement. Primo, parce que cela diabolise la lutte des Palestiniens pour leurs droits.

Lutter contre l’oppression israélienne n’est pas antisémite. Cela sape la véritable lutte contre le véritable antisémitisme. Donc on pourrait combattre l’antisémitisme et se faire traiter d’antisémite. Parce qu’on insulte Israël. Et, d’un autre côté, vous pourriez aller au lit avec les antisémites et ne pas être traité d’antisémite. Par exemple, Orban, le Premier ministre hongrois, un antisémite très affirmé, est le meilleur ami d’Israël en Europe. Trump, le meilleur ami d’Israël dans le monde, est un antisémite complet, bien entouré par des antisémites.

Les suprémacistes d’extrême droite aux États-Unis sont extrêmement antisémites – mais c’est très bien. Pour la première fois dans l’histoire, on peut être pro-Israël et antisémite et il ne faut pas y voir de contradiction. En fait, la plupart des partis fascistes en Europe – en Belgique, aux Pays-Bas, en Autriche, l’AfD en Allemagne, le FN en France – sont unis dans leur soutien à Israël et Israël les aime. Ils se rendent chaque année en pèlerinage à Tel-Aviv. Qui est précisément antisémite ? Celui qui soutient des groupes fascistes antisémites en Europe ? Ou le groupe des droits de l’homme qui lutte contre toutes les formes de racisme ?

Les accusations d’antisémitisme contre les personnes qui critiquent l’État d’Israël sont absurdes, mais cela intimide encore bien des gens dans toute l’Europe en raison de l’histoire de l’Holocauste. Et en raison des sentiments de culpabilité à propos de l’Holocauste et de ce que chaque pays d‘Europe a fait contre ses communautés juives. Pourquoi soutiendrions-nous Israël dans sa politique raciste extrême, parfois fasciste, contre les Palestiniens, uniquement pour soulager nos sentiments de culpabilité à propos de l’Holocauste ? Tenant compte de cela, nous devons combattre précisément toutes les forces de racisme : voilà comment nous pourrons témoigner notre repentir à propos de l’Holocauste.

Nous avons parlé de la relation problématique entre Israël et les territoires occupés et BDS. Mais il n’y a pas non plus de relation problématique à l’intérieur des territoires, de la part des mouvements plus religieux, du fait que BDS est explicitement laïque.

Oui, absolument, BDS est explicitement séculier, laïque. Il est très inclusif, mais c’est un mouvement laïque. Il n’a pas de conceptions religieuses parce que nous croyons qu’en tant que mouvements des droits de l’homme, nous ne devons avoir aucune religion. Notre seule religion est la Déclaration universelle des droits de l’homme. Le droit international, voilà notre seule religion. Tout le reste, c’est de l’opinion personnelle. Nous respectons l’identité de tout le monde, mais nous sommes inclusifs pour tout le monde.

Du fait que BDS rencontre tant de succès, bien des Palestiniens sont prêts à accepter qu’il soit un mouvement des droits de l’homme, non violent, laïque, inclusif et démocratique. Ils voient comment Israël est gagné par la panique et comment son administration devient complètement folle et dépense chaque année des dizaines de millions de dollars pour combattre ce petit mouvement des droits de l’homme. BDS apporte aux Palestiniens la fierté de se rendre compte que, finalement, quelque chose marche effectivement, ce qui n’a jamais été le cas dans le passé.


Publié le 9/5/2019 sur De Wereld Morgen
Traduction : Jean-Marie Flémal

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